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    Oxfam-Québec

    De l’eau potable dans des écoles et des villages congolais

    7 février 2015 | Marie Lambert-Chan - Collaboratrice | Actualités internationales
    En République démocratique du Congo, les femmes sont responsables de l’approvisionnement en eau.
    Photo: Oxfam-Québec En République démocratique du Congo, les femmes sont responsables de l’approvisionnement en eau.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
    Avec l’appui d’Oxfam-Québec, des villageois se serrent les coudes pour se doter d’une source d’eau et adopter des mesures d’hygiène afin de combattre la diarrhée, le choléra et la malaria.​
     

    En République démocratique du Congo (RDC), environ 35 millions de personnes, soit la moitié de la population, n’ont pas accès à l’eau potable et vivent dans un environnement insalubre. Ces conditions entraînent la mort de milliers de Congolais chaque année, surtout en milieu rural. Les enfants sont particulièrement atteints : un sur cinq souffre régulièrement de la diarrhée et un sur trois de la malaria. C’est sans compter le choléra qui sévit dans certaines provinces. Pour enrayer le problème, le gouvernement a mis en place le projet « École et village assainis », auquel s’est joint Oxfam-Québec en 2008. « On travaille en étroite collaboration avec la communauté pour mettre en place des sources d’eau potable et faire la promotion de mesures d’hygiène comme le lavage des mains », explique Claire Lebeau, coopérante volontaire pour Oxfam-Québec qui a séjourné pendant 18 mois en RDC à titre de conseillère en développement organisationnel pour ce programme.

     

    La retraitée de 65 ans consacre tout son temps au développement international, pratiquement une seconde carrière pour elle. Au cours des dernières années, elle a oeuvré pour différents organismes et visité plusieurs pays. C’était néanmoins la première fois qu’elle mettait les pieds en RDC et elle a adoré son expérience. « C’est un projet formidable où on s’aperçoit que de petits gestes peuvent littéralement sauver des vies », remarque celle qui est de retour au Québec depuis décembre 2013.

     

    C’est un projet qui est également ambitieux. D’ici 2017, le gouvernement espère que 8633 villages et 2250 écoles auront obtenu la certification « École et village assainis », une norme qui implique entre autres que 80 % ou plus des habitants utilisent de l’eau potable et que 80 % ou plus des ménages fassent usage de latrines hygiéniques. « Selon nos statistiques les plus récentes, Oxfam travaille avec 300 villages et 30 écoles dans deux provinces, l’Ituri et le Bas-Congo », informe Claire Lebeau.

     

    Oxfam-Québec n’en est pas à son premier projet en RDC. L’organisation y est présente depuis 1984. Elle intervient dans différents domaines, notamment en santé maternelle et infantile pour prévenir la transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant.

     

    Fausses croyances, pauvreté et conflits armés

     

    Il serait bien sûr facile d’arriver dans un village et de se contenter d’y construire un puits en trois semaines, signale Claire Lebeau. Mais cela ne garantit pas un changement durable dans les habitudes des Congolais. « La volonté d’adhérer à ce programme émane d’abord des villageois qui en font la demande au médecin chef de zone, dit la coopérante. Puis, la communauté se dote d’un comité de gestion. Oxfam les appuie tout au long du processus qui s’étire sur une période de 9 à 12 mois avant d’obtenir la certification. »

     

    Des équipes de travail secondent la communauté. Des animateurs leur apprennent à se laver les mains avant les repas et après avoir utilisé les toilettes. Des ingénieurs et des techniciens les aident à aménager une source d’eau ou un puits à moins de 500 mètres du village, ainsi que des latrines, des lave-mains et des lavoirs pour les vêtements. Ces équipes sont composées à 98 % de Congolais, ce qui permet de mieux communiquer avec les habitants. « J’étais la seule Blanche ! », se rappelle Claire Lebeau.

     

    Les embûches sont nombreuses. Il y a d’abord les bonnes habitudes à inculquer et les fausses croyances à débusquer. « Dans un village, on a constaté qu’il était de bon ton de déféquer en public, illustre Mme Lebeau. La grosseur des étrons démontrait la capacité d’un homme à bien nourrir sa famille. Or une telle pratique contribue à contaminer l’eau, puisque les eaux diluviennes emportent les matières fécales dans le ruisseau où s’abreuvent les villageois. » La coopérante se remémore aussi des Congolais ne voulant pas utiliser les latrines la nuit par crainte de la sorcellerie.

     

    La pauvreté endémique exige le déploiement de trésors d’imagination. Ainsi, pour remplacer le savon, produit de luxe pour les campagnards congolais, on privilégie l’utilisation de la cendre filtrée, issue de la cuisson sur bois. « Ses propriétés désinfectantes sont les mêmes que celles du savon, explique Claire Lebeau. D’après nos évaluations, le fait de se laver les mains avec de la cendre a permis de réduire les maladies d’origine hydrique [diarrhée, malaria et choléra] de 33 % dans les villages. »

     

    Si le Bas-Congo est l’une des régions les plus stables de la RDC, il en va autrement de l’Ituri, qui est considérée comme une zone post-conflit. « Il y a beaucoup de minerais dans le coin et c’est une source d’affrontement, observe la coopérante. Il nous est arrivé d’abandonner des villages parce qu’on ne pouvait plus assurer la sécurité de nos équipes. Nous y revenions quand les choses se tassaient. »

     

    Retombées

     

    Claire Lebeau a vu les répercussions du projet « École et village assainis ». « Au cours des 18 mois que j’ai passé là-bas, aucun de nos villages en processus d’assainissement n’a rapporté de cas de choléra, alors qu’il y avait une épidémie en Ituri », affirme-t-elle. Les mères ont déclaré que leur famille avait enfin réussi à se débarrasser des vers intestinaux. Et les petits de moins de cinq ans souffraient moins de la diarrhée, eux qui connaissent en moyenne six épisodes de cette maladie chaque année.

     

    Au-delà des bénéfices pour la santé, le programme a permis aussi aux villageois de tisser une dynamique communautaire forte, ajoute Claire Lebeau. « À la toute fin, on leur remet un certificat et un drapeau. Ils en sont si fiers. Une grande célébration s’ensuit. Ils gagnent en estime d’eux-mêmes et ont envie de poursuivre le travail pour améliorer le sort de leur communauté. Parce qu’ils ont eu la preuve que c’est possible. »













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