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    Turquie

    Erdogan a perdu

    Sa victoire au référendum autorise Recep Tayyip Erdogan à aller de l’avant avec son projet d’hyper-présidence — et à achever sa dérive antidémocratique. À lui l’essentiel du pouvoir exécutif et un large contrôle du système judiciaire. Le poste de premier ministre disparaîtra et le Parlement ne sera plus qu’une chambre d’enregistrement. Le « sultan » pourra théoriquement rester au pouvoir jusqu’en 2029. En vérité, le président Erdogan a perdu.

     

    Il a perdu parce que les urnes ont donné à sa réforme constitutionnelle une légitimité illusoire. Il est faux de prétendre, comme l’a fait le premier ministre en sursis Binali Yildirim — bientôt vice-président ? —, que « la volonté de la nation s’est exprimée librement dans les urnes » et que « cette affaire est terminée ». Erdogan a perdu parce que sa victoire est d’autant plus courte (51,4 % des voix) qu’elle a été arrachée sous état d’urgence et dans un climat inouï de répression de l’opposition et de musellement des médias. Ce qui fait qu’au fond, la victoire est plutôt celle de ceux qui lui ont tenu tête.

     

    Il a perdu parce qu’une mission d’observateurs européens a jugé que la campagne s’était déroulée dans des conditions inéquitables et qu’au regard d’« irrégularités présumées », Bruxelles a jugé nécessaire d’exhorter Ankara à procéder à une « enquête transparente ». Il a perdu parce qu’il isole la Turquie de l’Europe et divise les Turcs entre eux. Pour avoir fait jouer à fond la corde ultranationaliste et antikurde, Erdogan a séparé le peuple turc par le milieu — entre ruraux et urbains, entre nationalistes et proeuropéens, suivant des lignes de fracture qui, du reste, ne sont pas étrangères à celles qui déchirent aujourd’hui plusieurs pays de l’Union européenne.

     

    Fini l’inspirant exemple turc où coexistaient islam et démocratie ? Entendu que Mustafa Kemal Atatürk, père de la république, a dicté aux Turcs une occidentalisation à marche forcée. Mais à vouloir liquider l’héritage kémaliste, le président Erdogan impose à son tour une islamisation qui fait complètement l’impasse sur la riche complexité de la société turque.

     

    Cette « affaire » n’est pas terminée. Une démocratie dont on supprime les contre-pouvoirs n’est plus une démocratie.

     

    C’est à se demander comment M. Erdogan, vu la fragilité de sa victoire référendaire, réussira à remporter la prochaine présidentielle, prévue jusqu’à preuve du contraire en 2019, en continuant d’appliquer le même principe d’intransigeance, sans faire l’effort de panser les plaies qu’il a ouvertes. À défaut de retrouver une certaine conscience démocratique, la « nouvelle ère » qu’il prétend lancer avec ce référendum risque avant tout d’en être une de nouveaux conflits.

     

    Les urnes ont donné à sa réforme constitutionnelle une légitimité tout à fait illusoire.













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