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    Obama à Cuba

    Un jour nouveau au lendemain incertain

    Raúl Castro a soulevé le bras de Barack Obama à la fin de leur point de presse commun lundi à La Havane.
    Photo: Ramon Espinosa Associated Press Raúl Castro a soulevé le bras de Barack Obama à la fin de leur point de presse commun lundi à La Havane.

    L’image trouvera sans doute sa place dans les livres d’histoire. Celle du président américain, Barack Obama, se tenant aux côtés de son homologue cubain, Raúl Castro, pour une conférence de presse commune qui a mis en évidence lundi le rapprochement tout autant que les divergences entre les États-Unis et Cuba.

     

    Premier président américain en exercice à se rendre à Cuba en 88 ans, M. Obama a parlé d’un « jour nouveau » dans les relations entre le gouvernement américain et le régime communiste. Il a salué « l’esprit d’ouverture » du président cubain, tout en reconnaissant que plusieurs désaccords persistent, notamment en matière de démocratie et de droits de la personne.

     

    « Après plus de cinq décennies très difficiles, les relations entre nos gouvernements ne vont pas changer du jour au lendemain », a-t-il admis lors de la conférence de presse au palais de la Révolution de La Havane.

     

    Raúl Castro a pour sa part fait l’éloge des gestes faits par le gouvernement Obama depuis son arrivée au pouvoir afin d’alléger les sanctions contre Cuba, tout en rappelant ses deux principales demandes. Il réclame que les États-Unis rendent à Cuba la base navale de Guantánamo et mettent fin à l’embargo en vigueur depuis 1962.

     

    « L’embargo prendra fin, a répondu M. Obama. À quel moment ? Je ne peux pas en être totalement certain, mais je crois qu’il prendra fin et que la voie que nous empruntons actuellement demeurera la même sous mon administration. »

     

    Les États-Unis et Cuba ont annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques fin 2014, puis la réouverture d’ambassades dans leur capitale respective en juillet dernier, mais l’embargo économique américain demeure la principale pierre d’achoppement. Barack Obama voudrait y mettre fin, mais il se bute au refus des républicains, qui sont majoritaires au Congrès.

     

    « La liste des mesures que nous pouvons prendre administrativement est de plus en plus courte et les changements vont maintenant dépendre du Congrès », a concédé lundi le président américain.

     

    Question délicate

     

    D’abord cordial, le ton des échanges a soudainement changé en conférence de presse lorsqu’un journaliste a interpellé le président cubain au sujet des prisonniers politiques dans son pays.

     

    Raúl Castro, qui n’a pas l’habitude de s’expliquer de la sorte devant les médias, n’a pas caché son irritation. « Y a-t-il des prisonniers politiques ? Donnez-moi la liste immédiatement pour que je les libère, a-t-il dit. Donnez-moi le nom ou les noms […] S’il y en a, ils seront libérés avant la nuit. »

     

    En entrevue à ABC, le président Obama a indiqué lundi que Washington a déjà soumis des listes de prisonniers politiques au gouvernement cubain dans le passé, mais qu’il n’a pas l’intention de revenir à la charge cette semaine.

     

    « Ce n’est pas convenable de poser des questions sur les prisonniers politiques, donnez-moi le nom du prisonnier politique et c’est tout ! », a ajouté M. Castro à la fin de la conférence de presse, presque à bout de souffle.

     

    Le président cubain a ensuite soulevé le bras de M. Obama en l’air à la manière de l’arbitre qui désigne le boxeur gagnant à la fin d’un combat, un geste que n’a pas semblé apprécier le président américain et qui n’a pas échappé à l’attention des internautes. Plus tôt en journée, M. Obama a rendu un hommage à José Marti, père de l’indépendance cubaine, lors d’une brève cérémonie sur la place de la Révolution, à laquelle n’assistait pas le président cubain.

     

    Et la suite ?

     

    Très symbolique, la rencontre de lundi entre Barack Obama et Raúl Castro pourrait le demeurer si les républicains prennent le pouvoir lors de l’élection présidentielle américaine de novembre prochain. Ted Cruz, principal adversaire de Donald Trump dans la course des primaires républicaines, a annoncé ses couleurs en critiquant l’actuel président. En décidant de se rendre à Cuba, M. Obama a choisi de légitimer la corruption et d’ignorer l’oppression, a-t-il fait valoir dans une lettre publiée dimanche sur le site du magazine Politico.

     

    Le quotidien cubain Granma, l’« organe officiel du comité central du Parti communiste cubain », a quant à lui décrit avec beaucoup de retenue les faits saillants de la visite du président américain. « Raúl et Obama ont offert des déclarations à la presse », titrait-on simplement à la une du site Web, lundi soir.

     

    Le président Obama poursuivra sa visite en sol cubain mardi en recevant plusieurs dissidents lors d’une réunion organisée entre les murs de l’ambassade ou de la résidence américaine. Signe que le réchauffement des relations diplomatiques dépasse la sphère politique ou économique, il assistera également à un match de baseball organisé entre les Rays de Tampa Bay et l’équipe nationale cubaine, à La Havane.

     

    « Le match contribuera au développement des relations entre les deux pays par l’entremise du baseball », a affirmé le commissaire du baseball majeur, Rob Manfred.

     

    La Maison-Blanche a par ailleurs fait taire les rumeurs voulant que M. Obama puisse rencontrer l’ancien président Fidel Castro lors de son périple à Cuba. Fidel Castro a cédé sa place à son frère Raúl en 2008 en raison de problèmes de santé.

     

    Avec l’Agence France-Presse et l’Associated Press


    Un réchauffement en plusieurs étapes Avril 2009 Levée de restrictions pour les voyageurs. Les expatriés cubains peuvent se rendre dans leur pays d’origine à certaines conditions et envoyer de l’argent à leur famille et leurs amis.

    Décembre 2014 Annonce du rétablissement des liens diplomatiques.

    Mai 2015 Les États-Unis retirent Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme.

    Juillet 2015 Réouverture des ambassades des deux pays dans leur capitale respective.

    Mars 2016 Rétablissement des liaisons postales directes entre les deux pays. Obama devient le premier président américain en exercice à poser le pied à Cuba en 88 ans.
    Raúl Castro a soulevé le bras de Barack Obama à la fin de leur point de presse commun lundi à La Havane. Barack Obama a rendu un hommage à José Marti, père de l’indépendance cubaine, lors d’une brève cérémonie sur la place de la Révolution, à La Havane, en compagnie notamment du vice-président du Conseil cubain, Salvador Valdes Mesa (à droite).












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