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    Diplomatie de l’environnement

    Peu de gens savent que la Francophonie est implantée à Québec depuis 1988. L’Institut francophone de développement durable (IFDD), qui compte 18 employés rue Saint-Pierre, est même l’illustration la plus concrète de la pertinence francophone en matière d’énergie et d’environnement.

     

    L’IFDD est l’idée conjointe de Robert Bourassa et du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, qui voulaient que le Sommet de Québec, en 1987, ne soit pas qu’une grand-messe diplomatique.

     

    Leur agence de coopération sur l’énergie changera de nom trois fois à mesure qu’on lui associera l’environnement et le développement durable. Mais depuis 20 ans, elle a été la sage-femme qui aide les pays francophones à accoucher de politiques énergétiques et environnementales ; et l’entraîneur-chef qui les guide dans les marathons diplomatiques. « Au départ, l’Institut visait à faire profiter le Sud de l’expertise du Nord, mais maintenant, c’est l’expertise francophone qu’on partage, et nos formations sont suivies par les gens du Nord également », dit Jean-Pierre Ndoutoum, directeur de l’IFDD, où il travaille depuis 20 ans.

     

    Alors que les grands opérateurs francophones n’ont jamais brillé par leur communication, l’influence de l’IFDD tient à ce qu’elle a compris très tôt l’importance de diffuser l’expertise technique.

     

    Médiaterre, son système d’information mondial sur le développement durable, compte 5000 utilisateurs quotidiens, provenant de 134 pays (32 millions de pages vues). Elle publie également à cadence rapide toute une série de publications techniques, dont les fameux « Guides de négociation » sur les traités internationaux, qui sont traduits en anglais, en portugais et en espagnol. « On en est particulièrement fier. Ça s’écoule comme des petits pains », dit Jean-Pierre Ndoutoum.

     

    Petite dynamo

     

    À la création de l’IFDD, les pays francophones partaient de très loin en matière d’énergie et d’environnement : certains n’avaient ni ministère, ni agence, ni politique, ni bilan. Jean-Pierre Ndoutoum se rappelle la surprise du président du Niger devant le bilan énergétique de son pays : « L’énergie consommée venait à 90 % de la biomasse, essentiellement du charbon de bois, produit dans un pays aux prises avec la désertification ! »

     

    Outre des projets ponctuels qui servent de démonstrateur, l’IFDD cherche à agir sur les grandes orientations : politiques en matière d’autoproduction, codes énergétiques du bâtiment adapté à la réalité africaine ou normes de consommation des électroménagers.

     

    « On veut que nos pays ne soient plus les poubelles de l’électroménager sous-performant », dit Jean-Pierre Ndoutoum, qui attend beaucoup des efforts pour éradiquer les chauffe-eau électriques. « C’est criminel de chauffer l’eau avec l’électricité surtout dans les pays du Sahel, où le soleil est une calamité ! »

     

    À la suite du Sommet de Rio en 1992, l’IFDD fut une des premières agences de coopération énergétique à lier l’environnement à sa mission fondamentale.

     

    « On appuie les pays dans l’élaboration de stratégies nationales et on fait en sorte que les acteurs non étatiques comme les ONG, les collectivités et les entreprises sociales s’engagent. On le fait par la formation, des actions concrètes et de la communication de fiches techniques », dit Lionelle Ngo-Samnick, spécialiste de programme.

     

    Une grosse part de l’activité de l’IFDD consiste à soutenir les efforts des pays francophones en matière de diplomatie énergétique et environnementale, qui établissent les règles du jeu. Rien que pour préparer la COP22 à Marrakech sur la mise en application des Accords de Paris, il aura fallu 12 réunions, dont la moitié à Bonn.

     

    L’action de l’IFDD vise à corriger un état d’infériorité souvent écrasant. Lors des premières négociations du genre il y a 25 ans, les pays africains envoyaient un ou deux fonctionnaires qui ne faisaient pas le poids devant des pays qui alignent trois douzaines de négociateurs, qui maîtrisent l’anglais et le jargon, et capables de négocier à travers 12 comités simultanément.

     

    L’IFDD offre donc des formations et des outils pour les négociateurs. « Avant chaque grande négociation, nous produisons une “Bible de négociation”, qui campe les enjeux, les problèmes, les options », dit Arona Soumare, spécialiste de programme en matière de négociations internationales, dont le travail consiste à faire entendre la voix des pays francophones dans trois conventions de l’ONU sur la biodiversité, les changements climatiques et la désertification.

     

    Si les pays francophones ont fait bonne figure à la COP21 à Paris en imposant certains de leurs thèmes, de même que dans d’autres grandes négociations internationales, c’est largement grâce au soutien de l’IFDD depuis 20 ans. « Ce n’est pas tant une question de moyens que d’équité », dit Arona Soumare. « Notre combat n’est pas que linguistique : c’est un combat d’égalité des chances. »













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