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    Nos «pudeurs de gazelles»

    Se lasserait-on de tout, même du terrorisme ? C’est la question que l’on est en droit de se poser alors que règne ces jours-ci à New York, Paris et Montréal une étrange impression de normalité. Partout, l’image des enfants morts de Manchester s’est vite évaporée. Elle a rejoint celles de cette jeunesse dorée du Bataclan, des innocents de Nice se pressant devant un feu d’artifice, celle du père Hamel égorgé pendant la messe à Saint-Étienne-du-Rouvray, ou encore des clients d’un marché de Noël à Berlin.

     

    Comme si, chaque fois, la normalité revenait un peu plus vite. Comme si la répétition de l’horreur finissait par lasser les médias. À Paris, l’effroi s’est vite dissipé au profit d’un curieux débat. Le nouveau président, Emmanuel Macron, a profité de l’attentat de Manchester pour lancer une « task force », comme il se plaît à la nommer. Il s’agirait de mieux coordonner l’action antiterroriste. Pourquoi pas. Reste que ce débat technocratique paraît un peu léger au moment où des enfants sont immolés sur l’autel de l’islamisme.

     

    Vingt-quatre heures avant le drame, Donald Trump prononçait un discours sur l’islam devant les représentants d’une cinquantaine de pays musulmans. À Riyad, ce président capable de toutes les excentricités et de toutes les vulgarités n’a pas eu deux mots pour mettre l’Arabie saoudite devant ses responsabilités. Elle qui propage à coups de milliards un islam barbare et rétrograde qui sert de terreau au terrorisme. L’angélisme d’Obama céderait-il la place au silence de Trump ?

     

    Ailleurs domine ce que Jean-Luc Mélenchon appellerait des « pudeurs de gazelles ». Le leader de l’extrême gauche française désignait ainsi cette attitude qui consiste à refuser de nommer ce que tout le monde voit et qui nous saute aux yeux. Devant l’horreur de Manchester, on regarde ailleurs en se réfugiant derrière la sempiternelle « lutte contre LE terrorisme ». Comme si LE terrorisme était une bête inodore, incolore et sans saveur. Comme s’il ne s’agissait pas de combattre le terrorisme islamique. Un terrorisme qui ne pourrait pas se perpétuer s’il ne reposait pas sur une idéologie totalitaire et barbare ouvertement prêchée depuis des décennies un peu partout dans le monde.


     

    Car pour que ce terrorisme puisse agir aussi impunément, il ne suffit pas de recruter quelques têtes brûlées. Il faut d’abord une idéologie, celle de l’islamisme radical formulée depuis des décennies et largement diffusée par une armée de disciples. Il faut ensuite un terreau de fidèles capable de produire sans cesse de nouveaux combattants, de les soutenir ou simplement de les tolérer. La lutte contre Daech ne saurait donc s’exonérer du combat contre cette idéologie et ce terreau. Sans eux, pas de terrorisme.

     

    On a évidemment raison de ne pas assimiler aux islamistes ces millions de musulmans qui pratiquent leur religion pacifiquement (ou qui ne la pratiquent pas). Mais la peur de l’« amalgame » ne peut justifier le silence ni le refus de questionner l’islam. Comment combattre en effet un ennemi qu’on ne nomme pas ?

     

    Il y a trois ans à peine, à Birmingham, des islamistes n’avaient-ils pas infiltré la direction de six écoles publiques ? Ils y imposaient la ségrégation entre filles et garçons, réprimaient les flirts entre adolescents et organisaient des voyages à La Mecque à même les fonds publics. Or, Birmingham n’est qu’à 150 kilomètres de Manchester.

     

    S’il fallait tirer une leçon de ce dernier attentat, c’est qu’il montre bien que le terrorisme islamique n’est en aucun cas le résultat de la misère des banlieues, de l’islamophobie, et encore moins de la laïcité, comme tant de bonnes âmes font mine de le croire. Au contraire, malgré de rares excès, nos sociétés ne peuvent que se féliciter d’avoir su résister à toute forme de vengeance et de persécution à l’égard des musulmans. Cette fois, la terreur frappe d’ailleurs dans un pays qui pratique depuis toujours le communautarisme et où l’on tolère même l’existence de tribunaux islamiques, comme ceux que l’on voulait créer en Ontario. Preuve que les barbares ne font pas ces distinctions.

     

    Ceux qui s’imaginent que cette violence est le fruit des inévitables discriminations qui sévissent même dans les sociétés les plus démocratiques feraient bien de méditer ces phrases :

     

    « C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. À l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. »

     

    André Malraux écrivait ces mots… en 1956 ! L’auteur de La condition humaine pressentait déjà qu’un mouvement d’une violence et d’une profondeur historique inouïes se préparait. Et qu’il allait bien au-delà des soubresauts de l’actualité immédiate.













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