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L’axe Xi-Poutine

Entre les deux, le « grand frère » n’est plus le même qu’auparavant. Jusqu’au spectaculaire divorce, vers 1960, entre la Chine et l’URSS, c’est bien l’Union soviétique qui donnait le ton et décidait de la marche des choses, de Moscou vers Pékin… En économie, en politique, en diplomatie.

Malgré ses prétentions à l’originalité idéologique, qui enfumèrent quelques idolâtres occidentaux, Mao Zedong lui-même, le supposé Grand Timonier, resta pour l’essentiel un enfant de Staline (aux couleurs chinoises), un despote qui, après la mort, en 1953, de son maître à penser moustachu, n’accepta jamais d’humaniser, tant soit peu, son régime totalitaire.


Cette influence idéologique à sens unique n’existe plus aujourd’hui. L’Empire soviétique a disparu. La Chine post-maoïste a jeté par-dessus bord les dogmes économiques staliniens. L’économie russe oscille entre capitalisme sauvage et pouvoir des mafias. Il n’existe plus d’internationale communiste qui prétendrait dominer, ou même inspirer le reste du monde.


Aujourd’hui, si l’on tient à conserver cette expression, la Chine est certes le « grand frère » de la relation, ne serait-ce que par son gigantisme économique et commercial : l’empire du Milieu fait quatre fois le PIB de la Russie ! Mais en 2013, Pékin ne dirige pas Moscou comme Moscou dirigea Pékin, au début des années 1950.


***
 

Pourtant, il y a comme un parfum d’alliance, certes plus lâche idéologiquement, qui se dégage de l’exceptionnel accueil, ce week-end à Moscou, du nouveau président Xi Jinping, qui effectuait là, et pas ailleurs, son tout premier voyage à l’étranger à titre de chef d’État.


Vladimir Poutine et M. Xi ont rivalisé d’amabilités, ce dernier parlant d’une rencontre avec « un très grand ami ». La télévision russe, qui ressemble parfois à celle de Berlusconi en Italie, n’avait d’yeux que pour la jolie première dame chinoise, Peng Liyuan, à la fois vedette de la chanson… et membre de la nomenklatura militaire à Pékin.


Mais du côté chinois, on a préféré insister sur la dimension économique et commerciale de cette « nouvelle alliance ». La Russie a du pétrole (encore pour un certain temps) ; la Chine en est assoiffée et elle a des capitaux à ne savoir qu’en faire. En 2012, la relation bilatérale entre la Chine et la Russie s’élevait à quelque 88 milliards de dollars d’échanges. Samedi, les deux leaders ont mentionné le chiffre de 100 milliards comme objectif rapproché (2015 ou 2016) pour le commerce sino-russe.


Pour mesurer le caractère tout relatif de tels chiffres, il est intéressant de rappeler que 100 milliards de dollars, c’est moins que le commerce bilatéral annuel… entre le Québec et les États-Unis !

 

***


Le rapprochement sino-russe au XXIe siècle, c’est aussi une sorte de communauté diplomatique ad hoc qui, dans des affaires du monde, joue les empêcheurs de tourner en rond face à un Occident affaibli, qui n’a plus lui-même la cohésion de naguère, s’interroge gravement sur son destin, son système politique et économique, ses repères et ses valeurs.


La crise de l’Europe, qui reprend de plus belle en 2013 après une accalmie en 2012 ; le déclin de l’influence américaine dans le monde, évident au Moyen-Orient ; les soulèvements arabes marqués par les blocages concertés de Moscou et Pékin au Conseil de sécurité de l’ONU, qui ont empêché (mais il y a d’autres facteurs) la communauté internationale d’intervenir pour tenter d’arrêter le bain de sang en Syrie… Tout cela nous fait voir un rebrassage diplomatique majeur dans lequel, oui, se dessine quelque chose comme un nouvel axe informel.


MM. Xi et Poutine se reverront cette semaine en Afrique du Sud, où se tient le sommet des BRICS (pays dits « émergents », avec notamment l’Inde et le Brésil comme partenaires majeurs). Sur un continent noir également en plein boom - même s’il part de très loin - ils y parleront de nouveaux contrepoids, commerciaux, politiques, diplomatiques, face aux maîtres de naguère aujourd’hui déclinants.


Même si en Afrique, où la Chine a spectaculairement mis les pieds depuis 15 ans, au point de devenir le premier investisseur dans plusieurs pays, on commence à grommeler ici et là contre le néocolonialisme… de Pékin, et la dureté implacable des employeurs chinois. En Zambie l’été dernier, des révoltes ouvrières ont eu lieu contre les nouveaux maîtres économiques aux yeux bridés. Un autre signe des temps.

 
 
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