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    Migrants

    Une réponse bancale

    Offensive « militaire » contre les passeurs, renforcement des moyens de surveillance et de sauvetage, instauration de quotas d’accueil des réfugiés entre tous les pays… La Commission européenne (CE) a présenté mercredi un plan d’action pour faire face à la crise migratoire sans précédent qui se déroule en Méditerranée. Le plan est bancal, forcément.


    Il n’y a pas de panacée, tant la crise est grave et la vague, puissante. L’humanité vit les plus grands déplacements migratoires de masse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, relève l’Organisation internationale des migrations (OIM). Le nombre de réfugiés dans le monde est évalué à l’heure actuelle à quelque 16,7 millions de personnes : hommes, femmes et enfants poussés à l’exil par la guerre et la misère, sévissant surtout au Moyen-Orient et en Afrique. S’ajoutent à eux, indiquait la semaine dernière un observatoire norvégien, 38 millions de déplacés internes — un chiffre record. Dans la seule année 2014, le nombre de déplacés a crû de 11 millions de personnes, provenant principalement de l’Irak, du Soudan du Sud, de la Syrie, de la RDC et du Nigeria.

     

    Il n’empêche que l’Europe, devant une déferlante dont elle est pourtant en partie responsable, pourrait faire beaucoup mieux. Et davantage que de s’en tenir, en ordre dispersé, à des solutions appliquées en aval. Pendant qu’elle délibère, 5000 personnes sont mortes depuis 18 mois en tentant de traverser la Méditerranée.

     

    La crise surligne depuis plusieurs mois déjà la difficulté de l’Europe à agir avec cohésion. Certains des gouvernements qui la composent pourraient commencer par défaire la mentalité d’assiégé et les réflexes xénophobes qui se manifestent dans les opinions publiques.

     

    Les fractures sont particulièrement manifestes au sujet de l’instauration, proposée par la CE, de quotas d’accueil des réfugiés entre tous les pays européens. Le problème n’est pas simple. Reste que l’Italie, qui encaisse le gros de la catastrophe humanitaire induite par le chaos libyen, attend à juste titre plus de solidarité. Si la France et l’Allemagne sont, en principe, d’accord avec l’idée de quotas d’accueil, la Hongrie et la Grande-Bretagne y résistent énergiquement. À Londres, le gouvernement de David Cameron, fraîchement réélu, n’a pas été le moins généreux, s’agissant des efforts financiers déployés pour calmer la tempête, en même temps qu’il donne manifestement l’impression d’être intimidé par la montée de l’UKIP, parti britannique anti-Europe et anti-immigration. En témoigne la sortie inéquivoque de la ministre de l’Intérieur Theresa May mercredi : elle a jugé, d’abord, qu’il n’était pas question pour Londres d’accueillir de nouveaux réfugiés ; ensuite, position extrême, que les migrants de la mer devraient tout simplement être renvoyés là d’où ils viennent…

     

    Il est révélateur, en revanche, que le consensus soit plus grand autour du projet de militariser la lutte en allant détruire en eaux libyennes les bateaux des passeurs. Projet dont la pertinence ne saute pourtant pas aux yeux si l’on en juge par un reportage du Guardian, réalisé dans le port de Zuwara, au nord-ouest de la Libye, d’où embarquent des migrants par milliers. Les trafiquants, souligne le reportage, forment une organisation informelle et éclatée, si tant est qu’on puisse même parler d’organisation. Et puis, les bateaux utilisés par les passeurs sont en fait des chalutiers, alignés le long du quai parmi des dizaines d’autres chalutiers. Comment se propose-t-on de « détruire » les uns et non pas les autres ? Du reste, il est écrit dans le ciel que, même si l’opération navale européenne avait du succès, les migrants chercheraient à entrer en Europe par d’autres chemins, notamment par la Grèce.

     

    C’est une crise aux racines historiques profondes. Le plan européen veut la colmater, mais ne la résout pas en amont.













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