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    Les travailleurs étrangers représentent un dernier recours pour l'économie japonaise

    Quelques centaines d’infirmières et d’aidants naturels indonésiens arrivent à l’aéroport international Narita, en banlieue de Tokyo.
    Photo: Jiji Press Agence France-Presse Quelques centaines d’infirmières et d’aidants naturels indonésiens arrivent à l’aéroport international Narita, en banlieue de Tokyo.

    Tous les indicateurs hurlent à la pénurie de main-d’oeuvre : un taux de chômage au plancher (3 %), un ratio emplois/demandeurs stratosphérique (1,43), une population active en déclin depuis 20 ans…

     

    Mais pas question d’ouvrir les portes du Japon aux travailleurs étrangers. Sinon pour quelques années. À certaines conditions. Et en dernier recours.

     

    « Nous devons accepter plus d’étrangers, on approche du point de bascule ! » lâche sans détour Toshihiro Menju, directeur du Japan Center for International Exchange, qui plaide pour une ouverture du marché de l’emploi japonais à l’immigration.

     

    Tokyo le sait. Si rien n’est fait, le pays, dont le déclin démographique est enclenché, perdra trois millions de travailleurs d’ici 2020 sur les 63 millions qu’il compte aujourd’hui, selon les scénarios présentés au Devoir par des fonctionnaires du ministère du Travail.

     

    Déjà, les secteurs de la construction et des soins à domicile pour les personnes âgées, par exemple, cherchent désespérément de la main-d’oeuvre. « Des hôtels en région sont contraints de fermer des corridors entiers de chambres faute de personnel », assure également M. Menju.

     

     

     

    Combler le manque à gagner

     

    Mais les décideurs politiques cherchent par tous les moyens à combler le manque à gagner de main-d’oeuvre sans recourir aux étrangers, autant que possible.

     

    « En tant qu’enjeu démographique, je dirais qu’avant d’accueillir des immigrants ou des réfugiés, nous devons augmenter l’activité des femmes, des personnes âgées, et nous devons augmenter le taux de fécondité. Il y a plusieurs choses que nous devrions faire avant d’accepter des immigrants », avait déclaré le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, en septembre dernier à l’ONU.

     

    Le gouvernement, qui étudie présentement plusieurs avenues pour juguler la crise, songe en effet à faciliter le travail chez les femmes, les personnes âgées, les parents et ceux qui ont des personnes handicapées à charge ; à augmenter la productivité et les salaires ; à encourager le télétravail ; à épauler les travailleurs en réorientation de carrière ; puis à recevoir davantage de travailleurs étrangers. « C’est un dernier recours », prend soin de préciser Takahiro Toda, directeur adjoint de la Division des travailleurs étrangers au ministère du Travail.

    Le gouvernement fait tout pour éviter que les gens s’installent au Japon en permanence
    Toshihiro Menju, directeur du Japan Center for International Exchange
     

    Pourtant, le nombre d’étrangers besognant sur le territoire japonais vient de franchir le cap du million. Un record. Et la tendance s’accélère : le chiffre a doublé en moins d’une décennie. Mais, pour la grande majorité d’entre eux, le séjour dans l’archipel est temporaire : cinq ans maximum, voire trois, selon les programmes grâce auxquels ils ont pu venir. « Le gouvernement fait tout pour éviter que les gens s’installent au Japon en permanence », peste Toshihiro Menju.

     

    Cheap labor

     

    Dans un pays où la pénurie de main-d’oeuvre est la plus criante dans les secteurs nécessitant le moins de qualifications (construction, soins à domicile, etc.), il n’existe officiellement aucun programme pour accueillir des travailleurs peu ou non qualifiés. Ceux-ci ne peuvent entrer au Japon que grâce aux programmes de formation ou de stage, ou à de rares ententes particulières avec des pays tiers. Les étudiants étrangers peuvent aussi travailler un certain nombre d’heures par semaine.

     

    Dans ce contexte contraignant, bien des employeurs embauchent des étrangers en contournant les conditions accolées à ces programmes, prêtant ainsi flanc aux abus.

     

    Le département d’État américain a notamment critiqué ce système, allant même jusqu’à évoquer des « conditions de travail forcé ».

     

    « Au moins 70 % des étrangers qui sont ici en vertu du programme de formation et de stage travaillent dans des conditions problématiques. C’est une forme de cheap labor », estime M. Menju.

     

    On rapporte notamment que certains travailleurs voient leur passeport confisqué et effectuent des heures de labeur non payées.

    Notre journaliste s’est rendu au Japon grâce au Foreign Press Center Japan.













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