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    Quel est l’état du groupe armé État islamique?

    Dans quel état se trouve le groupe État islamique?
    Photo: Mohammed Saad Associated Press Dans quel état se trouve le groupe État islamique?

    L’étau se resserre autour du groupe armé État islamique (EI). Après avoir proclamé l’instauration d’un « califat » en Syrie et en Irak à l’été 2014, il recule jour après jour, sous l’assaut d’une coalition internationale, des forces irakiennes, syriennes, kurdes et autres. Dans quel état se trouve le groupe État islamique ? Réponse de Francesco Cavatorta, professeur de science politique à l’Université Laval et spécialiste du monde arabe et des mouvements islamistes.

     

    Quelle est l’ampleur du déclin pour le groupe EI ?

     

    Il est notoire. Le groupe EI ne contrôle plus que 65 % du territoire qu’il avait sous sa férule à son apogée. Pour le reste, les estimations sont hasardeuses, mais l’on peut dire qu’en raison des nombreuses défaites militaires qu’il a subies, l’organisation a perdu de ses moyens logistiques et le nombre de ses combattants est en recul. Les pertes sont évidentes.

     

    Le groupe EI a pris pied hors de ses fiefs syrien et irakien, dont en Libye et au Yémen. Est-il aussi en déclin à l’étranger ?

     

    L’organisation serait en recul en Libye, mais pas au Yémen. Mais attention : il ne faut pas croire que toutes les organisations islamistes qui se réclament du groupe EI lui sont véritablement affiliées.

     

    En Libye et au Yémen, par exemple, il y a des dynamiques locales complexes qui poussent certains groupes armés à s’accoler l’étiquette du groupe EI à des fins de promotion politique. Dans ces contextes nationaux où le pouvoir central s’est effondré, plusieurs milices divisées sur les plans tribal ou idéologique se disputent le pouvoir, mais sans y être encore parvenu.

     

    Comment ce déclin influence-t-il sa stratégie ?

     

    Pour ce groupe qui misait sur l’ancrage territorial, il est difficile de se replier sur d’autres formes d’engagement et tactiques : cela serait vécu comme un recul tant opérationnel qu’idéologique.

     

    Par contre, il faut dire que la défaite militaire du groupe EI ne réglerait en rien le problème politique fondamental de la gouvernance en Syrie et en Irak, lequel a rendu possible l’émergence de cette organisation djihadiste.

     

    En Irak, après l’invasion américaine de 2003, la construction d’un système politique sectaire a mené, dans les faits, à la marginalisation des sunnites. Le groupe EI s’est alors fait le porte-parole de cette communauté. Si l’État irakien ne devient pas plus inclusif, le problème politique restera entier. En Syrie, la malheureuse tournure sectaire qu’a prise la guerre civile a déclenché des dynamiques similaires.

     

    De façon générale, l’État arabe vit une crise de légitimité dans toute la région, incapable qu’il est d’assurer la sécurité, le bien-être économique, le développement et les libertés politiques. Le groupe EI est l’une des réponses à cette crise. Et elle a eu du succès là où l’effondrement des structures étatiques a été le plus dévastateur, comme en Irak, en Syrie et en Libye.

     

    Il faudrait donc sortir de la logique voulant qu’une défaite militaire du groupe EI change radicalement les dynamiques politiques et idéologiques en place. La communauté internationale doit songer à des solutions plus politiques que militaires.

     

    Peut-on dire que, paradoxalement, le déclin du groupe EI dans son fief met les pays occidentaux plus à risque d’attentats ?

     

    Pas forcément. Je rappelle que le projet central du groupe EI était la conquête territoriale et la construction d’un nouvel État. Une fois perdue cette possibilité, la violence politique peut être portée vers l’Occident par un désir de vengeance, en quelque sorte. Mais sans idée politique claire derrière, cela ne peut être une menace importante pour la stabilité de l’Occident.

     

    Peut-on dire, alors, que le groupe EI est à l’aube de disparaître ?

     

    Probablement, oui. Mais puisque le problème de la gouvernance dans le monde arabe demeure, la solution qu’a voulu apporter le groupe EI reste disponible. D’autres mouvements ou organisations pourraient donc être interpellés par cette volonté de reconstituer l’espace politique sur des bases idéologiques et géographiques différentes qui dépassent l’État-nation.













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