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    Mexique

    L’impunité, toujours

    Cinq journalistes ont été tués en plein jour et en pleine rue depuis le mois de mars au Mexique. Séquence affolante de meurtres commis impunément chez un voisin qui figure, selon Reporters sans frontières, au troisième rang des pays les plus dangereux pour les journalistes, après la Syrie et l’Afghanistan.

     

    Ils portent des noms : Cecilio Pineda, tué à proximité d’un lave-auto, à Ciudad Altamirano, dans le Guerrero ; Ricardo Monlui, dans l’État du Veracruz, alors qu’il sortait en famille d’un restaurant ; Miroslava Breach, à Ciudad Juárez, abattue devant chez elle sous les yeux de son jeune fils ; Maximino Rodriguez, en Basse-Californie, qui s’en allait faire des courses.

     

    Le dernier en date est Javier Valdez, journaliste connu qui pratiquait depuis 30 ans son métier dans l’État du Sinaloa, où le cartel de drogue du même nom est considéré comme l’un des plus puissants au monde et dont le chef, Joaquín « El Chapo » Guzmán, récemment extradé aux États-Unis, attend son procès dans une prison new-yorkaise. Il a été tué par balles lundi en milieu de journée à Culiacán, la capitale de l’État, près des bureaux de la revue Riodoce, qu’il avait fondée en 2003. Collaborateur du quotidien La Jornada, il a écrit plusieurs livres sur le trafic de drogue et la culture de violence qui empoisonne la société mexicaine.

     

    Au Sinaloa, « le trafic de drogue est un mode de vie », avait déjà dit M. Valdez en entrevue. « Comme journaliste, ou vous prenez vos responsabilités ou vous faites l’idiot. Je ne veux pas qu’on me demande un jour : “Qu’est-ce que vous faisiez face à toute cette violence… Pourquoi n’avez-vous pas dit ce qui se passait ?” »

     

    M. Valdez l’a dit.

     

    Il en faut du coeur pour briser le silence à tous ces journalistes dont on n’entend parler que quand on les tue. Il en faut d’autant plus que ces meurtres sont commis en toute impunité. Ils sont au moins une centaine à avoir été assassinés depuis 2000, selon l’ONG Articulo 19. Ils sont les victimes des trafiquants de drogue ou de politiciens corrompus — ou d’un cocktail des deux. « Certaines de mes sources ont été tuées ou sont disparues, disait encore M. Valdez. Les autorités s’en foutent complètement. Elles ne font rien pour nous protéger. »

     

    Cette vague d’assassinats vient témoigner, une fois de plus, de la détérioration de la liberté d’expression au Mexique et de la nullité de son système de justice. Le président Enrique Peña Nieto a dénoncé sur Twitter un « crime scandaleux » et promis que son nouveau « procureur spécial aux crimes contre la liberté l’expression », nommé la semaine dernière, allait enquêter. Les Mexicains y croient-ils ? Il faudrait que les autorités cessent enfin de croiser les bras, par sourde complicité et manque de courage.













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