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    L’Égypte au bord de la guerre civile

    Les Frères musulmans appellent leurs partisans à «manifester quotidiennement»

    Des sympathisants des Frères musulmans transportent un des leurs blessé vendredi lors d’un affrontement avec les policiers, place Ramsès, au Caire.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Khaled Kamel Des sympathisants des Frères musulmans transportent un des leurs blessé vendredi lors d’un affrontement avec les policiers, place Ramsès, au Caire.
    Les Égyptiens craignent de plus en plus que la crise qui secoue actuellement leur pays ne débouche sur une guerre civile. De hauts fonctionnaires du gouvernement égyptien préfèrent pour le moment parler d’« un grand bouleversement de masse », mais ils sont nombreux à redouter un véritable conflit armé comparable à celui dans lequel s’enlise la Syrie.

    Lors de leur « vendredi de la colère », les Frères musulmans ont d’ailleurs appelé les partisans du président déchu, Mohamed Morsi, « à manifester désormais quotidiennement » pour dénoncer le bain de sang de mercredi qui a fait au moins 578 morts, la plupart membres de la confrérie islamiste. Bien qu’il soit en fuite, leur guide suprême, Mohamed Badie, a laissé savoir que les responsables des « massacres » allaient devoir payer.

     

    Encore une fois dans la journée, de nouveaux affrontements ont éclaté entre l’armée égyptienne et les manifestants pro-Morsi, faisant cette fois au moins 95 morts et une centaine de blessés. Au Caire, la capitale, des témoins ont rapporté que des gaz lacrymogènes avaient été lancés et qu’il y avait des tireurs embusqués. Des hommes armés dans des hélicoptères auraient aussi tiré près de la place Ramsès où une foule de partisans pro-Morsi s’était massée pour protester contre le régime militaire au pouvoir. Des dizaines de corps ont dû être transportés dans une mosquée alors que des partisans du pouvoir bloquaient des routes et empêchaient les ambulances de circuler.

     

    Le gouvernement égyptien n’a pas donné de détails sur les opérations. Il s’est contenté de dire qu’il se « battait désormais contre un complot terroriste malveillant des Frères musulmans » et qu’il avait autorisé la veille l’armée à tirer des balles réelles sur toute personne qui s’en prendrait à un policier, un militaire ou des institutions étatiques. Par voie de communiqué, le pouvoir égyptien a toutefois critiqué la sortie du président Barack Obama, qui, dit-il, « encourage les groupes violents avec ses critiques contre l’intervention des forces de sécurité contre les manifestants islamistes ». Il affirme que la déclaration du président américain n’était pas basée sur des « faits ».

     

    Des sanctions à venir?

     

    Malgré cette critique, les États-Unis ont exhorté, vendredi, l’Égypte à ne pas recourir à « la force létale » contre des manifestants pacifiques. « Nous avons dit clairement que les Égyptiens ont le droit universel de se rassembler et de s’exprimer librement, y compris lors de manifestations pacifiques », a écrit la porte-parole du département d’État Jennifer Psaki, qui a assuré que les États-Unis « demeurent activement et étroitement engagés avec leurs partenaires européens. »

     

    Pour la première fois, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a convié les États membres de l’Union européenne à discuter « des mesures appropriées » à prendre lors d’une réunion lundi à Bruxelles. De plus en plus, les pressions sont fortes pour que l’Union européenne suspende son aide de 5 milliards d’euros promise à l’Égypte même si les États-Unis hésitent, eux, à suspendre sa contribution de 1,5 milliard de dollars par année.

     

    Le président français François Hollande en a même discuté avec la chancelière allemande Angela Merkel. Les deux dirigeants ont demandé « une concertation urgente au niveau européen » en plus d’appeler à un retour au dialogue entre les Égyptiens et à mettre fin aux violences. À Berlin, Angela Merkel a aussi mentionné que son gouvernement reverrait ses relations avec l’Égypte.

     

    D’ici à ce que des mesures concrètes voire des sanctions soient prises, plusieurs pays, dont la Norvège, la Finlande et la Suède, ont rapatrié leurs ressortissants en visite en Égypte. Au pays, le gouvernement Harper continue de lancer des avertissements aux voyageurs leur suggérant d’éviter de se rendre en Égypte. Ottawa a aussi fermé jusqu’à nouvel ordre son ambassade au Caire afin d’assurer la sécurité de son personnel.

     

    Vives réactions des pays musulmans

     

    Ailleurs dans les pays arabes et musulmans, les réactions ont été vives dans plusieurs capitales. Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a affirmé son appui au pouvoir égyptien « face au terrorisme » et mis en garde contre « les ingérences » dans ce pays. La Jordanie a elle aussi dit soutenir le gouvernement égyptien dans sa lutte pour « combattre le terrorisme », mais un millier de manifestants sont descendus dans les rues d’Amman pour soutenir les Frères musulmans.

     

    Dans les territoires palestiniens, le Hamas a également appelé au rassemblement du peuple en signe de soutien aux pro-Morsi, qui, dit-il, sont malmenés par l’armée égyptienne. Environ 600 manifestants ont protesté à Jérusalem-Est et ont accusé le général al-Sissi, à la tête de l’armée égyptienne, « d’être un collaborateur américain au service d’Israël ».

     

    À Khartoum, au Soudan, quelque 500 manifestants se sont massés devant le palais présidentiel en brandissant des portraits de Mohamed Morsi de même que le drapeau égyptien.

     

    À Rabat au Maroc, ils étaient aussi 500 manifestants à défiler dans le calme pour crier leur indignation. Ceux-ci scandaient entre autres : « Al-Sissi est un lâche, le peuple d’Égypte ne sera pas humilié ! » À Jakarta en Indonésie, un millier d’Indonésiens ont pris le temps de se rendre devant l’ambassade américaine pour réclamer la fin des massacres en Égypte. Enfin en Turquie, une foule s’est rassemblée dans les rues d’Istanbul pour faire part de leur colère à la suite du bain de sang tandis que le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a fustigé l’hypocrisie de l’Occident face au conflit égyptien et a rappelé son ambassadeur suite aux répressions meurtrières de l’armée.

     

     

    Avec l’Agence France-Presse













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