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Le G8 à Kananaskis - Intimidation zéro

À Calgary, les policiers contrôlent la foule à vélo; les manifestants, eux, jouent au soccer aux intersections

Les policiers ont employé la méthode discrète pour contrôler les manifestants à Calgary. Pas d’impressionnant uniforme anti-émeute, pas de larmoyant gaz lacrymogène, même les barrières métalliques sont restées entreposées. Les manifestants,
Photo : Agence Reuters
Les policiers ont employé la méthode discrète pour contrôler les manifestants à Calgary. Pas d’impressionnant uniforme anti-émeute, pas de larmoyant gaz lacrymogène, même les barrières métalliques sont restées entreposées. Les manifestants,
Calgary — Les policiers avaient laissé leur uniforme antiémeute au vestiaire et circulaient à vélo, les barrières métalliques étaient restées dans leur hangar et les militants qui voulaient protester contre la tenue du G8 pouvaient manifester librement, et pacifiquement, dans les rues de Calgary hier.

Une foule d'environ 2000 personnes s'était rassemblée aux aurores dans le centre-ville, une faune bigarrée regroupant autant les syndicats et les groupes communistes que des tenants de la légalisation de la marijuana, des environnementalistes et des supporteurs de la cause palestinienne. Les gens rencontrés provenaient d'Halifax, de Montréal, d'Ottawa, de Toronto, de Vancouver et de Calgary.

«Nous voulons dire ce que nous pensons de l'ordre du jour corporatif, a expliqué Gordon Christie, du Calgary and District Labour Council, un des organisateurs de la marche. Nous voulons montrer qu'il y a plus qu'une opinion qui existe.»

Kyla Tichkowsky, une étudiante en muséologie de Montréal, s'était déguisée en banquière «pour mettre les gens au défi de ne pas nous juger selon notre apparence».

Le départ a été donné un peu avant 7h dans une atmosphère bon enfant. Le groupe a circulé sur les principales artères de la ville afin de perturber la circulation du matin. À aucun moment leur trajet n'a été modifié pour contourner les barrages policiers: il n'y en avait pas, sauf un léger périmètre autour du centre de conférences où sont réunis les médias. Les forces combinées de la police de Calgary et de la GRC les laissaient aller où ils voulaient, pourvu qu'on les avertisse un coin de rue à l'avance de l'endroit où ils voulaient se rendre, question de libérer le chemin.

À 11h, le groupe s'est divisé. Les manifestants qui avaient l'intention d'être plus bruyants, vêtus de noir pour la plupart, masqués, arborant l'effigie anarchiste et hurlant des appels à la révolution, ont été envoyés dans la zone «rouge». En fait, ils ont continué à sillonner les rues du centre-ville, s'arrêtant aux intersections pour jouer au soccer. Ils se sont finalement rabattus sur le restaurant McDonald's qui se trouvait sur leur chemin. Pour seul obstacle, les policiers ont aligné leurs vélos et sont restés derrière. Quand la foule s'est trop rapprochée d'eux, ils ont soulevé la roue avant du vélo pour les charger. Le face à face a duré une demi-heure, puis les manifestants se sont dispersés, sans casse. Aucune arrestation n'a été effectuée. Deux personnes avaient été arrêtées samedi soir.

C'est envers les photographes et les caméramans que les manifestants masqués se sont montrés les plus agressifs, leur reprochant d'immortaliser leur portrait sans permission. Accusant les journalistes d'être à la solde des intérêts corporatifs, ils ont refusé systématiquement de répondre aux questions ou encore de s'identifier.

Al Redford, du Service de police de Calgary, a tenu à féliciter les manifestants pour avoir maintenu le caractère pacifique de leur marche. «Jusqu'à présent, nous avons eu trois bonnes journées», a-t-il dit. L'utilisation des policiers à vélo et le peu de barrières «fait partie de notre approche discrète et de non-confrontation», a reconnu M. Redford. Quant à la GRC, lorsqu'on lui a demandé si elle trouvait que son approche à Calgary était plus efficace que celle mise en avant lors du Sommet des Amériques à Québec, son porte-parole Mike Gaudet a répondu: «Après chaque sommet, nous tirons des leçons. [...] De plus en plus, les services de police à travers le monde font l'utilisation de vélos. [É] On peut voir que c'est très utile.»
 
 
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