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    Minorités d’Irak

    Les affres d’un système sectaire

    Chrétiens, yézidis… Les minorités religieuses non musulmanes d’Irak sont la cible des djihadistes de l’État islamique (EI). Mais plus largement, cette violence résulte de l’échec du système sectaire mis en place par les Américains après la chute de Saddam Hussein, explique Harith al-Dabbagh, spécialiste des systèmes juridiques des pays arabes au CERIUM.

     

    Quelles sont les raisons de la violence contre ces minorités ?

     

    C’est l’effondrement de tout le système sectaire post-Saddam mis en place par les Américains. Inadéquat, inefficace, irréaliste, il a attisé le clivage confessionnel et ethnique, et a fourni un terreau fertile à la prolifération des mouvements terroristes. L’un des mouvements les plus extrémistes est l’EI, qu’on peut qualifier d’entreprise djihadiste multinationale, qui regroupe en son sein des combattants venus des quatre coins du monde. Ceux-ci ont embrassé la doctrine djihadiste salafiste basée sur les interprétations les plus rigoristes de la charia. Pour simplifier, disons qu’ils sont encore plus fanatiques que les talibans ou al-Qaïda. C’est d’ailleurs l’une des raisons de leur divorce d’avec cette dernière, trop conciliante à leurs yeux.

     

    Leur position envers les non-musulmans peut se résumer ainsi : pour les chrétiens, en tant que gens du Livre (religion monothéiste reconnue), il faut partir, se convertir ou payer la jizya, une sorte d’impôt de capitation en échange de leur sécurité. Le sort est pire pour les yézidis, adeptes d’une religion syncrétiste ancienne non reconnue en Islam : qualifiés erronément d’« adorateurs du diable », ils n’ont le choix que de se convertir ou mourir.

     

    Le facteur religieux n’explique pas tout. Il y a comme toile de fond une question de contrôle du territoire et de la richesse. Il ne faut pas oublier que les régions peuplées par ces minorités (la plaine de Ninive, Sinjar) regorgent de pétrole et de ressources naturelles. Les terroristes de l’EI se sont aussitôt emparés des biens et avoirs laissés par les gens expulsés, comme « butin de guerre ». Les maisons des chrétiens de Mossoul ont été attribuées aux membres du groupe venus d’ailleurs.

     

    Historiquement, quel sort a été réservé à ces minorités en Irak ?

     

    Il y a une tradition de tolérance qui remonte au système multicommunautaire de « millet », légué par les Ottomans, et aux enseignements de l’école hanéfite, à laquelle appartiennent la majorité des sunnites d’Irak, qui a une position très libérale envers les non-musulmans. Ce système, maintenu après l’indépendance [en 1932], garantit à ces minorités une autonomie institutionnelle et législative dans les affaires religieuses et dans celles relevant du statut personnel. Il y a 17 communautés religieuses non musulmanes officiellement reconnues dans le pays (14 communautés chrétiennes, les juifs, les yézidis et les sabéens-mandéens). Chacune dispose de sa propre structure et applique ses propres lois religieuses en matière de droit de la famille.

     

    Les Irakiens ont toujours su cohabiter en bonne intelligence et les membres des minorités ont largement contribué au développement du pays et au patrimoine culturel qui a longtemps fait la fierté des Irakiens. Certains ont occupé des postes-clés dans le gouvernement : rappelons Sasson Heskel, juif irakien qui a occupé le poste de ministre des Finances dans le premier cabinet irakien 1920-1930, ou plus récemment Tariq Azziz, un chaldéen catholique plusieurs fois ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre sous Saddam Hussein.

     

    L’idéologie séculière du parti Baas a largement favorisé l’intégration de ces minorités dans le tissu national et le développement d’un sentiment d’appartenance basé sur la citoyenneté et non sur la confession.

     

    Dans quelles conditions vivent ces minorités sous le régime mis en place par les Américains dès après 2003 ? Quel est leur statut ?

     

    Les paradigmes ont changé. Il n’y a pas, dans la nouvelle Constitution, un projet national transcendant la limite communautaire pour s’adresser à l’ensemble de la population irakienne. Le sectarisme a fini par imprégner toutes les structures étatiques et alimente une lutte de pouvoir dont les premières victimes sont ces minorités qui sont infiniment fragiles. Les jours sont sombres. En 14 siècles, c’est la première fois de l’histoire de l’Islam que la ville cosmopolite de Mossoul se vide de sa composante chrétienne.

     

    Les Mossouliotes de toutes confessions assistent impuissants à la destruction de leur ville. Après avoir enlevé toutes les statues des poètes, des philosophes, des musiciens des places publiques, les terroristes de l’EI sont en train de réduire en poussière tous les monuments historiques de la ville (mausolées des saints et pieux, églises, mosquées et tombeaux des prophètes Jonas, Seth, Daniel). À mon avis, ils ne vont pas tarder à s’attaquer au Musée archéologique de Mossoul, qui contient des pièces de valeur inestimable représentant la civilisation assyrienne mésopotamienne.













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