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    Un royaume et ses rouages

    En succédant à son demi-frère Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud, le nouveau roi saoudien, Salman, a promis un règne sous le signe de la continuité. Une promesse qui s’inscrit dans une histoire nationale vieille d’un peu plus de 80 ans et marquée par une grande stabilité. Harith al-Dabbagh, spécialiste des systèmes juridiques des pays arabes au CERIUM,?explique?les rouages de ce système.

     

    L’Arabie saoudite est une monarchie absolue organisée autour de la figure du roi. Or le pouvoir saoudien est un peu plus complexe… Sur quoi repose-t-il ?

     

    L’Arabie saoudite est certes une autocratie. Il y a une concentration des pouvoirs entre les mains du roi. Le Statut fondamental saoudien de 1992, qui fait figure de Constitution, lui reconnaît des pouvoirs très étendus. Il peut nommer et révoquer les ministres, nommer et révoquer les membres du Conseil de la choura (une assemblée délibérante à vocation consultative), déclarer la guerre, signer les conventions, etc.

     

    Ses pouvoirs ne sont toutefois pas absolus. On peut dire qu’il ne règne pas seul et ne gouverne pas seul. Il faut tenir compte de deux autres acteurs non moins importants en interne. D’une part, le Comité des grands oulémas, une instance religieuse composée des grands théologiens wahhabites qui a la mainmise sur l’interprétation de la charia, la justice, l’éducation, les bonnes moeurs, le pèlerinage, etc. Le roi est tenu de veiller à l’application des prescriptions de la charia.

     

    D’autre part, il y a les tribus, qui disposent d’une certaine autonomie par rapport à l’État central. Le roi est lié par la tradition bédouine de l’équilibre intratribal, à l’intérieur même de la dynastie royale. Par exemple, si, à l’origine, le roi avait le droit absolu de désigner le prince héritier, cette désignation relève depuis 2006 d’une commission (dite de l’allégeance) composée de 34 personnes représentant les 40 branches de la dynastie du roi fondateur, Abdelaziz ben Saoud. Le but est de garantir un transfert fluide du pouvoir et d’éviter les conflits internes. Notons que la désignation doit se faire en ligne horizontale de frère en frère parmi les fils du roi fondateur et les fils des fils. Le prince héritier actuel, émir Miqren ben Abdelaziz, sera selon toute vraisemblance le dernier roi de la première génération.

     

    L’Arabie saoudite a été particulièrement stable depuis sa fondation en 1932. Récemment, Riyad a résisté sans faillir aux secousses du printemps arabe. Par quels moyens parvient-elle à rester aussi stable ?

     

    Il y a sans doute la manne financière que procure le pétrole (18 % des réserves mondiales). Dans la foulée du printemps arabe, le roi avait d’ailleurs ordonné des mesures comme la hausse des salaires et avantages sociaux. Mais la jeunesse saoudienne (75 % des Saoudiens ont moins de 30 ans), très ouverte sur le monde, aspire à plus de liberté et de démocratie, comme en témoigne l’affaire du blogueur Raïf Badawi.

     

    Pour garder les valeurs conservatrices, une police religieuse est omniprésente pour veiller au respect de la pratique religieuse et de l’ordre moral. Notons que l’Arabie saoudite est l’un des rares pays musulmans qui continuent à appliquer un droit pénal issu du fiqh (science du droit musulman) classique de la période entre les 8e et Xe siècles et comportant des peines comme la décapitation, l’amputation, la flagellation, la lapidation. Les châtiments corporels ont été abolis, par exemple, sous l’Empire ottoman dès 1540 par Soliman le magnifique.

     

    Doit-on comprendre de tout cela qu’il ne faut pas s’at- tendre de sitôt à de grandes réformes dans le système saoudien ?

     

    Les évolutions sont très lentes dans le royaume saoudien, mais elles ne sont pas pour autant inexistantes. Par exemple, la réglementation en matière de commerce, de monnaie, de transport et de propriété intellectuelle obéit à un droit moderne de facture occidentale. L’organisation de la justice administrative est même inspirée du modèle français !

     

    Pour le reste, tout dépend aussi bien du contexte international (pressions externes et considérations géopolitiques) que du contexte interne (la volonté politique du roi et l’équilibre des forces entre roi, clergé wahhabite et tribus).













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