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    Commerce

    La Chine, les «nouvelles routes de la soie» et le Canada

    16 mai 2017 | Jean-Frédéric Légaré-Tremblay - Avec l’Agence France-Presse | Actualités internationales
    La grande majorité des chefs de gouvernement et d’État occidentaux ont boudé le sommet de Pékin. En revanche, une trentaine de chefs venus d’ailleurs dans le monde se sont rendus sur place, dont le président russe, Vladimir Poutine, accueilli par le président chinois, Xi Jinping.
    Photo: Jason Lee Agence France-Presse La grande majorité des chefs de gouvernement et d’État occidentaux ont boudé le sommet de Pékin. En revanche, une trentaine de chefs venus d’ailleurs dans le monde se sont rendus sur place, dont le président russe, Vladimir Poutine, accueilli par le président chinois, Xi Jinping.

    Le président chinois, Xi Jinping, a convié le monde entier à Pékin dimanche et lundi. Le but : célébrer son pharaonique projet d’infrastructures intitulé les « nouvelles routes de la soie » dans le but déclaré de stimuler le commerce mondial. Le projet soulève doutes et inquiétudes à l’étranger, surtout en Occident, mais le Canada souhaite néanmoins tirer sa part du pactole.

     

    Le sommet de deux jours sur les «nouvelles routes de la soie» (« One Belt, One Road ») s’est clos lundi à Pékin sur une note d’ouverture. « La mondialisation fait face à des vents contraires », a déclaré le président chinois, Xi Jinping, qui pose en chantre du libre-échange depuis la poussée protectionniste incarnée par l’élection de Donald Trump aux États-Unis et la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Dans le communiqué final diffusé lundi soir, il est affirmé que les pays signataires « rejettent toutes les formes de protectionnisme ».

     

    Les «nouvelles routes de la soie» sont le projet phare de Xi Jinping, qui en a esquissé les contours dès son arrivée au pouvoir en 2013. Ce projet gigantesque inspiré de la route de la soie, qui a relié l’Empire du Milieu à l’Europe pendant de nombreux siècles, cherche à tisser un vaste réseau d’infrastructures et de voies commerciales entre les deux pôles du continent eurasiatique, avec des ramifications ailleurs sur la planète. Les routes envisagées sont autant terrestres que maritimes.

     

    Les réactions internationales à cette vaste initiative sont mitigées. La grande majorité des chefs de gouvernement et d’État occidentaux ont boudé le sommet de Pékin, préférant envoyer des émissaires. En revanche, une trentaine de chefs venus d’ailleurs dans le monde se sont rendus sur place, dont les présidents russe, Vladimir Poutine, et turc, Recep Tayyip Erdogan.

     

    Côté nord-américain, Washington était représenté par Matt Pottinger, directeur pour l’Asie de l’Est au Conseil de sécurité nationale, alors qu’Ottawa avait confié cette tâche à Pamela Goldsmith-Jones, secrétaire parlementaire du ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne. « Nous croyons qu’il s’agit d’une occasion pour les milieux d’affaires canadiens, a déclaré Mme Goldsmith-Jones dimanche au Globe and Mail. Nous croyons qu’il est important d’être présent [et] voyons cela comme une participation, un apprentissage et un approfondissement de nos liens. »

     

    Les deux pays nord-américains sont parmi les rares contrées qui n’apparaissent pas sur la planche à dessin des « nouvelles routes de la soie ». Outre le vaste espace eurasiatique, le projet cher à Xi Jinping cherche en effet à connecter la Chine à l’Afrique et même à l’Amérique latine.

     

    Pour le Canada et les États-Unis, l’intérêt serait surtout celui des entreprises oeuvrant dans les secteurs du génie et de la construction, explique au Devoir Jeremy Paltiel, professeur de science politique spécialisé entre autres en politique étrangère de la Chine à l’Université Carleton, à Ottawa. Ces entreprises pourraient profiter de la manne que représenteront les contrats de construction.

     

    Doutes et risques

     

    Or, la façon dont seront octroyés les fonds et les contrats soulève des doutes — et des risques. La grande majorité de ces fonds seront en effet prêtés par des institutions financières contrôlées par la Chine et dont les mécanismes d’octroi n’ont pas été encore clarifiés, souligne M. Paltiel. La Banque de développement de Chine a déjà prévu débloquer plus de 1200 milliards de dollars pour 900 projets ferroviaires, portuaires, autoroutiers et énergétiques à travers le monde. À cela, Xi Jinping a annoncé lundi que 170 milliards seraient allongés.

     

    En comparaison, les 100 milliards dont dispose la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, un établissement qui comprend 52 États membres et 25 membres prospectifs — dont le Canada depuis mars dernier —, et dont les mécanismes sont transparents selon M. Paltiel, apparaissent bien maigres.

     

    Plusieurs pays européens ont d’ailleurs refusé lundi de s’associer à un communiqué sur le commerce préparé par la Chine, a rapporté l’Agence France-Presse. Ces pays, dont l’Allemagne, l’Estonie et la Hongrie, ont jugé que ce texte ne faisait pas suffisamment mention des préoccupations des Européens en matière de transparence des marchés publics ou de normes sociales et environnementales.

     

    Y participer ou pas ?

     

    « On peut comparer les « nouvelles routes de la soie » avec le plan Marshall, qui a contribué à l’essor de l’Europe après la Deuxième Guerre mondiale, avance Jeremy Paltiel. C’était gagnant-gagnant, mais aussi axé sur le renforcement du modèle occidental contre le soviétique. Voilà pourquoi les Chinois veulent éviter la comparaison et affirment que leur modèle de développement est ouvert à tous. Mais en réalité, en Chine, les grands projets d’infrastructures et les marchés publics sont liés aux gouvernements — central et locaux. C’est son modèle de développement axé autour de l’État que Pékin promeut avec son projet. Un modèle qui entre en conflit avec le néolibéral axé sur les grandes entreprises. »

     

    Le Canada doit-il tout de même y participer ? « Oui, répond le professeur. Il y a des risques à participer au modèle de développement à la chinoise, mais si on ne le fait pas, on s’exclut de ce qui devrait être le plus grand marché public d’infrastructures du XXIe siècle — et on se refuse la possibilité de l’influencer. »













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