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    États-Unis

    Sous Donald Trump, quelles relations avec la Chine?

    Donald Trump a surtout mis l’accent sur sa volonté de rééquilibrer les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, jugeant injustes certains avantages dont bénéficie encore Pékin quant à ses exportations et à la valeur de sa monnaie.
    Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Donald Trump a surtout mis l’accent sur sa volonté de rééquilibrer les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, jugeant injustes certains avantages dont bénéficie encore Pékin quant à ses exportations et à la valeur de sa monnaie.

    En campagne comme après son élection, Donald Trump a fait de la Chine l’une de ses principales cibles. Sur le plan commercial, mais aussi sur les plans diplomatique et stratégique. Quelles relations se dessinent entre Pékin et Washington sous un gouvernement Trump ? Réponse de Marie-Ève Reny, spécialiste de la Chine au CERIUM.

     

    Donald Trump a rompu avec quelque 40 ans de pratique diplomatique en s’entretenant au téléphone avec la présidente de Taïwan, peu après son élection. S’il maintenait le cap, qu’est-ce que cela impliquerait ?

     

    En plus d’avoir répondu à l’appel de la présidente Tsai Ing-Wen, le président américain a laissé entendre lors d’un entretien à Fox News en décembre qu’il pourrait remettre en cause le principe de la Chine unique [selon lequel Taïwan appartient à la République populaire]. Mais il ne s’est pas prononcé sur ce qu’impliquerait une telle remise en cause quant à ses liens diplomatiques avec Taïwan. S’il s’agit de promouvoir les liens commerciaux et militaires entre l’île et Washington, cela ne changerait pas vraiment les liens privilégiés qu’entretiennent déjà les deux partenaires.

     

    Or Donald Trump a signalé un changement de cap vers une diplomatie plus ferme à l’égard de Pékin, estimant peut-être que toucher des cordes sensibles du côté chinois lui permettra de mieux négocier certains intérêts géostratégiques américains en Asie. Il a notamment manifesté une inquiétude quant à la politique de Pékin à l’égard de la Corée du Nord, qu’il perçoit comme en étant une d’inertie. Il s’est également montré critique quant à l’expansion de l’influence de Pékin en mer de Chine méridionale, et il chercherait même à mettre un frein au contrôle qu’elle exerce sur des îles dans cette région.

     

    Mais Trump a surtout mis l’accent sur sa volonté de rééquilibrer les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, jugeant injustes certains avantages dont bénéficie encore Pékin quant à ses exportations et à la valeur de sa monnaie. Et ce qui semble être un retour à une forme de protectionnisme américain pourrait aussi être interprété comme un appel à ce que la Chine exerce un leadership au même titre que les États-Unis, et un rôle qui ne soit pas uniquement axé sur ses intérêts immédiats dans l’hémisphère asiatique.

     

    Comment la Chine est-elle susceptible de réagir à ces accusations de pratiques commerciales injustes de la part de Donald Trump ?

     

    Pékin est moins susceptible de réagir vivement à de telles accusations qu’à des propos visant à remettre en question sa souveraineté territoriale. Il est par contre envisageable que Pékin rétorque vivement à d’éventuels gestes protectionnistes posés par Washington qui nuiraient à ses intérêts économiques. Une rumeur qui circulerait dans les milieux financiers évoque même un conflit commercial entre les deux puissances, qui inclurait le boycottage d’entreprises de part et d’autre du Pacifique. Mais je doute fortement que la Chine amorce un tel conflit.

     

    Par ailleurs, ce ne sont pas toutes les positions commerciales de Trump qui nuiraient à la Chine. Aux dernières nouvelles, le président républicain a retiré les États-Unis du Partenariat transpacifique, un accord qu’il juge peu bénéfique pour Washington. Il laisse ainsi la porte ouverte à Pékin pour qu’il joue un rôle de leader.

     

    Trump a affirmé qu’il cesserait de protéger coûte que coûte ses alliés — ce qui inclut le Japon et la Corée du Sud. N’est-ce pas aussi une bonne nouvelle pour Pékin ?

     

    Trump semble en effet croire que Séoul et Tokyo ne peuvent plus dépendre autant des États-Unis pour leur sécurité. En tout cas, celle-ci ne devrait pas nuire aux États-Unis sur le plan économique. En d’autres mots, les deux pays devraient contribuer davantage à leur approvisionnement militaire et à leur sécurité.

     

    Cette position pourrait remettre en question les raisons politiques qui sous-tendent la présence américaine dans la région. En maintenant celle-ci, Trump officialiserait le principe selon lequel les États-Unis n’y ont plus leur place en tant que seule puissance hégémonique.

     

    Il est possible que cette décision soit bien accueillie par Pékin. Elle semble cependant entrer en contradiction avec les possibles intentions de Washington d’instrumentaliser ses liens avec Taïwan afin d’y poursuivre ses intérêts. Une telle instrumentalisation voudrait dire que les États-Unis ont encore leur place à défendre dans la région, ce qui serait difficile à réconcilier, d’un point de vue simplement logique, avec une réduction de leur présence militaire en Corée du Sud et au Japon.

     

    Si les relations devenaient vraiment tendues entre Washington et Pékin, jusqu’où les Chinois seraient-ils prêts à aller pour se défendre ?

     

    Une remise en cause des intérêts de Pékin en mer de Chine méridionale et du principe de la Chine unique, ou encore un conflit commercial entre les deux puissances, pourrait aviver le nationalisme chinois et provoquer des manifestations. Mais Pékin ne se rangerait par pour autant du côté de ces manifestants. De manière générale, les États-Unis et la Chine ont tout intérêt à éviter une escalade de désaccords.
     













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