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    Italie

    Nouveau visage, vieux système

    Matteo Renzi
    Photo: Thierry Charlier Agence France-Presse Matteo Renzi

    La politique italienne a un nouveau visage : Matteo Renzi. En fonction depuis près de six mois, le jeune chef du gouvernement italien tranche avec la vieille garde qu’incarnait Silvio Berlusconi. Mais de nombreux obstacles se dressent devant les réformes proposées, à commencer par le système politique italien, explique le spécialiste de la politique européenne Frédéric Mérand, aussi directeur du CÉRIUM et professeur invité à l’Université Guido Carli (LUISS) de Rome.

     

    En quoi Renzi rompt-il avec la vieille garde ?

     

    D’abord, Renzi rompt avec Berlusconi parce que son casier judiciaire est vierge. Ça mérite d’être mentionné.

     

    Pour le reste, Renzi se démarque justement parce que, à 39 ans, il est jeune. Le président de la République, Giorgio Napolitano, a 89 ans, et Berlusconi en avait 75 lorsqu’il a quitté le pouvoir. La moyenne d’âge du nouveau Conseil des ministres est de 47 ans. À titre de comparaison, les ministres de Mario Monti (président du Conseil de 2011 à 2013) avaient un âge moyen de 64 ans. L’Italie a la classe politique la plus âgée d’Occident.

     

    L’équipe de Renzi comporte aussi un nombre égal d’hommes et de femmes. À la faveur des dernières élections, le nombre de femmes au Parlement est passé de 20 % à 30 %. Une des premières initiatives de Renzi a été de remplacer un nombre considérable de dirigeants d’entreprises nationalisées par des femmes, comme Emma Marcegaglia, à la tête de la pétrolière ENI.

     

    Malgré ces symboles forts dont on pourrait s’inspirer, Renzi demeure un pur produit du système italien. Il est le fils d’un politicien chrétien-démocrate, la principale force politique jusqu’aux années 1990. Contrairement à Beppe Grillo et à son mouvement 5 étoiles qui est constitué de novices voulant casser le système, Renzi est un politicien de carrière qui a occupé plusieurs fonctions électives, dont celle de maire de Florence. Il milite depuis sa jeunesse dans la mouvance de centre gauche qui est devenue le Parti démocrate.

     

    En 2006, Renzi a écrit un ouvrage qui s’intitule De Gasperi à U2. Celui-ci résume bien son parcours : moderne, mais fidèle aux valeurs de la démocratie chrétienne (dont Alcide De Gasperi était un des fondateurs).

     

    Quelles sont ses principales politiques et mesures ?

     

    Dès son arrivée au pouvoir, Renzi a fait voter une série de mesures économiques qui profitent aux ménages les plus modestes et aux jeunes. Il a notamment baissé les impôts pour les individus gagnant moins de 25 000 euros. Une mesure importante après cinq années d’austérité économique. Renzi entend aussi faciliter l’embauche de jeunes, dans un pays où le chômage touche 40 % des moins de 25 ans.

     

    Mais surtout, Renzi a compris qu’il était impossible de relancer l’Italie sans un déblocage des institutions politiques. Celles-ci sont phagocytées par des intérêts clientélistes, des pratiques factieuses et surtout de nombreux « points de veto » qui font du processus législatif italien un des plus dysfonctionnels parmi les démocraties avancées.

     

    Son principal cheval de bataille, c’est la réforme du Sénat. En Italie, le Sénat a autant de pouvoir que la Chambre des députés. Il faut donc une double majorité pour former le gouvernement ou faire adopter des lois. Renzi veut redresser le bicaméralisme au profit de la Chambre basse, ce qui facilitera l’adoption des lois en diminuant les veto potentiels. Il veut aussi réformer la Loi électorale et réduire le train de vie des élus, les mieux payés d’Europe.

     

    La croissance prévue a été ramenée de 0,8 % à 0,3 %, une fronde politique s’est organisée contre Renzi et certaines réformes sont amendées, bloquées ou abandonnées. Qu’est-ce qui cloche ?

     

    Beaucoup reprochent à Renzi une ambition démesurée, une politique axée sur la communication, et aussi parfois un peu d’esbroufe. Dans ces conditions, la déception est souvent au rendez-vous.

     

    Tous les observateurs s’entendent toutefois pour dire que le principal problème, c’est le système politique italien. Pour faire adopter ses réformes, Renzi dépend du soutien de ceux qui n’ont aucun intérêt à ce que le système change. Par exemple, sur la réforme du Sénat, Renzi fait face à 7850 propositions d’amendements.

     

    Le pouvoir de Renzi est fragile : il n’a pas gagné les élections législatives. Sa légitimité est donc limitée. Or, le Parti démocrate, comme toutes les formations politiques italiennes, ne rechigne pas à manger ses chefs. C’est d’ailleurs ainsi, par un putsch interne, que Renzi est arrivé au pouvoir.

     

    Comme il ne jouit pas d’une majorité absolue et que le mouvement de Beppe Grillo comme l’extrême gauche s’opposent à ses réformes, Renzi a dû pactiser avec le diable, le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi. Fidèle à lui-même, celui-ci pourrait se retourner contre lui à chaque instant.

     

    Bref, ce n’est pas un hasard si c’est un Italien, Lampedusa, qui, décrivant la politique italienne au XIXe siècle dans Le Guépard, a écrit : « Il faut que tout change pour que tout reste pareil. »













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