Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Développement international: toutes ces petites victoires

    6 février 2017 | Marie-Claude Bibeau - Ministre du Développement international et de la Francophonie | Actualités internationales
    «Nous devons prendre en considération les femmes et les filles au début de tous les processus», écrit Marie-Claude Bibeau.
    Photo: Éric St-Pierre Oxfam Québec «Nous devons prendre en considération les femmes et les filles au début de tous les processus», écrit Marie-Claude Bibeau.

    Je suis près de Ziniaré, une ville située à environ deux heures de route de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Une centaine de personnes s’entassent sous un baobab géant pour m’accueillir avant ma visite d’un projet agricole piloté par L’Oeuvre Léger. Au Burkina Faso, l’insécurité alimentaire touche près de la moitié de la population du pays.

     

    Après un bref discours, on m’amène vers un petit élevage de chèvres. Debout au bord de l’enclos, Iboudo Assèta me raconte une histoire que je n’oublierai jamais.

     

    Iboudo est veuve et mère de six enfants. Elle vit avec le VIH et a été désignée par le projet comme étant une personne qui risque d’avoir à quitter sa collectivité pour aller mendier en ville afin de répondre aux besoins de sa famille. Grâce au travail de nos partenaires, elle a eu accès à de la formation, à une trousse de création d’entreprise et à des traitements contre le sida.

     

    Rapidement, Iboudo a décidé de se lancer dans l’élevage avec trois chèvres fournies par le projet. Avec l’appui d’un centre de formation local, elle est parvenue à agrandir son troupeau. Ses revenus couvrent maintenant les besoins de toute sa famille. Ses enfants sont en santé, mangent, vont à l’école. L’une de ses plus grandes fiertés, c’est d’avoir installé des panneaux solaires, grâce auxquels ils peuvent faire leurs devoirs à la maison le soir.

     

    Iboudo ne demande pas d’aide. Au contraire, elle me répète à quel point elle est fière de son autonomie. Fière de pouvoir répondre elle-même aux besoins de sa famille. Fière d’avoir échappé au lévirat, une coutume qui impose aux veuves de se remarier avec le frère de leur défunt mari.

     

    Devenue un modèle de réussite auprès des femmes de sa collectivité, elle transmet son savoir-faire. Au quotidien, elle explique comment une vie peut changer simplement en ayant accès aux bonnes ressources.

     

    Le visage d’une politique

     

    L’histoire de cette femme m’a marquée, car elle démontre à quel point les femmes sont des agentes de changement au sein de leur collectivité. Elle met un visage sur la nouvelle politique d’aide internationale canadienne qui sera lancée sous peu. Une politique qui tiendra compte des inégalités entre les sexes. Une politique qui se penchera sur les barrières importantes auxquelles les femmes et les filles font toujours face. Une politique qui reconnaîtra le rôle actif qu’elles peuvent et doivent jouer dans la société et qui profitera à tout le monde.

     

    Les consultations que nous avons tenues et les données probantes appuient cette vision du développement. Le rapport de 2016 sur l’état de la population mondiale qu’a publié le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) précise d’ailleurs que c’est en observant le parcours de vie d’une fille de 10 ans qu’on va vraiment pouvoir affirmer si le Programme à l’horizon 2030 (les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies) est une réussite ou un échec. Et ce parcours est encore parsemé d’embûches.

     

    Par exemple, on observe toujours des écarts importants en matière d’accès aux services de santé sexuelle et reproductive. Chaque année, on estime à environ 22 millions le nombre de femmes et de jeunes filles qui, par désespoir, mettent leur vie en danger en subissant un avortement clandestin. Même chose en matière d’accès à l’éducation. Parce qu’elles sont affectées disproportionnellement par la violence ou les mariages précoces, 62 millions d’adolescentes dans le monde ne vont pas à l’école ou en sont souvent absentes. C’est deux fois plus que les garçons.

     

    Pour vraiment faire changer les choses, le Canada se doit d’investir stratégiquement. Nous devons prendre en considération les femmes et les filles au début de tous les processus. Sont-elles consultées ? Prennent-elles part aux décisions ? Participent-elles à l’implantation de nos programmes ? Administrativement, le renforcement socio-économique des femmes n’est pas une case au bas d’un formulaire. C’est une application sérieuse de l’analyse des genres à tous les projets que nous financerons.

     

    Tout comme Iboudo, les 400 participantes au projet de L’Oeuvre Léger forment la « première brigade des pionnières » de la lutte pour la sécurité alimentaire. Lorsqu’elles ont les ressources pour réaliser leur plein potentiel, ces femmes fortes, autonomes et engagées deviennent les plus puissantes agentes de changement, de développement et de paix. Elles sont les piliers sur lesquels nous nous appuyons pour nous attaquer à la pauvreté et aux inégalités, composer avec les changements climatiques et accroître la paix et la sécurité dans le monde.

     

    En cette Semaine du développement international, je tiens à remercier la population canadienne et nos partenaires qui travaillent sans relâche à construire un monde plus juste, plus inclusif et plus durable. Malgré l’ampleur des défis auxquels nous devons faire face, rappelons-nous, à l’image d’Iboudo, que c’est la somme de toutes les petites victoires qui mène à de grands changements.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.