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    T.E.A.M.

    Bilan de cinq ans de coopération

    7 février 2015 | Assïa Kettani - Collaboratrice | Actualités internationales
    Un volet culturel a par ailleurs permis aux jeunes de s’exprimer sur les difficiles réalités auxquelles ils sont confrontés, notamment à travers des pièces de théâtre.
    Photo: T.E.A.M. Un volet culturel a par ailleurs permis aux jeunes de s’exprimer sur les difficiles réalités auxquelles ils sont confrontés, notamment à travers des pièces de théâtre.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
    Le 31 mars prochain marquera la fin du projet Éducation sans frontière mené par l’organisme Tous les enfants de l’autre monde (T.E.A.M.) en collaboration avec la Fondation Crudem. Un projet qui a duré cinq ans et au cours duquel des centaines de citoyens maliens, enfants et adultes, ont vu leur qualité de vie s’améliorer.​
     

    Au coeur de ce projet de coopération lancé en 2010 figure un partenariat entre l’organisme T.E.A.M. et l’Association de femmes veuves et d’enfants déshérités (AFVED), née dans un quartier défavorisé de Bamako : Sabalibougou. Un quartier périphérique « très populeux, très pauvre, avec peu de ressources », dit Mélanie Rheault, coordonnatrice de programmes, où tous les défis se posent, qu’il s’agisse de précarité, de sécurité alimentaire, de santé, notamment à cause du paludisme, d’accès à l’éducation, en passant par l’insalubrité, les inondations et les coupures de courant.

     

    Créée en 1987 à l’initiative d’une résidante du quartier, Founemousso Sakiliba, cette association est destinée en premier lieu à aider les mères veuves qui se retrouvent, du jour au lendemain, à devoir assumer une charge financière insurmontable. Les membres de l’association se rassemblent autour de la confection d’artisanat malien destiné à la vente, comme des bogolans (tissus teints), des tissages et des teintures traditionnelles, dont les profits permettent de subvenir aux besoins des enfants.

     

    Dans une optique d’amélioration de la qualité de vie, le projet s’est décliné en plusieurs volets avec une volonté claire de permettre aux résidants d’avoir « plusieurs cordes à leur arc. Nous trouvions qu’il était important de proposer un projet multivolets qui corresponde vraiment à leurs besoins ». Des projets d’ordre artistique, médical, ludique ou éducatif se sont donc succédé avec un mot d’ordre : s’adapter à la réalité locale et privilégier les initiatives venues des habitants du quartier. « Nous n’avons pas voulu leur imposer notre vision. Dès l’écriture du projet, nous avons pris leurs idées et nous avons cherché à répondre à leurs besoins. »

     

    On citera premièrement, côté formation, des ateliers de perfectionnement proposés aux femmes de l’association afin de parfaire leurs techniques de tissage, de teinture et de confection de bogolan. « Dans une situation économique marquée par la précarité, nous voulons les aider à être les plus compétitifs possible. » Quant au formateur, ce sont les membres de l’association eux-mêmes qui l’ont choisi. Côté santé, des infirmières ont offert des ateliers de santé préventive, de premiers soins et d’hygiène. Citons aussi des formations en électricité, en management de projet, en informatique ou encore en anglais, une langue très peu maîtrisée localement, mais « utile comme langue de commerce ».

     

    Au cours de ces cinq années de coopération, l’organisme a également épaulé la construction d’un bâtiment pour accueillir des formations, la création d’un cybercafé offrant un accès précieux à l’informatique ainsi que d’une cantine permettant d’offrir un service de dépannage alimentaire et de cuisine communautaire. De plus, les résidants ont bénéficié de distributions de poubelles et de l’organisation de collectes de déchets à l’aide d’un âne et d’une charrette, une initiative qui ciblait au départ une cinquantaine de familles, mais qui, devant l’engouement, s’est finalement étendue au triple. « Et si on avait pu, d’autres secteurs en voulaient aussi… »

     

    Un volet culturel a par ailleurs permis aux jeunes de s’exprimer sur les difficiles réalités auxquelles ils sont confrontés, notamment à travers des pièces de théâtre. « La coopérante a fait un tour de table pour savoir quels sujets les jeunes voulaient aborder », raconte Mélanie Rheault. Leurs réponses ? L’excision, le VIH/sida, la polygamie… Des sujets « très ambitieux » qui, en fin de compte, ont obtenu un franc succès. « Les jeunes filles étaient fières de pouvoir aborder ces thèmes, présentés avec humour et ouvertement aux membres de la communauté. Ç’a a été un envol, et les jeunes ont adoré l’expérience. » D’autres ont pu bénéficier d’une formation photo, suivie d’une exposition, ainsi que de la naissance d’une petite bibliothèque rassemblant jeux, et matériels scolaire, artistique et théâtral.

     

    Même si Mélanie Rheault se dit « fière de tout ce qui a été accompli », elle rappelle que le contexte sociopolitique instable de ces dernières années a plusieurs fois compliqué les efforts. En effet, après deux premières années harmonieuses où l’organisme a envoyé stagiaires et coopérants, le coup d’État de mars 2012 a forcé le retrait des coopérants et la cessation temporaire des activités. « Dans la boutique, les ventes étaient inexistantes, vu l’absence de touristes étrangers. Les coupures de courant longues et fréquentes ont endommagé les équipements de la cantine et empêché les activités du cybercafé. » À peine relevé de ce coup d’État, le pays a dû faire face à l’arrivée du virus Ebola, à une nouvelle fermeture des frontières et à une chute drastique de la fréquentation touristique. « Nous avons dû repenser plusieurs fois le projet afin de l’adapter aux réalités changeantes du pays. »

     

    Un exemple : l’organisme a facilité l’acquisition de tribunes, d’un chapiteau et de chaises, que les membres de l’association peuvent louer pour des événements, des célébrations ou des réunions, « un concept très demandé dans la réalité africaine ».Une initiative d’autant plus pertinente qu’« une fois le matériel acheté, la location est une source de revenus. Il y a peu d’entretien à prévoir, l’électricité n’est pas nécessaire et il y a des besoins constants ».

     

    Et même si le financement du projet touche à sa fin, l’organisme tient à ce que les initiatives nées au cours des cinq dernières années puissent perdurer. Alors que les nouveaux locaux de formation permettront la poursuite de l’apprentissage, que la cantine et le cybercafé continueront d’ouvrir leurs portes, les jeunes qui ont bénéficié de la formation photo pourront faire des contrats pour des mariages, des baptêmes ou différents événements, et ceux qui ont suivi une formation en électricité ont reçu des outils pour réaliser des travaux dans le quartier. Quant au théâtre, une jeune femme a été formée pour prendre la relève et aborder d’autres sujets du quotidien. La suite du programme ? La violence faite aux enfants, les droits des enfants ou la guerre. « C’est important pour nous de les outiller pour la suite des choses. Nous avons privilégié des projets générateurs de revenus durables dans le temps. L’idée n’était pas de leur donner de la nourriture, mais de leur permettre d’avoir la dignité de répondre à leurs besoins. »













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