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    Irak

    Le spectre de l’éclatement

    Même si les premières élections législatives en Irak depuis le retrait des Américains en 2011 se sont plutôt bien déroulées le 30 avril, elles ne peuvent occulter le fait que le pays va mal. En plus du regain de violence, l’État est l’un des plus corrompus de la planète et sa gestion est calamiteuse, au point que le spectre de l’éclatement plane désormais sur le pays, affirme Harith al-Dabbagh, spécialiste des systèmes juridiques des pays arabes au CERIUM.​

    Avec plus de 9500 civils tués l’an dernier et déjà 4000 cette année, la violence est au plus fort depuis 2008. Qu’est-ce qui l’attise 
    ?

     

    Au début, il y avait le mouvement de résistance contre l’occupant américain. Aujourd’hui, il s’agit davantage d’une guerre menée par des combattants extrémistes majoritairement étrangers voulant instaurer un État islamique en Irak. L’intervention américaine a ainsi transformé le pays en terrain de prédilection du djihad ; avant, ces mouvements n’avaient aucune présence dans le pays.

     

    Bon nombre d’actes de violence sont le fait de groupes mafieux et criminels. Les enlèvements avec demande de rançon sont monnaie courante. Il y a aussi en toile du fond une lutte de pouvoir dans un contexte de sectarisme politique exacerbé. Les milices liées aux différents partis religieux se livrent à des assassinats ciblés. Sans oublier le conflit historique arabo-persan, renouvelé et aggravé par le clivage religieux sunnite-chiite. C’est l’impact local de l’affrontement des ambitions hégémoniques de l’Iran et de l’Arabie saoudite, en plus de celles de la Turquie.

     

    Le premier ministre Nouri al-Maliki brigue un troisième mandat, qu’il a de très bonnes chances d’obtenir (les résultats seront connus à la mi-mai). Or, les critiques à son égard fusent de toutes parts. Qu’est-ce qu’on lui reproche ?

     

    Installé par les Américains parce que faible et facile à manier, Al-Maliki est aujourd’hui l’homme fort de Bagdad. Il est accusé par ses détracteurs d’utiliser la force pour exclure ses opposants, museler la presse et diriger une police secrète qui procède à des enlèvements, des tortures et des assassinats ciblés, notamment contre les sunnites.

     

    S’ajoute à cela une gestion calamiteuse des affaires de l’État, faisant de l’Irak l’un des États les plus corrompus de la planète. Un système de détournement des biens publics est organisé entre les différentes factions au pouvoir. Les Irakiens ont perdu espoir dans la capacité du gouvernement à gérer la reconstruction et à assurer les services de base.

     

    Selon la nouvelle Constitution, l’essentiel du pouvoir exécutif est entre les mains du premier ministre. Il est le vrai chef de l’exécutif, le commandant en chef des forces armées et le responsable de la politique générale de l’État. On dénote dans la dernière campagne une mobilisation massive de l’appareil d’État pour assurer sa réélection.

     

    On craint de plus en plus un éclatement de l’Irak. Est-ce envisageable ?

     

    Ces problèmes font effectivement planer le spectre de l’éclatement du pays. La Constitution de 2005, rédigée sous la houlette des Américains, est lacunaire et défectueuse. Plus de 50 lois devaient la compléter, mais aucune n’a pour l’instant été promulguée. Parmi celles qui font cruellement défaut : les lois sur les partis politiques, sur la Cour suprême fédérale, sur le pétrole et le gaz et sur le Conseil de la fédération.

     

    La structure fédérale est incomplète. Le système est devenu, dans l’opinion publique, synonyme de partition du pays. Sa portée demeure floue : parle-t-on d’une fédération ethnique (Arabes-Kurdes), confessionnelle (sunnites-chiites) ou territoriale (18 gouvernorats) ? Pour l’instant, il n’y a qu’une seule région, le Kurdistan, qui jouit d’un statut privilégié. Or les crises s’accumulent entre Bagdad et le Kurdistan dans des dossiers comme l’exploitation du pétrole et les revendications territoriales. Et les sunnites, qui se sentent opprimés par un gouvernement à dominance chiite, commencent à réclamer un statut semblable.

     

    Il n’y a pas de projets transcendant les lignes communautaires et s’adressant à l’ensemble de la population irakienne. Le pays n’est plus conçu que sous forme de communautés, de clans, de confessions et de factions.


    L’émission Planète Terre fait relâche jusqu’en septembre.













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