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    Comité international de la Croix-Rouge - 150 ans de mission humanitaire

    Yves Daccord est à la tête du CICR depuis juillet 2010.
    Photo: Salvatore Di Nolfi Associated Press Yves Daccord est à la tête du CICR depuis juillet 2010.
    Le CICR en cinq dates

    1863 : Fondation du Comité international pour le secours aux blessés, qui sera rebaptisé Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en 1875, et adoption du symbole cruciforme rouge sur fond blanc.
    1864 :À l’initiative du Comité, 16 États signent la première Convention de Genève, qui exige de protéger les soldats blessés et de leur apporter des soins, peu importe leur camp.
    1914-1918 : Le CICR se distingue dans son large déploiement durant la Première Guerre mondiale, innovant par exemple dans son assistance aux prisonniers de guerre et en demandant aux parties de cesser l’utilisation du gaz moutarde.
    1939-1945 : Le CICR reçoit le prix Nobel de la paix pour 1944, mais son inaction lors de l’Holocauste devient une tache sur la conscience de l’organisation.
    1949: Révision des trois Conventions de Genève et instauration d’une quatrième relative à la protection des civils. Deux protocoles seront adoptés en 1977 pour baliser le code de conduite durant les conflits internationaux et non internationaux.
    Le Comité international de la Croix-Rouge célèbre cette année ses 150 ans d’existence. Rencontre avec son directeur général, Yves Daccord, qui s’inspire du passé pour affronter les nouveaux défis de l’action humanitaire.

    Il y a un avant et un après 1863 dans l’histoire de l’action humanitaire. Henri Dunant, encore traumatisé par le sort réservé aux blessés lors de la bataille de Solférino dont il avait été témoin, s’était entouré cette année-là de quatre confrères pour jeter les bases du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).


    Aujourd’hui, Yves Daccord, directeur général du CICR, contemple les trois prix Nobel de la paix remportés par son organisation (1917, 1944, 1963), ainsi que le tout premier décerné à Henri Dunant en 1901, accrochés dans le salon du bâtiment historique surplombant le quartier international de Genève, en Suisse. Au début, les pionniers n’avaient pas envisagé une action universelle, ni permanente. Mais, en entrevue, M. Daccord assure que, pour le reste, le CICR « demeure en ligne directe avec l’idée d’Henri Dunant et ses quatre collègues ». En soufflant sur les 150 bougies, il voit l’occasion « de tirer des leçons sur ce qu’on a très bien fait ou moins bien fait ».


    M. Daccord fait part de son admiration pour cette « capacité d’adaptation » dont l’organisation neutre et impartiale a fait preuve sur un siècle et demi d’activité. Une source d’inspiration en cette époque un peu trouble, où les contours de la guerre changent et où les nouveaux défis ne manquent pas.

     

    Démarche de terrain


    Au premier chef, selon M. Daccord, l’accès aux plus vulnérables lors des hostilités se révèle plus difficile et plus dangereux qu’auparavant. « On est dans une phase, actuellement, où il y a beaucoup de pays qui souhaitent contrôler l’aide humanitaire et qui ne sont pas très désireux de voir une organisation internationale, quelle qu’elle soit, venir dans leur environnement ». À l’heure actuelle, la majorité des conflits sont de nature non étatique ou interne. Une situation qui bouleverse l’approche du CICR. « Lorsque vous avez des guerres entre États, avoir un intermédiaire neutre paraît assez évident. Quand vous avez une guerre à l’intérieur d’un pays, c’est toujours plus compliqué, parce que vous avez des communautés civiles qui sont intégrées. Les gens ont des partis pris peut-être beaucoup plus fort ».


    Autre nouvelle donne, « les guerres durent », souligne M. Daccord. Le Soudan, le Yémen, la Somalie, l’Afghanistan, la République démocratique du Congo et Israël sont le théâtre de combats continus depuis plus de vingt ou trente ans. « Imaginez pour les gens qui ont vu des humanitaires venir et partir. Il y a un moment où la pertinence de la réponse que vous proposez devient un élément essentiel pour être accepté. » Les populations sont de plus en plus exigeantes et informées, comparant les campagnes de la Croix-Rouge sur leur territoire avec celles menées dans d’autres régions. « Ce n’était pas le cas il y a encore dix ans », remarque-t-il, ajoutant que « les gens vous jugent en fonction du fait que vous êtes capable de rester ou pas ».


    Confronté à ces nouvelles réalités, le CICR appuie plus que jamais sa stratégie sur une aide directe et de proximité, sans passer par des intermédiaires. Le CICR mobilise près de 12 000 personnes dans plus de 80 pays, tant dans les capitales que dans les zones les plus reculées. M. Daccord insiste sur l’importance de cette démarche de terrain, obligeant à traiter avec tous les belligérants, pour mieux évaluer la situation, anticiper les revirements dans des zones de tension, comprendre les besoins réels des personnes touchées et fournir la réponse la plus flexible et appropriée.


    En 2013, l’organisation « reste très vigilante à l’évolution des armes », assure M. Daccord. Il évoque celles dites « autonomes », encore largement négligées. « Il y a des armes qui sont en train d’être construites avec de l’intelligence artificielle. Qui est responsable ? Celui qui l’utilise ou le programmeur qui l’a programmée ? » Puis il y a les armes contrôlées à distance, comme les drones, qui suscitent aussi leur lot d’interrogations sur les cibles et les risques d’engendrer des guerres asymétriques.


    Des guerres en évolution


    Présentement, il se montre « relativement inquiet par rapport à l’évolution des guerres informatiques », dont une escalade semble inévitable. « Le droit international humanitaire permet, en cas de guerre, de viser un objectif militaire, mais vous avez la responsabilité de protéger les objectifs civils. Vous faites comment, quand vous balancez un virus, par exemple, pour faire en sorte que votre cyberattaque n’affecte pas les hôpitaux lorsque vous coupez des stations d’électricité ? »


    La frontière entre combattant et civil, d’ailleurs, apparaît plus difficile à établir de nos jours. « On a toute une réflexion qui doit encore être menée pour pouvoir permettre de les distinguer, admet-il. Vous avez de plus en plus de guerres qui sont menées par des gens qui peuvent se fondre dans la population. »


    Tout de même, la version actuelle des quatre Conventions de Genève est loin d’être périmée, juge M. Daccord. « Leurs protocoles me paraissent encore très pertinents, parce que l’idée de base est d’une simplicité fulgurante : même en situation de guerre, il y a des limites. Et ces limites sont assez claires : on ne tue pas, on ne viole pas, on ne maltraite pas quelqu’un qui est hors combat. On distingue le civil du combattant. Quand on doit faire la guerre, on fait attention aux moyens utilisés, parce qu’on pense à l’avenir. […] Après, évidemment, l’analyse et l’interprétation sont complexes. Et elles vont se complexifier encore, en particulier avec la Cour pénale internationale. »


    Il craint surtout les groupes ou États choisissant de se situer hors du droit humanitaire. À son avis, cette tendance semble toutefois à la baisse, alors que la guerre contre le terrorisme apparaît « moins à la mode ». Son impression : un retour vers la recherche d’« un langage commun ». « Quand on va arriver avec les questions de cyberguerre, l’interprétation commune [du droit] sera importante. C’est ce qui est essentiel. Et là, la communauté internationale a un rôle à jouer », explique-t-il.


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