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    Le pouvoir d’influence du groupe EI ne faiblit pas

    La porte de Brandebourg à Berlin, ville qui a elle aussi subi un attentat revendiqué par le groupe EI, en décembre dernier, a été illuminée aux couleurs du drapeau britannique, dimanche.
    Photo: John MacDougall Agence France-Presse La porte de Brandebourg à Berlin, ville qui a elle aussi subi un attentat revendiqué par le groupe EI, en décembre dernier, a été illuminée aux couleurs du drapeau britannique, dimanche.

    Pour la troisième fois en moins de trois mois, le groupe armé État islamique (EI) a revendiqué un attentat par voie de communiqué diffusé par son organe de presse, dimanche soir. S’il est difficile de confirmer ce lien avec les informations disponibles, l’attentat de Londres démontre que le pouvoir d’influence du groupe EI ne faiblit pas.

     

    Dans sa déclaration de dimanche, la première ministre britannique, Theresa May, a affirmé que les trois attaques terroristes récentes « ne sont pas connectées à un réseau commun », mais qu’elles sont « unies par une seule idéologie diabolique de l’islamisme extrémiste ».

     

    Impossible de savoir au moment d’écrire ces lignes si les attaquants faisaient effectivement partie d’une cellule du groupe EI ou si l’attaque avait été planifiée, coordonnée ou commandée depuis l’Irak ou la Syrie. Mais l’attaque de samedi semble du moins « inspirée » par le groupe EI, avance Thomas Juneau avec beaucoup de prudence. « Un des éléments du message du groupe EI est de mener des attaques technologiquement simples, contre des cibles vulnérables, qui demandent peu d’expertise technique », explique le professeur de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

     

    Une camionnette et des couteaux. Les vestes d’explosifs portées par les trois tueurs, elles, étaient fausses. Ce mode opératoire, qui nécessite peu de préparation et pas d’attirail sophistiqué, n’est pas sans rappeler plusieurs autres attentats : Nice, Berlin, Stockholm et Londres, dans le quartier de Westminster, il y a à peine plus de deux mois.

     

    Autre indice que les assaillants de samedi auraient pu se réclamer de cette filiation : l’invitation du groupe terroriste depuis au moins deux ans à augmenter la cadence des attaques en période de ramadan, qui s’étend du 26 mai au 24 juin cette année. La veille du mois sacré de l’islam, le porte-parole actuel du groupe armé a fait circuler une déclaration vidéo de 12 minutes dans laquelle il répétait que les civils occidentaux étaient des cibles légitimes.

     

    Force de propagande

     

    Les campagnes militaires à Mossoul et à Raqqa avancent bien. La reprise de ces deux fiefs du groupe EI par la coalition internationale « est maintenant une question de semaines », indique Thomas Juneau. Est-ce à dire que le groupe, dans ses derniers retranchements, transférera son attention vers l’international ? Attention au parallèle, prévient le professeur : « La prise de Mossoul ne marquera pas la fin du groupe EI, mais plutôt sa transformation progressive en une insurrection classique, et de moins en moins comme une tentative d’être un État. »

     

    La bataille territoriale est donc en voie d’être perdue pour le groupe EI, mais pas celle, symbolique, de son influence. Au contraire, c’est bien là où le groupe État islamique ne s’est pas affaibli et « récolte les fruits semés depuis plusieurs années », explique M. Juneau. Avant même la proclamation de son « califat islamique » en juin 2014, des cellules en Syrie et en Irak étaient déjà à l’oeuvre, non seulement pour organiser des attentats à l’étranger directement, mais aussi de façon indirecte pour mettre sur pied un énorme appareil de propagande, notamment sur les réseaux sociaux.

     

    « Pour l’inspiration d’attaques comme celle-ci, dans le cas du groupe EI ou de n’importe quel autre phénomène politique, il faut construire un message, le faire circuler et le peaufiner pour rejoindre le plus de gens possible. Et le groupe armé fait preuve de beaucoup de compétences en la matière », note le spécialiste. Cet aspect psychologique continuera à influencer des individus ou des groupes à passer à l’action.

     

    Rappelons que la Grande-Bretagne est également engagée dans la lutte aux djihadistes en Irak et en Syrie. Au lendemain de l’attentat de Manchester, le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, avait d’ailleurs reproché au gouvernement actuel sa politique étrangère au Moyen-Orient.

     

    L’héritage colonial ne serait pas étranger non plus à la haine vouée par les djihadistes aux Britanniques. Il y a trois ans, lors de la proclamation de son califat, le groupe EI avait fait circuler une vidéo appelée « La fin de Sykes-Picot », faisant référence à l’entente conclue entre la France et la Grande-Bretagne après la Première Guerre mondiale pour se partager les territoires de l’Empire ottoman, signant son démembrement.













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