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Le procès de Vukovar: un test pour la justice serbe

Belgrade — Six Serbes ont comparu hier pour la première fois devant un tribunal spécial de Belgrade pour le massacre de 192 prisonniers de guerre à Vukovar (Croatie) en 1991, dans un procès qui fait figure de test sur les capacités de la Serbie à juger ses criminels de guerre.

«Il s'agit du premier procès du genre en Yougoslavie parce que l'affaire a été confiée à la justice locale par le Tribunal de La Haye. Il s'agit d'un test pour la justice locale», a souligné Bruno Vekaric, porte-parole de la juridiction concernée avant l'ouverture des audiences.

Dans les années qui ont suivi le conflit, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a refusé de confier aux systèmes judiciaires serbe, croate ou bosniaque le jugement de criminels de guerre présumés que leurs concitoyens, toujours sensibles pour une bonne part aux sirènes du nationalisme, considéraient parfois comme de véritables héros.

Huit années se sont écoulées depuis la fin du conflit et le TPIY, qui se réserve désormais la tâche de juger les principaux instigateurs du «nettoyage ethnique» et des massacres commis durant le conflit, délègue aux autorités locales les procès des criminels de moindre envergure.

Trois anciens officiers de la défunte armée yougoslave inculpés pour des atrocités commises à Vukovar sont ainsi détenus à La Haye, dans l'attente de leur procès.

Le procureur du tribunal spécial de Belgrade a prononcé en décembre ses premières inculpations à l'encontre de huit suspects, poursuivis «en tant que membres de la défense territoriale de Vukovar» pour leur rôle dans le massacre de prisonniers de guerre dans la ferme d'Ovcara, à l'est de la ville croate.

L'un des prévenus a succombé lundi à une tentative de suicide commise il y plusieurs semaines et un deuxième est devenu témoin de l'accusation.

Les 192 victimes, des hommes croates ou non-serbes pour la plupart, ont été exécutées entre le 20 et le 21 novembre 1991 à l'aube, lorsque la ville des bords du Danube, ravagée par plusieurs semaines de siège, est tombée au mains des forces yougoslaves.

Tous, soldats croates et parents des personnels soignants y compris, avaient cru pouvoir trouver refuge à l'hôpital de Vukovar, selon l'acte d'accusation du TPIY.

Les accusés, a expliqué le procureur adjoint Dusan Knezevic à l'ouverture du procès, ont rassemblé leurs prisonniers capturés à l'hôpital, puis les ont fait monter à bord de camions pour les conduire jusqu'à des puits où leurs bourreaux les ont systématiquement abattus par groupes de huit.

Plus de 180 prisonniers ont ainsi été exécutés et leurs corps ensevelis à l'aide d'un bulldozer, a poursuivi Knezevic, ajoutant que 10 autres personnes avaient encore été tuées par la suite.
 
 
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