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    Droits de la personne: le tournant de la politique algérienne

    15 décembre 2016 | Michel Gourd - L’Ascension-de-Patapédia | Actualités internationales
    Mohamed Tamalt serait décédé des suites d’une grève de la faim mal gérée par les systèmes de justice et politique algériens.
    Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Mohamed Tamalt serait décédé des suites d’une grève de la faim mal gérée par les systèmes de justice et politique algériens.

    L’annonce le 11 décembre de la mort en détention du prisonnier politique Mohamed Tamalt montre jusqu’où va l’injustice sous le gouvernement Bouteflika. Mohamed Tamalt, qui possédait la double nationalité algérienne et britannique, avait écrit dans le passé des textes dans le quotidien algérien El-Khabar. Il vivait au Royaume-Uni depuis 2002 et y avait créé un journal en ligne dans lequel il critiquait les autorités algériennes. C’est de retour en Algérie qu’il a été arrêté, le 28 juin dernier, près du domicile de ses parents, et accusé d’avoir porté atteinte aux symboles de l’État et au président Bouteflika. Un juge d’instruction a ordonné sa détention pour offense au président de la République et diffamation envers tout corps constitué ou toute autre institution publique.

     

    Tous les indices laissent croire qu’il est mort des suites d’une grève de la faim mal gérée par les systèmes de justice et politique algériens. Ce n’est pourtant pas les occasions qui ont manqué au gouvernement de corriger le tir. Amnesty International avait exhorté les autorités algériennes à le libérer immédiatement sans condition et à veiller à ce que sa condamnation soit annulée. Cet organisme estime que les actions en justice visant à protéger la réputation de personnalités publiques doivent relever d’une procédure civile et non pénale.

     

    Selon la directrice du bureau d’Amnesty International en Algérie, Hassina Oussedik, il y a une augmentation des atteintes à la dignité humaine et une très grande régression des libertés fondamentales. Dans son rapport annuel sur l’état des droits de l’Homme en Algérie, le secrétaire national de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme, Houari Kaddour, décrit aussi une atteinte aux libertés d’expression à travers l’acharnement judiciaire contre les journalistes. Il donne des exemples d’un bâillonnement de ceux qui demandent le respect des droits de la personne et la démocratie. Dans le classement de la liberté de la presse 2016 réalisé par Reporters sans frontières, l’Algérie arrive d’ailleurs à la 129e place sur 180 pays en 2016.

     

    Censure

     

    Le pire dans cette mort est que la cour d’Alger avait confirmé en début d’août la peine de deux ans de détention fermes et une amende de 200 000 dinars prononcée contre Mohamed Tamalt. La Constitution algérienne, modifiée le 7 mars dernier, est pourtant censée garantir le droit à la liberté d’expression. Mais contrairement à ce que cette loi affirme, la liberté des médias est actuellement restreinte par la censure. Même si ces infractions ne prévoient pas de peines de prison, mais seulement des amendes, le tribunal avait d’ailleurs ordonné la détention provisoire du journaliste.

     

    Le 4 juillet, le tribunal avait même rejeté sa demande de libération sous caution. D’autres prisonniers politiques et défenseurs des droits de l’Homme comme Kameleddine Fekhar, Hassen Bouras, Tidjani Ben Derradj et Adel Ayachi ont aussi goûté au système de justice, et des dizaines d’autres sont traînés en justice. En Algérie, des poursuites pénales continuent d’être ouvertes contre les défenseurs des droits de la personne qui s’expriment sur la situation de ces droits. L’État considère la protection des droits de l’Homme comme une activité subversive.

     

    Au fond de cette affaire se trouve le manque d’indépendance de la justice par rapport au pouvoir politique. Amnesty International veut d’ailleurs une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort de Mohamed Tamalt. Ce décès est un élément de poids dans le dossier des infractions aux droits de l’Homme en Algérie. Tout pays qui fait ou qui désire faire affaire avec le gouvernement algérien doit maintenant composer avec le fait qu’il cautionne un gouvernement qui laisse mourir en prison un opposant politique qui n’a fait que dénoncer le régime sur Internet.

     

    Martyr de Bouteflika

     

    Avoir laissé mourir en prison ce journaliste pour avoir écrit un banal blogue sur Internet est un comble qui marque la véritable position politique de ce gouvernement. Le culte de la personnalité du président Abdelaziz Bouteflika obnubile tout le système judiciaire de son gouvernement. Mohamed Tamalt vient de devenir le martyr personnel du président Abdelaziz Bouteflika, qui inaugurait comme si de rien n’était, le 11 décembre, une partie de la ville de Sidi Abdellah et la nouvelle ligne ferroviaire Birtouta-Zeralda. La mort d’un prisonnier d’opinion condamné pour ses écrits sur Facebook marque un tournant dans la politique algérienne. Quand les livres d’histoire parleront de Mohamed Tamalt, ils ne pourront que constater qu’il a été une victime innocente d’un gouvernement qui pousse le dénigrement des droits de la personne très loin au-delà de ses limites acceptables.













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