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La transition s'organise en Géorgie

Au lendemain de sa démission, Chevardnadze coupe court aux rumeurs sur son exil

En entrevue à sa résidence de Tbilissi, l’ex-président a admis avoir commis des erreurs.
Photo : Agence Reuters
En entrevue à sa résidence de Tbilissi, l’ex-président a admis avoir commis des erreurs.
Tbilisi — La transition s'organise en Géorgie. Au lendemain de la démission d'Edouard Chevardnadzé, chassé par la pression pacifique de la rue, la présidente par intérim, Nino Bourdjanadzé a confirmé la tenue de nouvelles élections d'ici 45 jours, appelé au rétablissement de l'ordre dans tout le pays, et annoncé la prochaine levée de l'état d'urgence décrété par le président déchu.

Dans le même temps, ce dernier, coupant court aux rumeurs sur son éventuel départ en exil pour l'Allemagne, a tenu à réaffirmer qu'il ne partirait pas. «Ma patrie, c'est la Géorgie et je lui dois de rester ici», a-t-il déclaré à la chaîne allemande ZDF. Celui qui avait présidé aux destinées géorgiennes depuis 1992 a cédé pour éviter un bain de sang.

Après une folle nuit de fête, 50 000 personnes dansant, devant le Parlement, entre cris de joie, danses, acclamations et feux d'artifice, la vie semblait reprendre son cours normal à Tbilissi hier. Sur l'avenue Roustaveli, scène des manifestations qui en trois semaines auront débouché sur cette révolution tranquille, la circulation a repris, pour la première fois depuis plusieurs jours.

Dans sa première allocution, la présidente intérimaire, une des dirigeantes de l'opposition victorieuse, a déclaré: «L'ordre doit être rétabli immédiatement, non seulement à Tbilissi mais également dans toutes les régions du pays.» De nouvelles élections, présidentielles et législatives, auront bien lieu d'ici 45 jours. En attendant, a déclaré Mme Bourdjanadzé, c'est l'ancien Parlement, qu'elle présidait, qui reprendra ses travaux, et non le nouveau, issu des élections du 2 novembre, détonateur de la «révolution» géorgienne.

Dans la nuit, sans perdre une minute pour s'assurer de leur loyauté, Mme Bourdjanadzé avait convoqué les principaux responsables des forces de sécurité, sauf Koba Narchemachvili, ministre de l'Intérieur et chef de la police, qui a démissionné. L'opposition veut aussi voir partir le ministre d'État Avtandil Djorbenadzé, jugé responsable de la crise.

Mikhaïl Saakachvili, le jeune chef de file de l'opposition et possible futur président, a mis l'accent lui aussi sur le maintien du calme, appelant tous les administrateurs à assumer leurs responsabilités à «éviter toute forme de mouvement armé». Au niveau économique la priorité va désormais à la lutte contre la corruption, qui, dit-il, a «détruit la confiance». Car l'inquiétude demeure après ce dénouement rapide et étonnamment pacifique pour un pays à la longue histoire sanglante qui aura vu Chevardnadzé, chassé du Parlement samedi, démissionner le lendemain.

Le facteur adjare

Aslan Abachidzé, chef de file du parti du Renouveau et homme fort de l'Adjarie, en est la première inconnue. L'Adjarie est la seule des trois républiques autonomes de Géorgie à ne pas encore avoir fait sécession — dans le sang —, à la différence de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Dimanche, l'autocrate adjar avait décrété l'état d'urgence dans sa région, arguant de «l'attitude agressive» de l'opposition envers l'Adjarie et appelant le «peuple à défendre ses intérêts». Hier, on faisait état de déploiements de troupes adjares sur la «frontière».

Igor Ivanov, le chef de la diplomatie russe venu jouer les pompiers, a fait pression sur M. Abachidzé: «Le président d'Adjarie a toujours joué un rôle positif dans l'intérêt de la stabilité de la Géorgie, en respectant et faisant appliquer la Constitution.»

La Géorgie a une importance stratégique considérable tant pour Moscou que pour Washington. Pour cause de pétrole, encore et toujours: le projet d'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui doit à terme relier le réservoir de la Caspienne à la Turquie (et donc au marché occidental) rendrait la Géorgie indépendante du «robinet» russe.

Moscou, facteur de déstabilisation en Géorgie, où elle soutient les séparatismes, accusait aussi M. Chevardnadzé de laisser les séparatistes tchétchènes utiliser son territoire comme base arrière. Le Kremlin, qui a encore deux bases militaires en Géorgie, voit d'un très mauvais oeil par ailleurs l'implication militaire américaine croissante aux côtés de Tbilissi.

Washington a immédiatement reconnu la présidente intérimaire et offert son soutien aux nouveaux dirigeants géorgiens pour organiser les élections.

Vladimir Poutine, lui, a renvoyé les parties dos-à-dos, le régime Chevardnadzé pour ses erreurs, et l'opposition qui a failli plonger le pays dans le chaos. Il a souhaité que la nouvelle direction soit mieux disposée à l'égard de Moscou, et fasse tout pour rétablir «l'amitié traditionnelle».

Nino Bourdjanadzé, elle, a réaffirmé que la nouvelle Géorgie garderait la ligne pro-occidentale de Chevardnadzé, «la route vers l'intégration des structures européennes et euro-atlantiques».
 
 
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