Sommet européen à Bruxelles - Grandes manoeuvres pour sauver la Constitution
Bruxelles - Les grandes manoeuvres ont commencé hier à Bruxelles pour mettre au point un compromis de dernière minute qui sauverait les négociations sur la Constitution européenne d'un échec lourd de conséquences.
Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont expédié en moins de deux heures les autres points de l'ordre du jour de leur sommet européen pour s'atteler à la délicate question du partage du pouvoir dans l'Europe élargie.
Avec quatre heures d'avance sur l'horaire prévu, Silvio Berlusconi a annoncé le lancement d'une initiative de croissance, l'adoption d'une stratégie européenne de sécurité et un accord sur le renforcement de la défense européenne.
C'est que le président du Conseil italien, qui préside également les travaux, a d'autres préoccupations en tête puisque le sort de la future Constitution européenne est en jeu. «À l'impossible nul n'est tenu», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse pour démontrer la difficulté de l'exercice après avoir estimé jeudi qu'un accord tiendrait du «miracle». «Honnêtement, je ne sais pas si c'est possible», a déclaré d'un ton maussade le premier ministre britannique Tony Blair. «Les positions sont très, très éloignées.»
La présidence italienne a entrepris hier de «confesser» jusque tard dans la nuit chaque pays séparément afin de tester les possibilités de compromis avant de présenter une nouvelle proposition annoncée pour ce matin à 11h.
Pas de mouvement visible
Une crise majeure menace en effet l'Union européenne bientôt élargie à dix nouveaux pays, la Pologne et l'Espagne refusant de renoncer à l'architecture institutionnelle arrêtée en décembre 2000 à Nice, qui leur donne un pouvoir de blocage équivalent à celui de l'Allemagne, pourtant deux fois plus peuplée.
La plupart des autres pays veulent abandonner ce système — qui, selon eux, risque de provoquer la paralysie de l'Europe élargie — en faveur du mécanisme proposé en juillet dernier par la Convention européenne présidée par Valéry Giscard d'Estaing. Les décisions seraient prises après approbation par la moitié des pays représentant
60 % de la population, ce qui redonnerait aux «grands» plus de poids dans une Europe où les «petites» nations seront largement majoritaires (19 sur 25).
Les deux camps en présence n'ont pas bougé d'un pouce même si Silvio Berlusconi s'est montré un peu plus allant en soirée et que la rhétorique menaçante a cédé du terrain. «Je ne fais jamais de paris mais je crois que chacun fait montre d'une volonté de trouver un compromis», a-t-il dit.
Le premier ministre polonais Leszek Miller, qui a deux vertèbres cassées après son accident d'hélicoptère de la semaine dernière, est arrivé à Bruxelles pour défendre le statut de «grand pays» de la Pologne dans la future Europe élargie.
«Le système de Nice devrait être appliqué, testé, et c'est seulement après qu'il faudrait en changer», a-t-il déclaré devant ses pairs en estimant que la double majorité constituait «un changement dans l'équilibre des pouvoirs». «Nous avons toujours peur d'être dominés par des États membres plus forts, la France et l'Allemagne», a reconnu le président polonais Alexander Kwasniewski à la radio polonaise.
L'Espagne est tout aussi déterminée, même si le quotidien El Mundo d'hier se dit prêt à accepter une double majorité si le seuil minimal de population est fixé à 66 %, une solution déjà rejetée par la France et l'Allemagne par le passé. «L'Espagne maintient sa position», a martelé le président du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, tout en se déclarant prêt à étudier des propositions alternatives pour peu que l'on en parle de manière positive et constructive.
L'élément important de la journée est, selon des diplomates, le rapprochement entre les pays fondateurs et le Royaume-Uni.
Jacques Chirac, Gerhard Schroeder et Tony Blair se sont rencontrés hier matin pour harmoniser leurs positions et le premier ministre britannique a assuré le couple franco-allemand qu'il soutenait désormais le système de la double majorité.
Paris et Berlin espèrent que Londres servira de médiateur entre des positions opposées sur ce dossier empoisonné, comme Tony Blair l'a fait sur la défense avec les États-Unis.
Pour les pays fondateurs de l'UE, mieux vaut un échec qu'une Constitution qui risquerait de paralyser l'Union.
Valéry Giscard d'Estaing, le «père» de la Constitution, devenu «immortel» jeudi depuis son élection à l'Académie française, a exhorté les dirigeants européens à préférer une crise à un mauvais accord.
Il vaut donc mieux, selon lui, constater le désaccord avec la Pologne et l'Espagne et attendre que, «tôt ou tard», ces deux pays se rangent à l'avis de la majorité des États membres.
