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    La fin du chavisme?

    François Brousseau
    7 décembre 2015 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada | Actualités internationales | Chroniques

    Le chavisme, aussi appelé « Révolution bolivarienne » par ses partisans, est un hybride politique qui arrive en fin de course.

     

    Élu démocratiquement en 1999, puis systématiquement confirmé (à un référendum près) par les urnes depuis 16 ans, le régime d’Hugo Chávez, de son successeur, Nicolas Maduro, et du Parti socialiste unifié du Venezuela en est venu, avec les années, à afficher de plus en plus de traits caractéristiques du « grand frère » de Cuba.

     

    L’exemple de La Havane, où le défunt caudillo vénézuélien se rendait à tout bout de champ pour consultations, était d’ailleurs pour lui l’exemple à suivre, la référence suprême : Hugo Chávez se disait explicitement sur les traces du grand Fidel.

     

    Usant d’une phraséologie révolutionnaire (le « socialisme du XXIe siècle ») et anti-impérialiste (tout est de la faute des Américains), concentrant les pouvoirs autour d’une figure providentielle quasi déifiée, mettant de plus en plus la justice et les médias à ses ordres, le chavisme a pourtant laissé — le jour des votes — compter honnêtement les suffrages, lors des scrutins successifs organisés sur plus d’une décennie.

     

    Si les conditions des dernières campagnes furent loin d’être démocratiques — avec, notamment, une grossière inégalité de traitement médiatique des partis en lice —, du moins le décompte lui-même était-il réputé impeccable. Hugo Chávez a vraiment gagné quatre élections présidentielles consécutives… comme son successeur, Nicolas Maduro (mais dans son cas, d’extrême justesse), a vraiment gagné en avril 2013.

     

    D’où la dissonance avec le modèle communiste des Caraïbes — à Cuba, les partis politiques et les élections pluralistes sont interdits, considérés comme une « tromperie bourgeoise » — et le caractère hybride de cet animal politique nommé chavisme. À quoi on peut ajouter d’autres éléments, comme la persistance d’un important secteur privé, au demeurant ultra-corrompu et compromis par ses nombreux arrangements avec le pouvoir.

     

    Avec les historiques élections législatives tenues hier au Venezuela, au résultat apparemment catastrophique pour le parti du président Maduro, le moment est arrivé d’un éclaircissement décisif.

     

    Est-ce la « légitimité révolutionnaire » qui doit l’emporter ? Auquel cas, comme l’a répété Maduro au cours de la campagne, « nous défendrons la révolution dans la rue » en cas de défaite aux élections. Ou bien, au contraire, le « socialisme du XXIe siècle » n’était-il qu’un grand mirage messianique, révocable du jour au lendemain par le désaveu du peuple et la vulgaire mécanique des urnes ?

     

    Dans les toutes dernières heures de la campagne, le président — pressentant peut-être le profond rejet populaire de sa personne et de son gouvernement — a subitement changé de ton. Il a admis que le parti au pouvoir « ne peut pas gagner à tous les coups. […] Au Venezuela, la paix et la démocratie doivent l’emporter. J’ai dit que si nous perdions, nous porterions la lutte dans les rues, mais je me suis peut-être trompé ». Superbe aveu !

     

    Hugo Chávez était un grand chef charismatique qui a permis qu’on fasse, 14 ans durant, l’impasse sur l’ambiguïté fondamentale de ce régime : révolutionnaire, ou bien pluraliste-démocratique et voué à l’alternance ?

     

    Aujourd’hui, alors que l’économie du Venezuela est en chute libre (la pire récession de toute l’Amérique du Sud), avec d’énormes pénuries de biens de première nécessité, rappelant celles de Cuba, la population est exaspérée par la disette, par un président réputé inepte, par l’insécurité meurtrière et la militarisation agressive du régime. Un régime aux abois qui a jeté en prison, depuis l’arrivée de Maduro au palais présidentiel, 75 activistes et politiciens d’opposition.

     

    La « révolution bolivarienne » s’apprête à passer décisivement sous la barre de la majorité. Avec une angoissante question : le chavisme admettra-t-il sa défaite, ou invoquera-t-il la « légitimité révolutionnaire » ? Acculés, le dos au mur, les « durs » du régime (au premier rang desquels on peut compter Diosdado Cabello, président de l’Assemblée nationale), vont-ils sortir leurs revolvers ?

     

    Après cette élection législative, Maduro reste un président légalement élu jusqu’au début de 2019. Une cohabitation difficile s’annonce, qui pourrait, si le régime ne met pas d’eau dans son vin, voir se répéter — mais en pire — les affrontements de rue du début 2014.

     

    L’opposition également, sans projet précis, divisée entre légalistes patients et revanchistes pressés, devra faire preuve de pragmatisme, de patience et d’imagination pour favoriser la difficile transition du Venezuela dans l’après-chavisme.













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