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    L’ère du faux

    François Brousseau
    19 décembre 2016 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à Radio-Canada. Cette chronique fait relâche pour les Fêtes et sera de retour le 9 janvier 2017. | Actualités internationales | Chroniques

    Ce serait la grande découverte de 2016. Pour réussir en politique ou dans la guerre, mentez avec assez d’aplomb, et avec suffisamment de relais qui répéteront votre mensonge.

     

    Nous serions ainsi passés — avec le Brexit et la campagne présidentielle américaine — à l’ère « post-factuelle » ou « post-vérité », les politiciens qui profèrent des énormités… se voyant néanmoins récompensés le jour du vote.

     

    Pourtant… chaque époque a sa façon de reformuler des réalités qui existaient déjà, et les concepts pour les décrire.

     

    Bien qu’apocryphe ou inexacte, la citation de Voltaire « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » est connue, circule et sert de référence depuis près de trois siècles.

     

    Diversement attribuée à Hitler et à son ministre de la Propagande Goebbels, celle qui dit « Un mensonge répété dix mille fois devient vérité » remonte à plus de 75 ans. Davantage, si on en croit une variante parfois attribuée à Vladimir Lénine : « Plus le mensonge est gros, plus les gens y croiront. »

     

    De la même époque (années 1910) date la citation du politicien américain Hiram Johnson : « La vérité est la première victime de la guerre. » Et on oublie les anciens Grecs, qui déjà démontaient brillamment les ressorts de la rhétorique et de la démagogie.

     

    Tout ça pour dire que l’usage du mensonge en politique ou dans la guerre (sa continuation ultime et souvent funeste) ne date pas d’hier. Et pas davantage les analystes qui annoncent soudain avoir découvert que « le mensonge, saviez-vous quoi ? ça marche ! » ou encore qu’« on ne peut pas faire de politique en ne disant que la vérité ».

     

     

    Essayons tout de même de voir ce qui se serait passé en 2016, et marquerait un saut qualitatif dans le maléfique « empire du faux » sur les affaires du monde…

     

    Ce qui semble nouveau dans un phénomène comme Donald Trump, c’est le peu d’effet qu’a eu, sur le menteur et sur ses clients, la démonstration pourtant irréfutable du faux ou de la supercherie : comme de l’eau sur le dos d’un canard. Là, entre juin 2015 et novembre 2016, Trump a indéniablement fait reculer les limites du concevable.

     

    Lorsque, sur des dizaines de sujets, il affirme qu’il n’a jamais déclaré ce qu’il a déclaré, et qu’on montre la vidéo prouvant qu’il l’avait bien dit avant de le nier… des fans toujours plus nombreux continuent de l’acclamer et de conspuer ses contradicteurs.

     

    L’outrance réitérée ad nauseam sur Facebook et Twitter (éléments de nouveauté dans la diffusion de masse) donne une vitalité sans précédent au mensonge. Le critère de vérité, le critère factuel, la discussion et la démonstration comme méthodes sont déclarés nuls et non avenus, brutalement expulsés.

     

    Pas plus tard que vendredi, il a répété devant une foule conquise (car il est toujours en campagne) que « le taux d’homicides aux États-Unis est le pire en 45 ans »… alors que, selon le FBI, il est à son plus bas niveau depuis un demi-siècle !

     

    Il continue de parler de sa « victoire écrasante » du 8 novembre. Les derniers résultats, intégrant le décompte résiduel des cinq semaines écoulées depuis le 8 novembre, donnent maintenant 66 millions de voix à Hillary Clinton. Ce qui, contre les 63 millions de Trump, en fait le second score en importance — en chiffres absolus — de toute l’histoire des élections présidentielles américaines (le record étant celui d’Obama en 2008 : 69,5 millions de voix). Drôle de « victoire écrasante »… et drôle de perdante tout de même ! Mais voilà une vérité qu’on va sans doute oublier…

     

    Sur d’autres fronts — le spectaculaire piratage informatique russe dans la campagne américaine ; les mensonges sur le théâtre syrien (« Nous n’avons jamais bombardé un hôpital ! » selon Bachar et Vladimir, ou encore « Tous les rebelles sont des terroristes ! ») ; le rapprochement spectaculaire de Trump avec la Russie ; le dénigrement féroce du renseignement américain par un président désigné —, on a l’impression d’un effondrement de la politique traditionnelle, de la disparition des repères, et de mouvements tectoniques à l’échelle globale.

     

    Fin de la démocratie, triomphe des menteurs ? La question n’est pourtant pas nouvelle…













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