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    James Comey, l’enquêteur en chef déchu par Trump

    James Comey officiellement déchu pour avoir fauté dans son enquête sur Clinton

    10 mai 2017 |Associated Press, Sébastien Blanc - Agence France-Presse | Actualités internationales
    Avec le dossier de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle, James Comey s’est retrouvé au cœur de puissantes turbulences politiques.
    Photo: Jim Watson Agence France-Presse Avec le dossier de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle, James Comey s’est retrouvé au cœur de puissantes turbulences politiques.

    On le disait inamovible, protégé par ses réseaux et tous les secrets collectés par ses services d’investigation : James Comey, le puissant patron du FBI, a pourtant été brutalement débarqué mardi par Donald Trump.

     

    Cette décision surprise a provoqué une véritable onde de choc à Washington, où des élus ont évoqué le spectre du Watergate.

     

    La police fédérale américaine est en particulier chargée de l’enquête sur les liens éventuels entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. « Le FBI est l’une des institutions les plus respectées de notre pays et aujourd’hui marquera un nouveau départ pour l’agence phare de notre appareil judiciaire », a indiqué M. Trump dans un communiqué.

     

    Dans un courrier adressé à James Comey, et rendu public par l’exécutif, Donald Trump lui signifie qu’il met fin à ses fonctions « avec effet immédiat ».

     

    « Si j’ai apprécié que vous m’ayez informé, en trois occasions distinctes, du fait que je ne faisais pas l’objet d’une enquête, je suis cependant d’accord avec l’analyse du ministère de la Justice selon lequel vous n’êtes pas capable de diriger de manière efficace le Bureau », ajoute-t-il.

     

    Ironie de l’histoire : la raison officiellement avancée par le gouvernement Trump pour ce limogeage est la façon dont M. Comey, 56 ans, a géré le dossier des courriels d’Hillary Clinton.

     

    Donald Trump accuse en substance James Comey d’avoir mal traité cette dernière en dévoilant à la presse de nombreux détails de l’enquête… des détails que le candidat républicain avait pourtant utilisés quotidiennement pour pilonner la démocrate pendant la campagne.

     

    Le 28 octobre, James Comey provoquait une véritable déflagration dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle : il annonçait au Congrès la découverte de nouveaux messages justifiant une relance des investigations closes au mois de juillet précédent sur les courriels de Mme Clinton. Ce n’est que deux jours avant le scrutin du 8 novembre que M. Comey annoncera n’avoir finalement rien trouvé de pénalement répréhensible.

     

    L’ex-candidate démocrate a estimé il y a quelques jours que sans l’initiative de ce dernier — et la diffusion par WikiLeaks de courriels de sa campagne —, elle aurait emporté l’élection présidentielle.

     

    Ce limogeage-surprise a fait l’effet d’une bombe au Congrès, une réaction semble-t-il sous-estimée par la Maison-Blanche.

     

    « M. le Président, avec tout le respect que je vous dois, vous faites une grave erreur », a déclaré le chef de file de l’opposition démocrate du Sénat, Chuck Schumer, qui a dit en avoir averti le président américain lorsque celui-ci l’a appelé pour l’informer de sa décision.

     

    Lors d’une conférence de presse au Capitole, il a appelé à la nomination d’un magistrat indépendant pour prendre en main l’enquête russe, actuellement menée par le FBI, jugeant que les Américains étaient en droit de soupçonner que ce limogeage était une tentative d’« étouffer » l’affaire.

     

    Le limogeage « montre à quel point le gouvernement craint l’enquête sur la Russie », a déclaré Tim Kaine, ex-colistier d’Hillary Clinton, y voyant la tendance croissante de l’administration à « cacher la vérité ».

     

    « La dernière fois qu’un limogeage présidentiel a soulevé tant de questions, l’Amérique était en pleine crise du Watergate », a lancé le démocrate Cory Booker.

     

    Plus inquiétant pour le locataire de la Maison-Blanche, le malaise se répandait également dans le camp républicain.

     

    Le chef de la puissante Commission du renseignement du Sénat américain, Richard Burr, s’est déclaré « troublé » par le moment et les raisons avancées pour ce spectaculaire limogeage.

     

    Éjectable

     

    Cet ex-procureur fédéral et ancien vice-ministre de la Justice était en fait sur un siège éjectable, d’abord et surtout depuis qu’il est revenu au FBI d’examiner les soupçons brûlants d’ingérence russe dans la présidentielle de 2016.

     

    James Comey, 56 ans, s’est retrouvé plongé au coeur de ces turbulences, avec la mission impossible de ne pas froisser la Maison-Blanche. Il s’est quand même permis de distribuer des cartons jaunes, parfois fracassants, par exemple, en contredisant catégoriquement le président Trump sur les écoutes.

     

    Il l’a fait sans se départir de son flegme permanent, en cherchant à projeter une image de fidèle serviteur du droit, lui qui est pourtant un renard de la politique.

     

    Concentré, les sourcils froncés, le chef de la police fédérale excelle dans l’exercice des auditions sur la colline du Capitole. Ses mots, renforcés par la teneur officielle des enquêtes qu’il supervise, marquent.

     

    Hillary Clinton l’a appris à ses dépens quand, dans une conférence de presse surprise en juillet 2016, M. Comey avait recommandé de ne pas poursuivre l’ex-secrétaire d’État au sujet de ses courriels, tout en notant qu’elle avait fait preuve d’une « extrême négligence ».

     

    James Comey a, ce jour-là, crevé l’écran et semé des cailloux bien pointus dans les chaussures de l’ex-première dame en campagne. Cette décision avait pourtant ulcéré les républicains, qui rêvaient de l’inculpation de la candidate démocrate.

     

    Dans un tweet la semaine dernière, M. Trump avait assuré que M. Comey était « la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Hillary Clinton ». Quand, fin octobre, le patron du FBI avait relancé de façon retentissante l’affaire des courriels, cette fois, les républicains l’avaient applaudi, saluant à l’automne une intégrité dont ils doutaient à l’été.

     

    C’est dire si James Comey était habitué à tenir la barre du navire FBI dans les tempêtes.

     

    Il a longtemps été encarté chez les républicains, mais avait été nommé par M. Obama au poste de chef du FBI, et confirmé en 2013 par le Sénat pour un mandat de dix ans. Donald Trump lui avait demandé de rester en fonction, avant de brutalement revenir sur sa décision.

     

    Depuis trois décennies James Comey navigue dans les hauts cercles politico-judiciaires, endurcissant une cuirasse grâce à laquelle il se permet parfois de fâcher les autorités judiciaires. Il l’a fait par exemple en soutenant que les policiers étaient devenus réticents à s’impliquer dans leur tâche après l’avalanche de critiques qu’ils ont subies depuis la mort de Michael Brown, un Noir de 18 ans abattu en 2014 à Ferguson (Missouri). Toute carrière de haut vol aux États-Unis suppose de solides relais à New York, et M. Comey, natif de la ville, a eu le temps de s’en bâtir comme procureur fédéral de Manhattan.













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