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Israël, juif des nations

Pourquoi Israël est-il si souvent diabolisé? Pourquoi le conflit au Proche-Orient, plus que tout autre, déclenche-t-il les passions?

Sur une pancarte aperçue récemment pendant une manifestation organisée à Montréal, le président israélien, Ariel Sharon, était traité de «charogne». Pendant une autre manif, tenue à Ottawa, le leader palestinien, Yasser Arafat, était dénoncé comme une «crapule terroriste»

Très bien. Il faut pouvoir critiquer Israël comme n'importe quel autre pays et l'Autorité palestinienne ne doit pas bénéficier de traitement de faveur. De même, il est tout à fait possible de varloper les politiques israéliennes sans être antisémite ou les décisions palestiniennes sans perspectives arabophobes.


N'empêche: bien souvent, le sens de la mesure manque cruellement et les glissements honteux finissent par glacer d'effroi.


En France, depuis le 11 septembre, plus de 400 «actes antijuifs» ont été recensés: graffitis haineux sur les résidences et les écoles, injures antisémites, mais aussi incendies de synagogues et profanation de cimetières.


José Bové, leader des petits paysans français, figure de proue d'une certaine antimondialisation farouchement antiaméricaine, a avancé que ces attentats contre les lieux de culte juifs étaient l'oeuvre machiavélique du Mossad, les services de renseignement israéliens.


Jose Saramago, Prix Nobel de littérature, a comparé les morts palestiniens de Ramallah aux victimes d'Auschwitz, faisant ainsi écho aux parallèles établis dans les années 80 entre Beyrouth et Oradour, le président Begin et Hitler.


Le contraire de la vérité, ce peut être la bêtise. Et de troublantes questions peuvent surgir d'un ramassis d'aberrations.


Pourquoi Israël est-il si souvent diabolisé dans la presse, voire dans les simples conversations?


Pourquoi cette «stratégie de la souillure» consistant à noircir ce pays, jusqu'à en faire un État illégitime?


Et puis d'abord, pourquoi ce conflit, plus que tout autre, déclenche-t-il les passions?


Des dizaines de guerres plus ou moins officielles font rage à travers le monde. Les Russes massacrent en Tchétchénie depuis des années. Le génocide au Rwanda a à peine fait hoqueter l'Occident. Seulement, voilà: depuis des décennies, tout ce qui se passe autour de Jérusalem se trouve métamorphosé en terrain symboliquement miné.


Pourquoi?


Dans le Globe and Mail, le chroniqueur Rex Murphy se demandait récemment si l'antiaméricanisme virulent d'une bonne partie de la gauche n'explique pas cet intérêt démesuré. Un allié des sataniques États-Unis se retrouve forcément du côté diabolique. Même s'il s'agit du seul pays démocratique de la région, avec un parlement élu, une presse libre, des tribunaux indépendants. Même si la présence de cet ennemi sert très bien les intérêts des dictatures environnantes, qui le jettent en pâture à leurs populations frustrées de tant de droits.


Cette vue antiaméricaine bornée devient insultante quand elle provient de l'Europe de Saramago et de Bové. Comme si la faute incombait à l'Amérique si leur continent s'est autodétruit pendant le XXe siècle avec ses deux guerres mondiales et ses deux totalitarismes, rouge et noir. Comme si la création d'Israël n'était aucunement reliée au massacre de six millions de juifs européens.


Au Québec, pour expliquer l'indignation anti-israélienne, il faut en plus évoquer les sentiments propalestiniens d'une certaine frange nationaliste. Le comédien Luc Picard se fendait la semaine dernière d'une lettre ouverte de cette nature. Dans ce cas — encore une fois sans disputer la justesse de la cause palestinienne —, il faut au moins rappeler que les rapprochements concernant ces deux «luttes de libération» en entachent au moins une, celle fondamentalement démocratique du mouvement nationaliste québécois, par opposition aux tueries terroristes de factions palestiniennes.


Il faut finalement constater que de bonnes âmes défendant la cause juste des Palestiniens finissent par redéployer la vieille panoplie des poncifs antisémites. Plus tôt cette semaine, la chroniqueuse montréalaise Lysiane Gagnon a publié des répliques de lecteurs à un de ses textes précédents. Que des pièces d'anthologie du millénaire bréviaire de la haine: «Si les juifs d'Europe défiaient le monde comme ils le font en Israël, alors je comprends Hitler, lui écrit un compatriote, un voisin peut-être. Imaginez ce que ce serait si les descendants des six millions qui ont été éliminés faisaient la guerre avec Sharon.»


Le fait demeure, aussi indéniable que les massacres perpétrés des deux bords dans ce triste coin du monde: toute critique d'Israël n'est pas antisémite, mais une part des charges contre ce pays pue l'antisémitisme, tout simplement.
 
 
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