Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Manifestations en Ukraine - L’homme de fer

    Ce qui se voit et s’entend ces jours-ci en Ukraine est l’illustration quasi parfaite de l’enseignement suivant : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Comme en 2004, alors que la révolution orange battait son plein, le rapprochement avec l’Europe plutôt qu’avec la Russie alimente des assauts si musclés qu’ils laissent entrevoir une suite chaotique. Pour l’Ukraine, mais aussi pour les pays voisins.

     

    Depuis plusieurs jours maintenant, des centaines de milliers d’Ukrainiens expriment avec vigueur leur dédain pour le retournement de veste effectué il y a une semaine par le président Viktor Ianoukovitch. En effet, plutôt que de signer lors du sommet de Vilnius, vendredi dernier, le Partenariat oriental proposé par Bruxelles après des mois de discussions, Ianoukovitch a exprimé sa préférence pour l’Union eurasienne élaborée par Vladimir Poutine afin de tuer dans l’oeuf toutes les volontés de rapprochement des anciens satellites de l’Union soviétique avec l’Europe. Avec cet Ouest d’autant plus honni qu’on le considère encore et toujours comme le principal ennemi.

     

    Le revirement du président ukrainien est à l’origine du soulèvement spontané d’une population qui incline davantage vers l’Europe que vers la Russie. Elle ferraille aujourd’hui avec Ianoukovitch pour les mêmes raisons qu’en 2004 : ras-le-bol de la corruption, du déficit démocratique, refus d’être inféodé à la Russie et refus de politiques économiques qui ont mis le pays à terre. Sur ce flanc, les chiffres sont si lugubres que le Fonds monétaire international (FMI) ne veut pas lui accorder un prêt sans réformes profondes. Pourtant, la croissance est négative, les réserves de change ont fondu comme neige au soleil, le chômage a atteint des proportions abyssales, et la dette augmente, augmente, augmente. Quoi d’autre ? Ianoukovitch…

     

    Ianoukovitch a accepté l’offre de Poutine sans que ce dernier ait assorti celle-ci des garanties habituelles, contrairement à celle formulée par Bruxelles. Il faut préciser et souligner mille fois qu’au cours des récents mois l’homme fort du Kremlin a pris un soin diabolique à contrecarrer tout rapprochement avec l’Europe en imposant un embargo sur le chocolat, en multipliant les contrôles douaniers, en bloquant des tonnes et des tonnes de marchandises, en évoquant la possibilité de hausser des taxes, d’imposer des visas, etc. Bref, Poutine a usé de son arme favorite, soit la diplomatie de la canonnière.

     

    On notera que ce qu’il a obtenu de l’Ukraine, il l’a également obtenu d’autres nations qui envisageaient elles aussi la signature du Partenariat oriental. Dit autrement, seules les petites Géorgie et Moldavie ont adhéré à l’accord discuté avec Bruxelles, c’est tout de même à retenir, pendant des mois et des mois. Dit autrement (bis), effrayés par les menaces russes, l’Arménie, la Biélorussie et l’Azerbaïdjan ont dit non à l’Europe. Dans le cas des deux derniers nommés, ils ont paraphé une Union douanière que le président ukrainien aimerait bien rejoindre, mais non la très grande majorité de ses concitoyens.

     

    Ces derniers, à la faveur du présent soulèvement, réclament des élections, l’instauration d’un État de droit digne de ce nom et la mise entre parenthèses de la corruption avec l’espoir de mettre un terme à l’effondrement économique de leur pays. Le hic, c’est que s’ils sont des centaines de milliers à occuper la rue, ils ne sont pas organisés. Ils n’ont pas de leaders politiques pouvant canaliser leur énergie comme leurs espérances. Ioulia Timochenko, actuellement emprisonnée ? Elle est jugée trop individualiste. Pour dire les choses brutalement, si Ianoukovitch, l’adversaire d’hier et d’aujourd’hui, est président, c’est en bonne partie grâce à l’incurie, à l’incompétence et aux batailles d’ego qui ont distingué ces opposants. À moins d’un sursaut assorti d’un miracle, Poutine et ses vassaux ukrainiens vont pouvoir dormir tranquilles.

     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel