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République turque - La question du foulard assombrit le 80e anniversaire

30 octobre 2003  Actualités internationales
Malgré la «crise des invitations», les festivités ont battu leur plein hier à travers le pays, notamment à Istanbul.
Photo : Agence Reuters
Malgré la «crise des invitations», les festivités ont battu leur plein hier à travers le pays, notamment à Istanbul.
La Turquie moderne a été fondée en 1923 par Mustapha Kemal Atatürk sur les ruines de l'empire ottoman. Hier, les députés du parti islamiste modéré au pouvoir ont boycotté une réception a laquelle leurs épouses n'étaient pas invités pour cause de port de foulard.

Ankara — La Turquie fêtait hier en grande pompe le 80e anniversaire de sa fondation sur fond de vive controverse autour du foulard islamique dans un pays musulman au régime strictement laïque gouverné par un parti aux origines islamistes.

Pour la première fois depuis la fondation, en 1923, de la République par Mustafa Kemal Atatürk sur les ruines de l'Empire ottoman, la plupart des députés du parti au pouvoir devaient boycotter une réception du chef de l'État, Ahmet Necdet Sezer, à l'occasion de la fête nationale.

Les députés du Parti de la justice et du développement (AKP, issu d'un mouvement islamiste, 368 sièges sur 550) entendent ainsi protester contre M. Sezer, qui n'a pas invité leurs épouses à la réception, suscitant de vives critiques de leur part et de la presse libérale, qui juge cette «crise» au sommet de l'État indigne d'un pays candidat à l'adhésion à l'Union européenne.

Nombre de femmes de députés de l'AKP, à l'instar de celle du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, sont voilées et ne peuvent se présenter dans cette tenue à des réceptions officielles en Turquie.

Jamais dans l'histoire du pays autant d'épouses de membres d'un gouvernement n'ont porté le foulard islamique.

L'armée turque, qui se proclame gardienne de la laïcité, et la hiérarchie prolaïque considèrent le port du foulard — strictement interdit dans la fonction publique et les universités — comme un signe ostensible de soutien à l'islam politique.

M. Erdogan, un ancien islamiste qui rejette aujourd'hui cette étiquette, affirmant avoir «changé», a indiqué hier à la presse qu'il se rendrait à la réception avec ses ministres.

Il a tenté de minimiser le froid provoqué par les invitations entre l'AKP et M. Sezer mais recon-

nu que la décision du chef de l'État avait «froissé» certains de ses députés.

«Nous devons fêter tous ensemble la fondation de notre république», a-t-il dit, cité par la chaîne privée NTV.

Fait sans précédent, des députés de l'AKP ont renvoyé à la présidence l'invitation qui leur avait été adressée, accusant M. Sezer d'être «partial». Un autre député l'a appelé à démissionner.

Dans son message traditionnel publié mardi, M. Sezer, un farouche défenseur des principes laïques, a lancé un appel à la préservation des «principes édictés dans la Constitution», en l'occurrence la laïcité et la démocratie.

Les invitations adressées aux députés du principal parti d'opposition prolaïque au Parlement, le CHP (Parti républicain du peuple), mentionnaient en revanche les épouses.

Depuis la victoire électorale de l'AKP aux législatives de l'an dernier, la bataille entre la hiérarchie prolaïque et l'AKP, qui a le vent en poupe, a surtout fait rage sur le sujet délicat du voile islamique.

Le geste symbolique du président Sezer a encore alimenté la polémique récurrente dans le pays depuis la montée de l'islam politique dans les années 70 avec l'inauguration de plusieurs dizaines de lycées à vocation religieuse, dont sont issus M. Erdogan et plusieurs de ses proches collaborateurs.

Malgré la «crise des invitations», les festivités ont battu leur plein tout au long de la journée à travers le pays. Des milliers de personnes ont afflué dès les premières heures du matin au mausolée à Ankara d'Atatürk, le «père des Turcs», pour lui rendre hommage, et des parades militaires ont eu lieu dans les principales métropoles du pays, selon les télévisions.
 
 
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