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    Corée du Nord

    Comment les frappes en Syrie changent la donne

    8 avril 2017 | Arnaud Vaulerin - Libération à Kyoto | Actualités internationales
    Le porte-avions américain USS Carl Vinson accoste au port de Busan, en Corée du Sud, le 15 mars, pour les manœuvres conjointes «Foal Eagle».
    Photo: Jo Jung-ho Associated Press Le porte-avions américain USS Carl Vinson accoste au port de Busan, en Corée du Sud, le 15 mars, pour les manœuvres conjointes «Foal Eagle».

    En montrant qu’il était prêt à user de force, le gouvernement Trump a surpris la Chine, laissant planer le doute sur la façon dont Washington pourrait répondre à de futures provocations de Pyongyang.


    Il va falloir guetter dans les prochains jours les agissements de la Corée du Nord. Car le régime de Pyongyang ne rate jamais une occasion de dégainer et de vitupérer les « impérialistes » américains et « leurs laquais » sud-coréens au moment où ceux-ci, commechaque printemps, se livrent à de grandes manoeuvres militaires. Dénommées « Foal Eagle » et « Key Resolve », elles alignent des dizaines de milliers d’hommes près de la DMZ, la ligne de démarcation entre les deux Corées. L’année dernière, le Nord avait tancé Séoul et Washington avant de tirer sept missiles balistiques.

     

    Or, cette fois, après les frappes surprises américaines en Syrie, le climat a changé. Comment Kim Jong-un va-t-il se manifester ? Le leader nord-coréen, bien moins fou et irrationnel qu’on le dit, se livrera-t-il à une provocation appelant sanction ou frappe aux yeux de Washington ? Ces dernières semaines, il n’a pas manqué une occasion de se rappeler au souvenir de Trump : son armée a tiré des missiles au moment où l’Américain rencontrait le premier ministre japonais, Shinzo Abe, et alors qu’il s’apprêtait à rencontrer le président chinois, Xi Jinping.

     

    Les attaques américaines en Syrie rebattent les cartes en Asie. « C’est un signal envoyé à la Chine et à la Corée du Nord,analyse à Tokyo Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique. Trump est apparu comme un président imprévisible qui n’hésite pas à frapper. Cela fait peur aux Chinois, qui avaient jusqu’à maintenant l’impression de mener le jeu face à des puissances raisonnables comme celle d’Obama et d’Abe au Japon. »

     

    La Corée du Sud et le Japon menacés

     

    La Corée du Nord peut-elle être la prochaine cible ? « Toutes les options sont sur la table », a déclaré sans ambages le secrétaire d’État Rex Tillerson lors de son passage à Séoul en mars, précisant que la politique de la « patience stratégique », chère à Barack Obama, « avait pris fin ». Un conflit militaire fait partie du scénario si Pyongyang « élève le niveau de menace de son programme d’armements », a prévenu Tillerson. En janvier, Kim Jong-un avait trompeté que son pays était « aux dernières étapes avant le lancement test d’un missile balistique intercontinental », des ICBM susceptibles de frapper les États-Unis. Dans un tweet nocturne, Trump avait rétorqué : « Cela n’arrivera pas. » Sans épiloguer. À la différence de la situation en Syrie, Washington ne se trouve pas dans le même niveau d’urgence avec la Corée du Nord : pour l’heure, pas d’événement déclencheur ou d’acte justifiant une intervention.

     

    Une attaque préventive contre Pyongyang reste un scénario dangereux et compliqué. En visant des sites nucléaires, comme celui de Yongbyon, que les États-Unis de Bill Clinton avaient projeté de bombarder lors de la grave crise de 1993-1994, Washington prendrait le risque d’une catastrophe atomique. Il pourrait également cibler les bases de lancement de missile de Sohae (nord-ouest), d’où sont testés les ICBM, et de Musudan-ri, appelée également Tonghae (est).

     

    « Mais les pays de la région n’y sont pas favorables, note Valérie Niquet. Ils savent que le Nord a des capacités de riposte susceptibles de frapper les territoires sud-coréens et japonais densément peuplés. Avec des missiles dotés de têtes chimiques et même avec une artillerie en partie vétuste, il ferait des dégâts considérables. » La Corée du Nord aurait par ailleurs disséminé 200 missiles Rodong sur tout son territoire, qui pourraient être lancés à partir de véhicules mobiles, compliquant leur détection et leur interception.

     

    « Même idéologie »

     

    Si la Corée du Sud et le Japon ont tout à craindre d’une frappe, quelle sera la réaction de la Chine ? Pyongyang et Pékin sont des « régimes frères qui partagent la même idéologie », rappelle Valérie Niquet. Chinois et Nord-Coréens sont liés par un traité d’amitié et de coopération signé en 1961, qui prévoit des accords de défense réciproque. « La Chine est très agacée par les essais de la Corée du Nord, mais pas au point de prendre le risque de perdre [cet allié], alors que les Américains occupent toute la péninsule », souligne la spécialiste. Pékin estime que les États-Unis jouent un rôle dans l’escalade des tensions, surtout en déployant en Corée du Sud le bouclier antimissile Thaad, perçu comme une menace par Pékin.

     

    Seul réel soutien diplomatique et économique de la Corée du Nord, la Chine a les moyens de faire pression sur Kim Jong-un, veut croire Trump, qui s’en est ouvert à Xi Jinping, reçu jeudi et vendredi en Floride. À la mi-mars, il se lamentait, déplorant que la Chine ait « peu fait pour aider » à la résolution du casse-tête nord-coréen. La semaine dernière, Trump déclarait au Financial Times « Si la Chine ne résout pas la question nord-coréenne, nous le ferons. » Quelques jours avant de frapper la Syrie à la surprise générale.













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