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    Par-delà la zone démilitarisée

    Des Coréens séparés par la guerre se retrouvent après 60 ans

    21 février 2014 | Agence France-Presse - à Sokcho | Actualités internationales
    Lee Son-Hyang, une Sud-Coréenne de 88 ans, renoue avec le Nord-Coréen de 72 ans Lee Yoon Geun.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Yonhap Lee Son-Hyang, une Sud-Coréenne de 88 ans, renoue avec le Nord-Coréen de 72 ans Lee Yoon Geun.

    Des centaines de Sud et de Nord-Coréens âgés, à la santé souvent vacillante, se sont retrouvés jeudi en Corée du Nord, échangeant embrassades et souvenirs dans une effusion d’émotions après plus de soixante ans de séparation.

     

    La première réunion de familles coréennes séparées par la guerre (1950-1953) organisée depuis 2010 a commencé vers 15 h par une cérémonie au mont Kumgang.

     

    Les télévisions ont retransmis l’événement, montrant les 82 Sud-Coréens sous la neige à leur arrivée dans la station où les attendaient 180 proches restés du côté nord-coréen après la guerre.

     

    À l’intérieur d’une grande salle où des tables avaient été installées en vue d’un dîner commun, frères, soeurs, oncles, tantes et d’autres se sont parfois longuement cherchés sans se reconnaître, devenus étrangers, avant de tomber dans les bras les uns des autres.

     

    L’un des doyens sud-coréens, un homme de 93 ans séparé de sa femme enceinte, a découvert pour la première fois le visage de son fils, âgé de 64 ans.

     

    « Si vieux », a-t-il lâché face à celui qui, de l’aveu des témoins émus, partagent ses traits. « Laisse-moi te serrer dans mes bras », a dit le père en sanglotant.

     

    Deux femmes âgées ont fait le voyage en ambulance et une dizaine de participants se déplacent en fauteuil roulant.

     

    Après avoir franchi la « zone démilitarisée », une bande de terre de 248 kilomètres sur 4 qui divise la péninsule coréenne, le convoi a parcouru encore 39 kilomètres jusqu’au mont Kumgang.

     

    Sélectionnés par tirage au sort informatique parmi des milliers de candidats, les participants ont emporté quantité de choses dans leurs bagages — cadeaux, médicaments, nouilles instantanées.

     

    Et des photos, d’innombrables photos d’avant la partition de la péninsule, en noir et blanc, et des photos de leur famille construite de part et d’autre de la frontière.

     

    Les clichés circulent, faisant couler des torrents de larmes.

     

    La Nord-Coréenne Lee Jung-Sil était venue dans l’espoir de revoir sa soeur aînée, Lee Young-Sil, 87 ans. Mais celle-ci souffre de la maladie d’Alzheimer. Il est trop tard.

     

    « Grande soeur. C’est moi ! Pourquoi tu ne m’entends pas ? », a-t-elle supplié, au désespoir.

     

    Les femmes portaient les robes traditionnelles, des « hanbok », tandis que la plupart des hommes étaient en costume sombre. Tous semblaient arborer des insignes d’anciens dirigeants nord-coréens, Kim Il-Sung, le fondateur du régime communiste, et son fil Kim Jong-Il, des accessoires obligatoires dans le pays.

     

    Parmi les Nord-Coréens invités à cette réunion figurent deux pêcheurs du Sud enlevés par le régime dans les années 1970.

     

    Dimanche, 88 Nord-Coréens seront rejoints par 361 proches venus du Sud pour une seconde réunion, jusqu’à mardi.

     

    Ces rassemblements — les premiers depuis 2010 — n’ont été rendus possibles qu’au terme d’âpres négociations entre Séoul et Pyongyang.

     

    La Corée du Nord a fini par donner son accord alors qu’elle exigeait au préalable l’annulation d’exercices militaires entre la Corée du Sud et les États-Unis prévus fin février.

     

    Des millions de Coréens ont été séparés par la guerre et la partition de la péninsule. Le temps presse pour la majorité d’entre eux, parvenus au soir de leur vie.

     

    Sur les 125000 Sud-Coréens qui ont demandé à participer aux réunions depuis 1988, 57000 sont décédés depuis — dont 3800 l’an dernier — et ceux qui leur ont survécu n’ont pas toujours la force de supporter le voyage.

     

    À peine retrouvés, Sud et Nord-Coréens devront se séparer samedi, avec la quasi-certitude de ne jamais plus se revoir.













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