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    Lettre

    Génocide, dites-vous…

    23 mars 2017 | André Denis, juge retraité Le 21 mars 2017 | Actualités internationales

    Quand j’ai présidé le procès sur génocide Rwanda (1994, 800 000 morts, deux millions de blessés et cinq millions de personnes errant sur les routes) en 2008-2010, je me suis demandé tout au long du procès comment une population aussi sympathique, attachante, voire pacifique avait pu en arriver à de telles extrémités.

     

    La ministre de la Condition féminine, membre du Barreau rwandais, encourageait ses concitoyens à violer les femmes tutsies avant de les tuer. Elle a été condamnée à la prison à vie, tout comme son fils. Son mari était le recteur de l’Université de Butare. Le fils était diplômé universitaire, tout comme la personne que j’avais à juger au Canada.

     

    Dans un certain nombre de conférences que j’ai été appelé à donner après le procès tant à Genève qu’au Canada, je posais toujours la même question : est-ce qu’une telle abomination pourrait arriver ailleurs, voire au Canada ? Dans mes conférences au Québec et en Ontario, tous s’insurgeaient devant ma conclusion qu’un tel débordement pourrait arriver au Canada.

     

    Les motifs des Hutus de s’attaquer aux Tutsis étaient relativement simples. Ils sont une race inférieure et l’on doit s’en débarrasser avant qu’ils ne s’attaquent à nous. Bon nombre d’intellectuels adhéraient à cette thèse simpliste.

     

    Mais quand un intellectuel tel Andrew Potter, directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill, conclut à propos de la tempête de neige survenue à Montréal la semaine dernière :

     

    « Compared to the rest of the country, Quebec is an almost pathologically alienated and low-trust society, deficient in many of the most basic forms of social capital that other Canadians take for granted. This is at odds with the standard narrative ; a big part of Quebec’s self-image — and one of the frequently-cited excuses for why the province ought to separate — is that it is a more communitarian place than the rest of Canada, more committed to the common good and the pursuit of collectivist goals. »

     

    Au commencement des troubles survenus au Rwanda, des gens se sont persuadés que les Tutsis étaient vraiment un peuple différent, aliéné et socialement déficient dont il fallait se méfier.

     

    Dans toutes mes conférences, je rappelais que nulle société n’est à l’abri de telles dérives. Les génocides au XXe siècle en sont la preuve : les Hereros en Namibie (1904-1905), l’Arménie (1915-1918), l’Holocauste (1939-1945), le Cambodge (1975-1979), les Balkans (1990), le Rwanda (1994).

     

    Pas même le Canada. Prudence, Monsieur Potter.













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