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    L’Iran sort de son isolement

    Obama devra convaincre le Congrès que l’accord sur le nucléaire n’est pas un chèque en blanc

    L’accord sur le programme nucléaire iranien conclu mardi tourne la page sur un imposant chapitre des relations internationales qui s’est échelonné sur 12 ans et marque le « point de départ » d’une nouvelle ère, espère l’Iran. Mais la prudence affichée par les États-Unis et l’attitude hostile d’Israël rappellent les défis qui l’attendent.

     

    « Tous nos objectifs ont été atteints », a affirmé le président iranien, Hassan Rohani, après l’annonce de l’entente qualifiée d’« historique » par la plupart des parties impliquées dans les négociations. Réputé modéré, M. Rohani a bon espoir que l’accord, s’il est bien appliqué, mette fin à la méfiance qui a caractérisé les récentes relations de l’Iran avec la communauté internationale.

     

    Les États-Unis, principaux artisans de cette entente selon les experts, ont affiché un optimisme prudent. « Grâce à cet accord, la communauté internationale sera capable de s’assurer que la République islamique d’Iran ne développe pas une arme nucléaire », a déclaré le président américain, Barack Obama, dans une allocution retransmise en direct par la télévision publique iranienne, un fait très rare. Il a cependant précisé que l’entente est fondée sur des vérifications plutôt que sur la confiance.

     

    Il s’agit d’ailleurs d’une nouvelle victoire pour le président Obama, qui en est à son dernier mandat, après l’annonce de la réconciliation avec Cuba il y a deux semaines.

     

    Principale voix discordante face à l’enthousiasme de l’OTAN, de l’ONU, des puissances européennes, de la Syrie, de la population iranienne descendue dans les rues et même du pape, Israël n’a pas mâché ses mots. Le premier ministre Benjamin Nétanyahou dénoncé une « erreur historique pour le monde » et réaffirmé son intention d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

     

    Le Canada, allié indéfectible d’Israël, a pour sa part soutenu que l’Iran demeure « l’une des plus importantes menaces à la paix et à la sécurité internationale ».

     

    Accord en trois temps

     

    L’accord intervenu entre l’Iran et les six puissances internationales (États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Russie et Chine) comprend essentiellement trois éléments. Téhéran s’engage à réduire des deux tiers le nombre de centrifugeuses lui permettant d’enrichir de l’uranium, et ce, pendant une période de dix ans. Le gouvernement iranien permet également aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) d’avoir un accès limité aux installations du pays pour effectuer un suivi. En échange, les États-Unis, l’Union européenne et l’ONU lèveront progressivement les sanctions économiques imposées à l’Iran à partir du début de l’année 2016, à condition que le pays respecte ses engagements. En cas de violation de l’accord, les puissances occidentales se réservent le droit de rétablir les sanctions pendant une période de 15 ans. L’embargo sur les armes, instauré par l’ONU, est par ailleurs maintenu pour cinq ans.

     

    Le but recherché est d’empêcher l’Iran de fabriquer une bombe atomique dans un court délai, tout en assurant à Téhéran, qui a démenti toute visée militaire, le droit de développer une filière nucléaire civile.

     

    L’accord sur le programme nucléaire iranien doit obtenir l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU pour entrer en vigueur, ce qui ne devrait être qu’une formalité puisque tous les membres permanents ont déjà manifesté leur soutien. Il rencontrera cependant une plus forte opposition aux États-Unis, où le Congrès dominé par les républicains a 60 jours pour se prononcer sur la suspension des sanctions. Les élus auront besoin d’une majorité de deux tiers pour surmonter le veto promis par le président Obama.

     

    Impacts incertains

     

    La grande question est maintenant de savoir quel impact aura cet accord sur les relations diplomatiques de l’Iran, mais aussi sur les Iraniens. « C’est un accord qui répond aux attentes des deux parties, estime le professeur au Département de science politique du Collège royal militaire du Canada, Houchang Hassan-Yari. D’un côté, l’Iran a le droit d’avoir un programme nucléaire à des fins civiles, et de l’autre, les inquiétudes des États-Unis et d’autres acteurs sont éliminées. Mais bien entendu, nous sommes au début d’un très long chemin. »

     

    Cette longue route, c’est celle du redressement de l’économie iranienne, fortement affectée par les sanctions internationales. « C’est un souffle d’espoir pour le peuple iranien, qui voit la fin de ce cauchemar des sanctions. Le gouvernement iranien doit maintenant livrer, sans s’aliéner la communauté internationale », précise M. Hassan-Yari.

     

    La levée progressive des sanctions permettra notamment à l’Iran d’exporter son pétrole et de récupérer quelque 150 milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger. Téhéran devra utiliser cet argent pour investir dans les infrastructures du pays et créer un climat d’affaires favorable, note Thomas Juneau, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

     

    « Le régime iranien a très bien compris que s’il n’y a pas une amélioration de l’économie du pays et que cet argent est investi en Syrie, au Liban ou dans les territoires palestiniens, la frustration populaire va augmenter à un niveau qui lui ferait perdre le contrôle », dit-il.

     

    Seules les sanctions internationales reliées au programme nucléaire iranien seront levées, précise M. Juneau, qui rejette l’idée d’une « ruée vers l’or » des investisseurs à la conquête du marché iranien. « Étant donné que les bénéfices pour l’économie iranienne vont être progressifs et limités, l’équilibre des forces dans la région ne va pas changer à court ou moyen terme, ajoute-t-il. Au niveau diplomatique, le fait que l’Iran soit isolé et n’ait que la Syrie comme allié dans la région, ça ne changera pas. »













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