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    Scrutin en Équateur dimanche - Un moment déterminant pour l’Amérique latine

    16 février 2013 |Yves Vaillancourt - Professeur émérite de l’UQAM et membre du Collectif pour le renouvellement de la social-démocratie | Actualités internationales
    Les partisans du président sortant, Rafael Correa, ont tenu un dernier grand rassemblement jeudi à Quito.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Rodrigo Buendia Les partisans du président sortant, Rafael Correa, ont tenu un dernier grand rassemblement jeudi à Quito.

    L'Amérique latine, depuis 10 ans, est un laboratoire stimulant pour la réflexion sur les alternatives. L’Équateur est un cas à suivre, en cette veille des élections du 17 février, où le président Rafael Correa se présente pour obtenir un troisième mandat, après avoir été élu en 2006 et en 2009 et avoir fait ratifier en 2008 par référendum une nouvelle constitution, élaborée par une assemblée constituante.


    Sur 14 millions d’Équatoriens, 25 % appartiennent à diverses nations indigènes et 4 % sont Afro-Équatoriens. L’Équateur est doté d’une société civile robuste et pluraliste, marquée par des mouvements sociaux forts, habitués à exprimer dans la rue leurs demandes aux décideurs. Le multipartisme est bien ancré avec en moyenne plus d’une douzaine de formations politiques qui participent aux élections. D’où l’habitude du travail en coalition. Jusqu’en 2006, le pays avait connu 25 ans de politiques néolibérales et 12 ans d’instabilité politique avec la succession de sept présidents. Alors, six ans de gouvernement Correa, c’est étonnant.


    Les élections de dimanche, présidentielle et législatives, permettront de choisir les 137 députés et un président. À condition que le premier tour permette à un candidat d’obtenir plus de 40 % des voix avec une avance de plus de 10 % sur le deuxième. Sinon, un deuxième tour aura lieu le 7 avril. Les élus entreront en fonction le 24 mai, pour quatre ans. Huit candidats compétitionnent à la présidentielle, dont Correa.


    Correa n’a pas suivi la trajectoire habituelle des politiciens de gauche. Il a émergé publiquement en 2005 en tant que conseiller gouvernemental démissionnaire après s’être opposé aux prescriptions du FMI. Puis, il a cultivé ses alliances avec des figures expérimentées de la gauche pour créer le mouvement Alianza País et se lancer dans les élections de 2006. Avec le temps, il se fait remarquer pour son tempérament abrasif et son style provocateur. Plusieurs voient en lui un nouveau caudillo, autoritaire et contrôlant, qui court-circuite les possibilités de délibération démocratique.


    Correa et Alianza País se réclament du « socialisme du XXIe siècle ». Dans le discours du gouvernement et la Constitution de 2008, cette étiquette fait référence moins à un socialisme de type marxiste et davantage à une certaine social- démocratie. Les politiques gouvernementales en témoignent.


    1. Ces politiques sont axées sur l’objectif du Buen Vivir qui promeut l’accès de tous à un mieux-être économico-social et reconnaît les droits de la nature et de la Terre Mère (Pachamama) qui ont des implications pour la gestion publique de l’eau et de la terre. Le Buen Vivir exige la transition écologique de l’économie en proposant l’horizon du « non-extractivisme », une expression utilisée en Équateur.


    2. Le gouvernement valorise le rôle planificateur et coordonnateur de l’État national et plurinational, affaibli et délégitimé par 25 ans de politiques néolibérales. D’où la consolidation de l’État dans les services publics et le prélèvement des impôts.


    3. Le gouvernement promeut la poursuite de la « révolution citoyenne », un antidote contre la bureaucratisation. La participation des citoyens leur permet de construire, avec les acteurs étatiques, l’élaboration et l’application des politiques publiques.


    4. La politique du gouvernement n’est pas anticapitaliste, mais donne dans l’antinéolibéralisme. Elle préconise la régulation de l’État et l’essor d’une économie plurielle. Dans celle-ci, le secteur public est renforcé, le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS) est reconnu et le secteur privé doit renoncer à homogénéiser l’ensemble de l’économie. La promotion de l’ESS est centrale dans la Constitution et la Loi sur l’économie populaire et solidaire de 2011.


    5. Dans le développement des ressources naturelles, le gouvernement exporte présentement 500 000 barils de pétrole brut par jour, ce qui finance 35 % du budget de l’État, grâce à une amélioration de la politique des redevances. Le développement des ressources naturelles en Équateur suscite des polarisations entre le gouvernement et la société civile.


    6. Avec l’argent des redevances pétrolières, le gouvernement a soutenu des initiatives pour améliorer les transports, éliminer les interruptions d’électricité, offrir des services gratuits et améliorer le pouvoir d’achat des couches populaires. Ainsi, Correa a étendu le Bono de Desarrollo à trois millions de personnes et l’a haussé successivement de 15 $ à 35 $ et à 50 $ par mois. De 2007 à 2012, la pauvreté a baissé de 36,7 % à 23,5 %, et la pauvreté extrême de 16,5 % à 9,4 %.


    7. La politique de l’Équateur dans l’hémisphère favorise l’autonomisation de l’Organisation des États américains (OEA) versus les États-Unis et le Canada et le renforcement de la solidarité entre pays latino-américains grâce à la consolidation de nouvelles institutions régionales, comme l’ALBA, l’UNASUR et le CELAC, utilisées pour développer des pratiques de solidarité Sud-Sud, notamment envers Haïti.

     

    Les autres candidats à la présidence


    Les sept autres candidats à la présidence sont Lasso (centre-droit), Gutierrez (droite), Noboa (droite), Rodas (centre), Zevala (droite), Acosta (gauche) et Wray (gauche).


    Les sondages donnent à Correa de 40 à 55 % des voix. Le reste du vote demeure fragmenté : trois candidats (Lasso, Gutierrez et Acosta) récolteraient entre 8 et 18 % des voix ; les quatre autres, entre 1 et 4 %. Ainsi, Correa l’emporterait au premier tour. Quant aux résultats des élections législatives, ils sont difficiles à prévoir.


    En ce qui concerne les critiques concernant Correa et son gouvernement, elles sont fondées en partie. Il y a un problème sur le plan de la délibération démocratique en Équateur, comme dans d’autres sociétés. Comme il arrive souvent, les responsabilités sont partagées entre un gouvernement qui n’écoute pas assez et une société civile et des mouvements sociopolitiques plus habitués à dénoncer qu’à proposer.

     
     
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