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    Peuple yagan

    Portrait d’un «trésor humain vivant» du Chili

    16 mai 2017 | Martin Bernetti - Agence France-Presse à Puerto Williams, Chili | Actualités internationales
    Cristina Calderón, 89 ans, est la dernière locutrice yagan.
    Photo: Martin Bernetti Agence France-Presse Cristina Calderón, 89 ans, est la dernière locutrice yagan.

    À bientôt 89 ans, Cristina Calderón est la dernière locutrice native du peuple yagan, ethnie autochtone de la Terre de Feu chilienne, à la pointe sud du continent américain.

     

    Avec « mamie Cristina », comme l’appellent ses proches, un pan important de cette langue amérindienne risque de disparaître.

     

    « Je suis la dernière locutrice yagan. D’autres le comprennent mais ne le parlent pas ou n’en ont pas la même connaissance que moi », explique la vieille dame à un groupe de journalistes à Villa Ukika, où résident la plupart des descendants de cette ethnie, estimés à une centaine. Cette localité se trouve à un kilomètre de Puerto Williams, le village le plus austral de la planète.

     

    Après la mort de sa soeur Ursula, Cristina, visage buriné à la peau mate arborant de fines lunettes, a été déclarée en 2009 « trésor humain vivant » par l’UNESCO, qui lui a reconnu son rôle dans la préservation et la transmission de la langue et des traditions de son ethnie.

     

    Cette femme a partiellement transmis le yagan, langue parlée menacée d’extinction au profit de l’espagnol, à ses petites-filles et à une nièce.

    Les générations les plus jeunes connaissent également la langue yagan mais pas au niveau de Cristina, il va donc y avoir une perte irréparable.
    Maurice Van de Maele, anthropologue résidant à Puerto Williams

    Ce peuple nomade a atteint les confins du cône sud il y a 6000 ans environ. Avant l’arrivée des Européens sur le continent américain, leur population était d’environ 3000 personnes.
     

    Outre le célèbre cap Horn, l’extrême sud du Chili est composé d’innombrables îles, archipels et canaux, qui rendent la navigation d’autant plus difficile.

     

    Pratiques ancestrales

     

    Les Yagans sillonnaient les mers agitées de cette région du globe, qui a vu disparaître plus de 10 000 marins et 800 navires depuis le XVIIe siècle, selon les données de la marine chilienne.

     

    Allant d’île en île, les hommes chassaient les animaux marins, tandis que les femmes se chargeaient de construire les logements, de maintenir le feu allumé et de préparer les aliments.

     

    À moitié nus, ils recouvraient leur corps de graisse de lion de mer et utilisaient des peaux de loup pour résister aux basses températures de la Terre de Feu, où la moyenne annuelle est de 5 degrés.

     

    « Pour les Yagans, il s’agissait de conditions très favorables. Ils vivaient pratiquement nus, étant donné que les températures à cet endroit, un archipel entouré de mer, ne sont pas aussi basses », explique M. Van de Maele.

     

    Mais voilà deux générations que les Yagans, qui ont souffert de nombreuses épidémies et dont les traditions se sont diluées dans la vie moderne, ne pêchent plus. Ils se consacrent désormais à l’artisanat, la construction, au tourisme, au métier de femme de ménage ou à la restauration.

    Photo: Martin Bernetti Agence France-Presse
     

    Colonisation

     

    L’influence occidentale a commencé à se faire sentir il y a 150 ans, avec la présence de colons européens dans le secteur : les autochtones ont progressivement abandonné leurs coutumes, se sont sédentarisés et ont commencé à porter des habits.

     

    Ainsi, « mamie Cristina », qui s’habille comme n’importe quelle grand-mère chilienne, confectionne des paniers traditionnels tressés en joncs, des répliques des canoës utilisés par ses ancêtres ainsi que des tissus en laine qu’elle vend dans sa petite boutique située à l’avant de sa maisonnette de Villa Ukika.

     

    Sa petite-fille, également prénommée Cristina, vient d’écrire un livre sur sa vie, intitulé Mémoire de ma grand-mère yagan.

     

    « Elle ne sortait pas beaucoup en mer. Elle a enseigné [la langue yagan] dans la crèche d’Ukika mais maintenant elle a arrêté », explique à l’AFP Veronica Morales, coordinatrice du programme de conservation bioculturelle de la région sous-Antarctique.

     

    Outre cet artisanat traditionnel, la connaissance des lieux, des routes montagneuses, de la topographie, des contes et légendes locales perdurent parmi les Yagans, souligne la spécialiste.













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