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    Conflits territoriaux: le «grand accommodement» chinois

    Le président du Vietnam, Tran Dai Quang (gauche), et le président chinois, Xi Jinping, le 11 mai dernier
    Photo: Jason Lee Agence France-Presse Le président du Vietnam, Tran Dai Quang (gauche), et le président chinois, Xi Jinping, le 11 mai dernier

    Entre la Chine et ses voisins d’Asie du Sud-Est, les différends territoriaux en mer de Chine méridionale font planer depuis quelques années le spectre de conflits. Or, Pékin a mis en branle une diplomatie de coopération qui contribue à apaiser les tensions tout en servant ses ambitions. Explications de Benoît de Tréglodé, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), à Paris. Il était de passage vendredi à Montréal dans le cadre du Forum St-Laurent sur la sécurité internationale.

     

    Il y a selon vous une série de liens de coopération qui se sont tissés entre la Chine et les pays de l’Asie du Sud-Est. Qu’en est-il ?

     

    Il faut d’abord rappeler que ce qui guide la politique étrangère et de défense du président chinois, Xi Jinping, depuis son arrivée au pouvoir en 2013, c’est l’ambition de reconstituer une zone d’influence chinoise en Asie. Et que des trois parties de l’Asie — du Nord, du Sud et du Sud-Est —, c’est cette dernière que Pékin estime la plus gagnable. Cette région qui se déploie autour de la mer de Chine méridionale, où Pékin a des différends territoriaux avec ses voisins, est friable en raison des divisions entre les pays.

     

    Pékin a longtemps joué les États de la région avec une diplomatie du chéquier afin de fragiliser les liens entre les dix pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE, plus connue sous son sigle en anglais, ASEAN). Il centrait ses efforts sur de petits États comme le Laos et le Cambodge. Mais depuisquelques années, la Chine pratique le « grand accommodement ». Elle commence à gagner les coeurs en Asie du Sud-Est, au-delà des questions de conflits territoriaux, avec une diplomatie de coopération.

     

    Comment cette diplomatie se pratique-t-elle ?

     

    La diplomatie de coopération est clairement un instrument qui vise à montrer un visage de la Chine plus conciliant aux États récalcitrants de la région afin que ceux-ci finissent par pencher en sa faveur sur les questions plus conflictuelles.

     

    Cela prend la forme de rencontres répétées entre des délégations d’experts, auxquelles peuvent se joindre des diplomates et des militaires, souvent en habit civil. Cela permet à Pékin de favoriser le dialogue et de tranquilliser les pays tiers. C’est un premier niveau avant des négociations plus formelles et traditionnelles entre les États.

     

    Dans quels domaines la coopération se fait-elle surtout ?

     

    Elle s’effectue dans des secteurs non liés aux affaires militaires, policières ou de justice. Les dialogues ont été lancés sur des enjeux économiques, environnementaux de ressources, etc.

     

    La première expérience du genre a été conclue avec le Vietnam, en décembre 2000, avec la signature des accords du golfe du Tonkin. Le Vietnam est le plus gros caillou dans la chaussure de la Chine, et celle-ci savait que ce pays résisterait plus que les autres à ses avancées. Elle a donc traité ce pays en priorité.

     

    Les accords, qui ont nécessité huit ans de négociation et qui fixent la frontière maritime entre les deux pays dans le golfe du Tonkin, sont assortis de coopérations dans les domaines de la pêche, de l’exploration des hydrocarbures et de la sécurité maritime.

     

    Comment cette diplomatie est-elle perçue dans les pays de l’ASEAN ?

     

    Tout en admettant que les différends territoriaux en mer de Chine méridionale continuent de compliquer les relations avec la Chine, les diplomates des pays de l’ASEAN vous diront qu’il est possible de gérer les relations bilatérales dans des dossiers qui ne sont pas conflictuels. C’est du pragmatisme pur et simple.

     

    D’une part, il est vrai que nul n’a intérêt à taire les enjeux conflictuels. Car les raisons fondamentales des différends territoriaux restent valables. Ces pays ont aussi des opinionspubliques à gérer. Agiter la menace chinoise peut donc être une stratégie payante sur le plan politique. C’est aussi une façon d’obtenir de l’aide militaire auprès des puissances étrangères.

     

    Mais d’autre part, beaucoup d’Asiatiques perçoivent la Chine comme le grand frère traditionnel. Les élites de l’Asie du Sud-Est apprennent le mandarin et croient que le XXIe siècle sera chinois. Il y a cette appartenance commune à la culture asiatique, qui est quelque chose qui ne peut exister avec les puissances occidentales. Aucun des pays de l’ASEAN ne serait prêt, par exemple, à basculer complètement dans le camp américain. Surtout pas depuis l’élection de Donald Trump, qui semble réévaluer la présence américaine en Asie. La Malaisie, notamment, n’a pas hésité depuis lors à renforcer ses liens avec Pékin.

     

    Les puissances occidentales ont-elles quelque rôle à jouer dans ces nouveaux rapports diplomatiques ?

     

    L’une des ambitions de Pékin dans le développement de cette diplomatie de coopération était d’« asiatiser » les questions sécuritaires en Asie du Sud-Est, c’est-à-dire d’exclure tous les acteurs qui ne sont pas de la région. Et on dirait que la Chine est doucement en train d’y parvenir.

     

    Ces puissances tentent-elles de reprendre la main dans ces secteurs de coopération ?

     

    Il y a peut-être ici un problème organique. L’organisation formelle, en silos, des diplomaties occidentales est peu propice à une participation à une diplomatie parallèle qui met autour de la table des secteurs administratifs et d’expertise très différents. La diplomatie de coopération à la chinoise sort des canaux diplomatiques traditionnels. Mais l’absence de fonctionnaires européens et nord-américains au sein de ces instances de dialogue hybrides ne manque pas de renforcer progressivement l’influence de la Chine dans la région.













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