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    Francophonie

    Bilan mitigé du sommet de Madagascar

    L’événement a évacué de sa planification les discussions sur le français

    17 décembre 2016 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Actualités internationales
    La secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le premier ministre québécois, Philippe Couillard, lors du Sommet de Madagascar, en novembre
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le premier ministre québécois, Philippe Couillard, lors du Sommet de Madagascar, en novembre

    Deux semaines exactement après que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) eut tenu à Madagascar l’un des plus modestes sommets de son histoire, les critiques se font entendre. « Il est temps de recentrer l’action de l’OIF sur les enjeux du français dans le monde », affirme Xavier Michel, ancien ambassadeur de l’OIF au sein de l’Union européenne. Cet ex-fonctionnaire, qui a assumé de nombreuses fonctions dans la Francophonie depuis 30 ans, estime qu’avec seulement 20 chefs d’État et de gouvernement, le dernier sommet a battu un record historique de faible participation. Tout cela alors que le nombre de membres de l’OIF vient de passer de 80 à 84 !

     

    « On a fait davantage en matière d’adhésion que d’engagement véritable, dit-il. On croyait pouvoir miser sur l’élection de Michaëlle Jean au secrétariat général de l’OIF, […] mais il est bien difficile de trouver un agenda francophone dans les textes du XVIe sommet de l’OIF qui s’est tenu à Madagascar. »

     

    Xavier Michel participait lundi à Paris à un colloque intitulé Quel avenir pour la Francophonie ?. L’assemblée organisée par la Fondation Res Publica, et animée par l’ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, réunissait près d’une centaine de participants. Deux semaines après le sommet d’Antananarivo, plusieurs panélistes ont souligné le peu d’intérêt porté à la langue française. Xavier Michel souligne que, sur les 64 pages de la résolution finale de Madagascar, une seule s’intéressait à cette question. « Sur les 13 résolutions adoptées à Antananarivo, une seule portait sur le français », dit-il. Selon lui, l’OIF peine à trouver sa vocation « entre les agendas nationaux et celui des Nations unies[…] Ni le sommet ni sa présidence [de l’OIF] ne nous éclairent sur son avenir ».

     

    L’ancien fonctionnaire déplore de plus qu’on n’ait pas saisi cette occasion pour mobiliser davantage les pays de l’océan Indien. « On peut s’étonner que le sommet d’Antananarivo n’ait pas davantage valorisé le potentiel de la Francophonie de l’océan Indien et que l’île de La Réunion n’y ait pas été associée davantage », dit-il.

     

    À l’abandon

     

    L’ancienne rectrice de l’Agence universitaire de la Francophonie, Michèle Gendreau-Massaloux, s’étonne, elle aussi, de n’avoir « jamais entendu de chef d’États [membres de l’OIF] demander qu’on augmente les budgets destinés à la formation des professeurs de français en Afrique ». Spécialiste de la culture ibérique, Michèle Gendreau-Massaloux rappelle que, selon la plupart des études, c’est de cette action que dépendra l’avenir du français en Afrique… et probablement dans le monde.

     

    L’actuel président de l’Alliance française, Jérôme Clément, qui dirige un réseau de 800 associations et une centaine de centres culturels dans 135 pays, estime quant à lui que, « depuis dix ans, en France, on a l’impression que la Francophonie a été laissée à l’abandon. On ne sent pas de volonté de faire une contribution majeure ». Il en veut pour preuve qu’en France, la Francophonie est « laissée à un secrétaire d’État qui n’a pas de pouvoir ».

     

    Un point de vue partagé par le sénateur et ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, qui animait le débat. En matière de Francophonie, dit-il, « malheureusement, il n’y a pas de politique vraiment cohérente. Nous, Français, n’avons pas pris les moyens d’être le moteur puissant de cette idée. On se demande quel est le plan général ».

     

    Le culturel d’abord

     

    Xavier Michel souligne que l’intervention la plus remarquée lors du dernier sommet de l’OIF fut celle du premier ministre canadien, Justin Trudeau. « Malheureusement, dit-il, elle ne portait pas sur l’avenir du français et de la Francophonie, mais sur les femmes et les LGBT. » Pour cet ancien fonctionnaire qui se passionne pour la Francophonie depuis les années 1980, « il importe de refonder la Francophonie » autour de sa mission principale.

     

    « Le culturel doit être au début et à la fin. L’économie et le politique doivent être au service du culturel »,dit-il. Quant à l’actuelle secrétaire générale élue au sommet de Dakar et dont le mandat se termine dans deux ans, il estime que, si « Michaëlle Jean a un vrai talent pour la communication, la Francophonie n’est pas d’abord un lieu de communication. […] À force de vouloir dépasser les enjeux du français au niveau international, on peut craindre qu’à terme ce soit la Francophonie qui soit dépassée ».













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