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    «Ni una menos»

    Les crimes machistes mis au pilori

    L’Argentine et ses voisins se mobilisent contre le féminicide

    Au Chili aussi des centaines de manifestants se sont rassemblés à Santiago pour dénoncer la culture machiste.
    Photo: Martin Bernetti Agence France-Presse Au Chili aussi des centaines de manifestants se sont rassemblés à Santiago pour dénoncer la culture machiste.

    Buenos Aires — Une institutrice de maternelle égorgée devant ses élèves, une adolescente enceinte enterrée par son ex-petit ami : des centaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi en Argentine pour exprimer leur ras-le-bol des violences envers les femmes après une série de crimes qui ont scandalisé le pays, indignation qui s’est étendue ailleurs en Amérique latine. Des marches étaient aussi prévues en Uruguay ou au Chili.

     

    Ces deux crimes, et celui d’une Argentine criblée de balles par son ex-compagnon éconduit alors qu’elle se trouvait à la terrasse d’un café, paraissent être les détonateurs du mouvement.

     

    « Pas une de moins » : depuis quelques semaines, ce slogan est devenu viral en Argentine, et en Amérique latine, tagué dans les rues, partagé sur les réseaux sociaux. « Ni una menos » est un cri de protestation contre le féminicide, le meurtre d’une femme en raison de son sexe, par un homme se sentant doté sur elle du pouvoir de vie et de mort.

     

    À faire frémir

     

    Les chiffres sont glaçants. Toutes les 31 heures, une Argentine meurt pour des motifs liés à sa condition de femme : tuée parce qu’elle est tombée enceinte, poignardée par jalousie, assassinée après un divorce. La situation est cependant encore plus préoccupante au Mexique, en Amérique centrale ou au Brésil.

     

    S’il n’existe pas de statistiques officielles en Argentine, l’ONG argentine Casa del encuentro, qui se consacre aux droits des femmes, a dénombré 277 féminicides en 2014. Entre 2010 et 2012, 53 femmes sont mortes brûlées vives dans ce pays.

     

    L’un des derniers crimes à avoir secoué la population argentine est le meurtre de Maria Eugenia Lanzetti, une institutrice de 44 ans qui travaillait dans une école maternelle de Córdoba. Son ex-mari avait l’interdiction de s’approcher d’elle, et elle disposait d’une touche anti-panique sur son portable, lui permettant de joindre rapidement la police. Le 15 avril, il est entré dans sa salle de classe et l’a décapitée devant ses jeunes élèves.

     

    Un autre cas très médiatisé a été celui de Chiara, une jeune fille de 14 ans, enceinte, retrouvée morte enterrée dans le jardin de la maison de son petit ami âgé de 16 ans. Il a avoué l’avoir tuée en la rouant de coups de poing sur le visage.

     

    Retard de l’État

     

    Ces homicides dont parlent les médias argentins ne représentent qu’une infime portion de tous les féminicides perpétrés dans le pays, « dans une société malade de paradigmes machistes où la femme est encore une chose à dominer », a expliqué Fabiana Tuñez, directrice de Casa del Encuentro.

     

    « Face à ça, l’État est en retard, affirme cette militante. Nous demandons l’application d’un plan national pour éradiquer la violence de genre : cela passe entre autres par l’élaboration de statistiques officielles, ou par une réforme éducative qui inclurait l’enseignement de la thématique de la violence de genre. Il reste encore beaucoup à faire pour démanteler la culture machiste dans notre pays. »

     

    La présidente du pays, Cristina Kirchner, a apporté son soutien à la mobilisation en dénonçant sur Twitter « une culture dévastatrice pour le féminin ». Elle a montré du doigt d’autres formes de violence, comme le harcèlement dans la rue ou les émissions de télévision « qui présentent la femme comme une chose, qui montrent des seins et des fesses tripotés en public… La femme est convertie en objet, et il y aura donc toujours quelqu’un pour considérer que s’il ne la possède pas, il peut la briser ».

     

    Le Code pénal

     

    Il faut toutefois noter que le concept de féminicide est intégré au Code pénal argentin depuis 2012 en tant que circonstance aggravante à l’homicide. Alors que l’homicide est puni de 12 à 25 ans de prison, la peine encourue est élevée à la perpétuité en cas de féminicide.

     

    « Les féminicides sont des assassinats motivés par la misogynie, car ils impliquent du mépris et de la haine envers les femmes. Ils sont motivés par le sexisme, car les hommes qui les assassinent se sentent supérieurs aux femmes et considèrent qu’ils ont le droit de leur ôter la vie », selon l’Observatoire citoyen national des féminicides du Mexique.

     

    Dans 15 autres pays latino-américains, dont le Chili, le Pérou, la Colombie et depuis cette année, le Brésil, le Code pénal reconnaît le féminicide.













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