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    Minières canadiennes

    Jouer à l’autruche

    Nouveau rapport, nouvelles allégations d’irresponsabilité sociale ciblant une société minière canadienne à l’étranger. Le rapport de l’ONU épingle l’Érythrée, petit pays de la Corne de l’Afrique. Six millions d’habitants sous le joug d’une dictature dangereuse comme celle qui écrase les Nord-Coréens. Comment se fait-il que la minière vancouvéroise Nevsun soit même autorisée à collaborer avec un régime aussi répressif ?


    Sur 500 pages, le rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur les droits de la personne en Érythrée étale l’ampleur de la répression que fait subir à la population, depuis 22 ans, le régime d’Issayas Afewerki, un gangster d’obédience maoïste. Il fait état de violations des droits « systématiques et à grande échelle », de torture élevée au rang de politique d’État, d’un climat de délation généralisé, de la commission d’abus d’une portée « qui rarement avait été observée ailleurs » dans le monde. Le régime applique sous la forme officielle d’un « service national » un système de travail forcé dans lequel les Érythréens, garçons et filles, sont enrôlés à partir de l’âge de 17 ans, pour des périodes indéfinies, dans l’armée ou dans les entreprises de l’État. L’Érythrée est un immense bagne (plus de 300 centres de détention) administré par un État totalitaire qui doit sa pérennité au soutien, surtout, de la Chine et du Qatar.

     

    Aussi la crise des migrants qui se jettent à la Méditerranée pour rejoindre l’Europe concerne-t-elle les Érythréens au premier chef. Ils sont les plus nombreux, après les Syriens, à tenter la traversée. On estime à plus d’un million le nombre d’entre eux qui ont réussi à fuir le pays depuis dix ans, au rythme actuel de 3000 à 5000 passages par mois vers le Soudan et l’Éthiopie.

     

    Interdits de séjour en Érythrée, les enquêteurs de l’ONU se sont basés sur les témoignages de plus de 500 Érythréens vivant à l’étranger. D’autres rapports avant le leur ont étalé les horreurs de cette dictature qui se perpétue dans l’indifférence internationale. Ont resurgi dans le document onusien des allégations de travail forcé à la mine de Bisha, propriété à 60 % de la minière canadienne Nevsun, des allégations qu’un rapport de Human Rights Watch (HRW), datant de 2013, avaient déjà bien documentées. Et auxquelles la direction de Nevsun prétend avoir remédié. Ce dont il est permis de douter…

     

    Bisha constituerait la seule mine opérationnelle du pays, et sa teneur en cuivre en fait l’une des plus importantes au monde. Nevsun l’exploite en joint venture avec la société publique Eritrean National Mining Corporation. Il a d’autre part été établi que la minière vancouvéroise avait confié la construction d’infrastructures à une autre entreprise d’État, Segen Construction Company, un sous-traitant au sujet duquel il est allégué de longue date qu’il recourt au travail forcé — pour ne pas dire à l’esclavage. En 2012, Nevsun a voulu agrandir la mine sans faire appel à Segen. Le gouvernement s’y est opposé, Nevsun a reculé. En janvier dernier, soutenus par des groupes de défense, trois réfugiés érythréens ont intenté à Vancouver une poursuite contre la minière pour travail forcé, arguant qu’il s’agissait de crime contre l’humanité.

     

    Qu’à cela ne tienne, les actionnaires sont aux anges. L’entreprise, qui est en croissance, a engrangé depuis le début de 2011 des revenus de 1,6 milliard.

     

    L’industrie minière, dont le Canada est le coeur financier, est un monde opaque qui a été souvent montré du doigt pour son irresponsabilité sociale et ses complaisances politiques en Asie, en Amérique latine et ailleurs en Afrique. Le gouvernement canadien laisse faire.

     

    La compagnie Nevsun peut bien détourner le regard, il demeure qu’elle n’opère pas en vase clos : elle contribue objectivement au maintien d’une dictature particulièrement odieuse.













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