Silvio Berlusconi est sur la même longueur d'onde.
Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont expédié en moins de deux heures les autres points de l'ordre du jour de leur sommet européen pour s'atteler à la délicate question du partage du pouvoir dans l'Europe élargie.
Avec quatre heures d'avance sur l'horaire prévu, Silvio Berlusconi a annoncé le lancement d'une initiative de croissance, l'adoption d'une stratégie européenne de sécurité et un accord sur le renforcement de la défense européenne.
C'est que le président du Conseil italien, qui préside également les travaux, a d'autres préoccupations en tête puisque le sort de la future Constitution européenne est en jeu. «À l'impossible nul n'est tenu», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse pour démontrer la difficulté de l'exercice après avoir estimé jeudi qu'un accord tiendrait du «miracle». «Honnêtement, je ne sais pas si c'est possible», a déclaré d'un ton maussade le premier ministre britannique Tony Blair. «Les positions sont très, très éloignées.»
La présidence italienne a entrepris hier de «confesser» jusque tard dans la nuit chaque pays séparément afin de tester les possibilités de compromis avant de présenter une nouvelle proposition annoncée pour ce matin à 11h.
Pas de mouvement visible
Une crise majeure menace en effet l'Union européenne bientôt élargie à dix nouveaux pays, la Pologne et l'Espagne refusant de renoncer à l'architecture institutionnelle arrêtée en décembre 2000 à Nice, qui leur donne un pouvoir de blocage équivalent à celui de l'Allemagne, pourtant deux fois plus peuplée.
La plupart des autres pays veulent abandonner ce système — qui, selon eux, risque de provoquer la paralysie de l'Europe élargie — en faveur du mécanisme proposé en juillet dernier par la Convention européenne présidée par Valéry Giscard d'Estaing. Les décisions seraient prises après approbation par la moitié des pays représentant
60 % de la population, ce qui redonnerait aux «grands» plus de poids dans une Europe où les «petites» nations seront largement majoritaires (19 sur 25).
Les deux camps en présence n'ont pas bougé d'un pouce même si Silvio Berlusconi s'est montré un peu plus allant en soirée et que la rhétorique menaçante a cédé du terrain. «Je ne fais jamais de paris mais je crois que chacun fait montre d'une volonté de trouver un compromis», a-t-il dit.
Le premier ministre polonais Leszek Miller, qui a deux vertèbres cassées après son accident d'hélicoptère de la semaine dernière, est arrivé à Bruxelles pour défendre le statut de «grand pays» de la Pologne dans la future Europe élargie.
«Le système de Nice devrait être appliqué, testé, et c'est seulement après qu'il faudrait en changer», a-t-il déclaré devant ses pairs en estimant que la double majorité constituait «un changement dans l'équilibre des pouvoirs». «Nous avons toujours peur d'être dominés par des États membres plus forts, la France et l'Allemagne», a reconnu le président polonais Alexander Kwasniewski à la radio polonaise.
L'Espagne est tout aussi déterminée, même si le quotidien El Mundo d'hier se dit prêt à accepter une double majorité si le seuil minimal de population est fixé à 66 %, une solution déjà rejetée par la France et l'Allemagne par le passé. «L'Espagne maintient sa position», a martelé le président du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, tout en se déclarant prêt à étudier des propositions alternatives pour peu que l'on en parle de manière positive et constructive.
L'élément important de la journée est, selon des diplomates, le rapprochement entre les pays fondateurs et le Royaume-Uni.
Jacques Chirac, Gerhard Schroeder et Tony Blair se sont rencontrés hier matin pour harmoniser leurs positions et le premier ministre britannique a assuré le couple franco-allemand qu'il soutenait désormais le système de la double majorité.
Paris et Berlin espèrent que Londres servira de médiateur entre des positions opposées sur ce dossier empoisonné, comme Tony Blair l'a fait sur la défense avec les États-Unis.
Pour les pays fondateurs de l'UE, mieux vaut un échec qu'une Constitution qui risquerait de paralyser l'Union.
Valéry Giscard d'Estaing, le «père» de la Constitution, devenu «immortel» jeudi depuis son élection à l'Académie française, a exhorté les dirigeants européens à préférer une crise à un mauvais accord.
Il vaut donc mieux, selon lui, constater le désaccord avec la Pologne et l'Espagne et attendre que, «tôt ou tard», ces deux pays se rangent à l'avis de la majorité des États membres.
Silvio Berlusconi est sur la même longueur d'onde.
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