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    Crise politique en Turquie

    Les ébranlements

    Juste en face de la Crimée, soit sur la rive sud de la mer Noire, se trouve Istanbul, où tous les ingrédients ayant convaincu les Ukrainiens d’amorcer leur révolution en novembre dernier sont désormais réunis. Signe distinctif ? La promiscuité des maux politiques est plus prononcée en Turquie qu’elle ne l’était chez son voisin du nord.

    La somme des vices politiques, et donc des répressions qui lui sont intrinsèques, a atteint en Turquie un total si effarant qu’il laisse présager une suite sanglante. Voire une lutte sans merci entre le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et Fethullah Gülen, son ex-allié, qui se trouve être le chef de file d’une confrérie qui porte son nom et qui a surtout énormément d’influence sur l’appareil d’État en général et le judiciaire en particulier.

     

    Toujours est-il qu’au cours des dernières semaines une soixantaine de dirigeants ont été mis en garde à vue, trois ministres ont été renvoyés à cause des magouilles de leurs fils ; une loi de contrôle d’Internet a été votée ; les patrons de la police et des services de renseignement ont été limogés ; la censure imposée aux médias s’est amplifiée ; on s’est rendu compte que le trucage des marchés publics était la norme ; le Haut Conseil de la magistrature chargé notamment de la nomination des juges a été placé sous la coupe du ministère de la Justice ; un élargissement des pouvoirs accordés aux services de renseignements dirigés par des proches d’Erdogan est à l’agenda du court terme. Quoi d’autre ? Lors d’une conversation téléphonique, Erdogan a ordonné à son fils de camoufler des millions de dollars et d’euros mis de côté. Erdogan dit qu’il s’agit d’un montage, mais son ex-ministre de l’Environnement et surtout proche conseiller assure que c’est vrai. Quoi d’autre (bis) ? Économiquement, le pays approche le territoire du ralentissement prononcé.

     

    Tout cela étant rappelé, il se dit et se répète qu’entre Erdogan et Gülen une guerre sans merci a été déclarée en 2013 lorsque le premier a violemment réprimé les manifestations organisées contre la corruption du régime. Ici et là, on souligne qu’après avoir mis un terme à la tutelle que l’armée exerçait sur la vie politique, Erdogan et Gülen ont divorcé pour mieux se transporter, si l’on ose dire, sur le terrain de l’affrontement final. En d’autres termes, les contrariétés idéologiques existantes entre Erdogan et Gülen viennent d’éclater au grand jour après des années de mise en veilleuse.

     

    Sur ce front, c’est bien simple, il n’y a pas de réconciliation possible. En effet, Gülen a toujours été un adversaire de l’islam politique auquel adhère Erdogan. Selon l’analyse effectuée par Ali Kazancigil, politologue et ex-correspondant du Monde en Turquie, Gülen avance « une doctrine qui vise à concilier l’observation stricte de la religion avec une action sociale sécularisée, tout en s’opposant à leur fusion, contrairement aux préconisations de l’islam politique » si cher à Erdogan.

     

    De fait, en vue de l’élection présidentielle qui se tiendra en juin ou en août prochain, Erdogan veut une Constitution défendant le principe d’un régime présidentiel fort, alors que Gülen veut le maintien des pouvoirs accordés au Parlement ainsi qu’une séparation plus stricte entre l’exécutif et le législatif.

     

    Dans cette histoire, il est très important de souligner que Gülen détient un nombre imposant d’outils propres à introduire et à propager ses idées. Un, sa confrérie dispose du plus « gros » réseau médiatique du pays. Deux, son trésor de guerre avoisine les 50 milliards. Trois, la classe moyenne « produite » par l’essor économique du pays partage ses idées. Bref, l’exilé de Pennsylvanie — il vit aux États-Unis depuis 1999 — a de quoi faire rager Erdogan. D’autant que ses amis de la justice viennent de commander un geste annonçant une exacerbation des rapports que le chef de l’État entretient avec l’armée.

     

    En effet, la Cour constitutionnelle vient d’ordonner la libération du général Ilker Basbug, qui n’était rien de moins que le chef d’État-major de l’armée turque. Lui ainsi que de nombreux officiers de haut rang, qui seront probablement libérés dans les semaines qui viennent, avaient été condamnés, en 2013, à de lourdes peines, la prison à vie pour Basbug, pour complot contre le gouvernement d’Erdogan. Tous auraient été accusés sur la base de preuves qui auraient été « confectionnées » par le parti d’Erdogan.

     

    En toile de fond de la libération de ce qu’il faut bien nommer la matière grise de l’armée turque, on retient qu’à 546 km de là, en Crimée pour être exact, les ébranlements militaires se poursuivent. On retient également que, depuis avant-hier, un destroyer américain a entamé un exercice naval avec les marines roumaines et bulgares en mer Noire. On observe enfin que le vent de la déstabilisation souffle dans tous les recoins de la région.













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