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    Historique

    François Brousseau
    7 avril 2015 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. | Actualités internationales | Chroniques

    Historique, sans précédent et porteur d’avenir… Téhéran et les puissances mondiales ont paraphé, jeudi à Lausanne, un texte sur le programme nucléaire iranien qui — s’il aboutit bel et bien, d’ici au 30 juin, à un traité détaillé suivant les grandes lignes dévoilées — est annonciateur de bouleversements géopolitiques à l’échelle mondiale.

     

    En soi, la question du nucléaire iranien a déjà son importance. Avec leurs cachotteries depuis une douzaine d’années autour de l’étendue de leur programme (civil ou militaire ? Veulent-ils la bombe ? Peuvent-ils la fabriquer ?) et de la transparence de leurs activités (alors qu’ils ont toujours dit n’avoir rien à cacher), les Iraniens ont certes alimenté la méfiance mondiale — et l’obsession quasi hystérique d’Israël (puissance dotée de 200 bombes atomiques échappant à tout cadre international, mais chut !, il ne faut pas en parler…) — autour de leurs capacités et de leurs intentions réelles.

     

    D’où le caractère musclé des mesures de contrôle contenues dans la « déclaration commune » du 2 avril : une étroite surveillance internationale de toutes les installations de recherche et de traitement du nucléaire en Iran ; une réduction marquée du nombre des centrifugeuses d’uranium ; la rétrocession de la majeure partie du combustible déjà traité, etc.

     

    En retour de quoi les Iraniens obtiennent la promesse d’une levée des sanctions qui étouffent le régime des ayatollahs — et le peuple iranien — depuis une décennie : embargo sur les armes, gel des avoirs à l’étranger, interdictions de voyage, restrictions financières et commerciales, et tout particulièrement celles concernant l’exportation du pétrole. Des sanctions de toutes provenances : bilatérales (États-Unis, Canada, etc.), régionales (Union européenne), globales (ONU). Une véritable chape de plomb sur l’économie et la société iraniennes.

     

    Beaucoup de chemin reste à parcourir d’ici à la fin juin, et les versions parfois divergentes diffusées depuis quatre jours — les Iraniens parlent d’une « levée immédiate de toutes les sanctions » après la signature d’un traité définitif ; les Américains, d’une « levée graduelle », sanction par sanction — montrent que ce sera un chemin semé d’embûches.

     

    Mais l’impulsion est là et elle est forte : on peut raisonnablement parier sur une confirmation le 30 juin prochain.

     

     

    « Certains pensent qu’il faut soit se battre avec le monde, soit se rendre pieds et poings liés. Nous croyons à une troisième option : la coopération avec le monde. » Paroles du président Hassan Rohani, qui répondait ainsi, après la signature du document, aux purs et durs de Téhéran, hostiles à toute entente avec le « Satan américain ».

     

    Ces gens sont influents à Téhéran et ils mijotent sans doute une revanche. Mais l’opinion publique iranienne — dont on méconnaît, ici, le philoaméricanisme profond, au-delà des slogans officiels — est massivement favorable à cette entente et à l’ouverture sur le monde qu’elle laisse espérer.

     

    C’est ici qu’il faut élargir l’interprétation donnée à l’historique déclaration de Lausanne. Car c’est bien plus qu’un simple accord contre la prolifération nucléaire : ce qui est en jeu, c’est la réintégration, dans le concert des nations, d’un grand État, d’une grande civilisation, la plus avancée du monde musulman. C’est l’évolution graduelle de la tyrannie théocratique (celle qui a écrasé les étudiants en 2009) vers une semi-démocratie, dans un premier temps. Et ce, sans passer par l’étape des bombardements et de l’humiliation de « l’ennemi ».

     

    Pour le meilleur ou pour le pire, l’Iran s’affirme — du Liban à l’Irak en passant par la Syrie, et maintenant par le Yémen avec la rébellion victorieuse des Houthis — comme un acteur régional en expansion, omniprésent… ou perçu comme tel par ses ennemis héréditaires aujourd’hui en état de panique (l’Arabie saoudite, qui envoie ses bombardiers dans le pays voisin). En Irak, l’étonnante convergence irano-américaine se confirme contre les djihadistes fous de l’État islamique.

     

    Les alliés régionaux de Téhéran ne sont certes pas des enfants de choeur, à commencer par Bachar al-Assad en Syrie. La guerre régionale entre chiites et sunnites n’est pas belle à voir. Mais le pari, celui d’Hassan Rohani — qui est aussi celui d’un Barack Obama toujours en quête d’une vraie réalisation à l’international — c’est un Iran enfin sorti de l’engrenage de la méfiance et de la haine, devenu médiateur et facteur de paix plutôt que de guerre à outrance.

     

    Voilà un pari exaltant, risqué mais jouable. Dans la pluie de mauvaises nouvelles à l’international, un arc-en-ciel vient de percer.













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