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    Iran: l’élection présidentielle décryptée

    Des partisans d’Ebrahim Raisi, un homme religieux qui est le favori du guide suprême.
    Photo: Atta Kenare Agence France-Presse Des partisans d’Ebrahim Raisi, un homme religieux qui est le favori du guide suprême.

    C’est jour de premier tour de l’élection présidentielle ce vendredi en Iran, où 55 millions d’électeurs devront choisir entre quatre candidats. Le président sortant, Hassan Rohani, est du lot. Et comme le veut la configuration politique dans cette puissance moyen-orientale, deux camps s’affrontent : les modérés et les conservateurs. Qui sont les candidats ? Qui a les meilleures chances ? Quels sont les enjeux ? Réponses de Vahid Yücesoy, doctorant en science politique affilié au CERIUM.

     

    Le président sortant, Hassan Rohani, se représente. Qui sont ses principaux adversaires et quels courants ceux-ci représentent-ils ?

     

    Il y a en tout quatre candidats qui se regroupent en deux camps : les modérés et les conservateurs. Du côté des modérés, on retrouve le président sortant, Hassan Rohani, et Mostafa Hashemitaba, un réformateur et ancien ministre de l’Industrie. Eshaq Jahangiri, qui est le vice-président de Rohani, s’est retiré de la course mardi en donnant son appui à Rohani.

     

    Chez les conservateurs, il y a Ebrahim Raisi, un homme religieux qui est le favori du guide suprême, et Mostafa Mir-Salem, un ingénieur et ancien ministre de la Culture dans les années 1990. En début de semaine, le maire de Téhéran, Mohammad Baqer Qalibaf, s’est lui aussi retiré de la course en donnant son appui à Ebrahim Raisi.

     

    L’issue va très certainement se décider entre deux candidats : Rohani et Raisi.

     

    Quel courant — réformiste ou conservateur — a aujourd’hui le vent dans les voiles en Iran ?

     

    Les sondages libres sont très difficiles à mener en Iran. Mais un coup de sonde de la Fondation Carnegie pour la paix internationale publié le 14 mai donne 27,5 % à Rohani, 12 % à Raisi et 9,1 % à Qalibaf. Les autres candidats avaient chacun moins de 1 %.

     

    Mais attention : selon le même sondage, à peu près 50 % de la population est soit indécise, soit réticente à aller voter. Ceux qui sont réticents évoquent le fait que les élections ne sont pas libres et que chaque candidat doit être approuvé par les hauts placés du régime. Le taux de participation lors de l’élection de 2013 s’élevait à 72 %.

     

    Autre inconnue : après le retrait de la candidature de Qalibaf, reste à voir si ses partisans suivront ses consignes et voteront pour Raisi.

     

    Rohani a accusé les instances conservatrices du pays — les Gardiens de la révolution — de saboter l’accord sur le nucléaire, qu’il avait piloté. En quoi est-ce un enjeu électoral ?

     

    La politisation de l’enjeu nucléaire sous la présidence du conservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui avait une position récalcitrante sur ce dossier, a largement contribué à l’imposition des sanctions économiques par l’Occident entre 2010 et 2013. Ces sanctions ont été dévastatrices pour l’économie iranienne, engendrant une détérioration marquée de la qualité de vie des Iraniens. C’est ce qui ouvrit la voie à l’élection de Rohani en 2013, qui avait alors le mandat de résoudre l’enjeu nucléaire avec l’Occident et de mettre fin aux sanctions.

     

    Il est parvenu à faire lever une part importante des sanctions, mais l’économie n’a pas rebondi tel qu’espéré. Malgré une croissance élevée de 6,6 % l’année dernière selon le FMI, le chômage reste lui aussi élevé, à 12,5 % — et à 27 % chez les jeunes. La croissance n’a pas eu d’effet positif direct sur la vie de nombreux Iraniens.

     

    Quels sont les autres enjeux qui dominent cette campagne ?

     

    La question des libertés individuelles et collectives est centrale. En réalité, la classe moyenne, et surtout les jeunes, qui aspirent à plus d’ouverturepolitique, est largement déçue du bilan de Rohani. Car même s’il y a eu certaines ouvertures culturelles, la répression à l’endroit des activistes est très courante.

     

    Rohani a d’ailleurs lancé une virulente attaque contre son adversaire conservateur Raisi en disant que « [le peuple iranien] va dire une nouvelle fois qu’il ne veut pas de ceux qui n’ont pratiqué que les exécutions et l’emprisonnement durant 38 ans ». Une référence aux exécutions de masse des prisonniers politiques. Ces remarques ont franchi une ligne rouge, car il est tabou de critiquer les violations des droits de la personne par le système.

     

    Malgré la déception de son électorat, Rohani demeure le meilleur choix pour les libertés. Les Iraniens sont toutefois conscients que ça demeure une bataille ardue en raison des positions conservatrices des puissantes instances non élues du pays, tels les Gardiens de la révolution et le guide suprême.

     

    Cette élection s’annonce-t-elle serrée ? Rohani a-t-il de bonnes chances d’être réélu ?

     

    Oui, Rohani a de bonnes chances, surtout en raison du soutien de plusieurs personnages connus au pays, des femmes et des jeunes. Le taux d’abstention risque d’être élevé et les indécis sont nombreux, mais une chose est certaine : la population ne veut surtout pas revivre l’isolement économique et culturel international des années Ahmadinejad, et il y a la crainte qu’une victoire des conservateurs efface les gains modestes enregistrés sous Rohani. Cette crainte poussera peut-être la population, surtout les indécis, à voter pour le président sortant.

     













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