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    Dans la tête de… Kim Jong-un - La survie par le chantage nucléaire

    Les actes de bravade en apparence irrationnels de Kim Jong-un s’inscrivent dans la logique de la politique de Songun, laquelle met l’institution militaire au coeur de la construction de la nation nord-coréenne.
    Photo : David Guttenfelder - Associated Press Les actes de bravade en apparence irrationnels de Kim Jong-un s’inscrivent dans la logique de la politique de Songun, laquelle met l’institution militaire au coeur de la construction de la nation nord-coréenne.
    Dans un geste en apparence téméraire, voire insensé, le régime nord-coréen a de nouveau pris la communauté internationale de front, mardi, en procédant à un troisième essai nucléaire. Une réponse directe, clame le régime, aux nouvelles sanctions adoptées par l’ONU contre Pyongyang, qui étaient elles-mêmes une réponse au lancement d’une fusée en décembre dernier, lequel a été largement interprété comme un test de missile balistique.

    Loin de baisser pavillon devant les menaces dirigées contre lui, le « royaume ermite » rivalise d’hostilité en répliquant coup sur coup. Malgré les avertissements répétés et les résolutions de l’ONU qui lui refusent de développer la technologie nucléaire, la Corée du Nord est allée de l’avant avec des essais nucléaires en 2006, en 2009 et, enfin, mardi. Le régime le plus isolé au monde semble impossible à contraindre ou à dissuader. L’escalade ne l’effraie pas. Pas étonnant que l’on ait souvent rangé les dirigeants de ce régime stalinien figé dans le temps dans la catégorie des « irrationnels »…


    Or, la politique de défense de Kim Jong-un, qui s’inscrit dans la continuité avec celle de son père, Kim Jong-il, n’a rien d’irréfléchi et d’intempestif. À preuve : le régime est toujours en place et son programme nucléaire continue de faire des progrès.


    « La Corée du Nord est un pays isolé depuis la fin de la guerre froide. C’est une relique du passé qui serait vouée à disparaître, affirme Barthélémy Courmont, professeur de sciences politiques à l’Université Hallym, en Corée du Sud, rejoint par le Devoir. Mais face à ce destin funeste, les dirigeants successifs ont développé une stratégie de survie dont le principal outil est la capacité nucléaire. Il s’agit d’une force de dissuasion, dont on ne peut que noter le succès. »


    Car c’est bien de survie qu’il s’agit. La Corée du Nord, si elle espère un jour la réunification des Coréens, n’a aucune visée universaliste et impérialiste. Et comme le régime reste fidèle aux principes du juche, une idéologie qui prône l’indépendance politique, l’autosuffisance économique et l’autonomie militaire, son isolement n’a fait que croître au fil des années. L’arme nucléaire devient alors, explique M. Courmont, « une arme du pauvre, en ce qu’elle est moins coûteuse que d’entretenir une armée gigantesque et, de toute façon, obsolète ». Elle compense l’isolement stratégique du régime et lui permet de se maintenir.

     

    Le tout au militaire


    Si la plupart des pays mesurent aussi leur puissance en termes économiques, notamment, Pyongyang ne la calcule qu’en termes militaires. Les actes de bravade en apparence irrationnels de Kim Jong-un s’inscrivent ainsi dans la logique de la politique de Songun, laquelle met l’institution militaire au coeur de la construction de la nation nord-coréenne.


    Selon cette doctrine militaire, élaborée par Kim Jong-il au milieu des années 1990, la nation nord-coréenne doit s’assurer de résister autant que possible, grâce à la dissuasion, aux « impérialistes américains » et à leurs alliés, qui cherchent à « mettre en esclavage » les Coréens. « La doctrine de Songun conçoit le système international comme menaçant et enclin à la domination, résume Daniel Pinkston, directeur adjoint de l’International Crisis Group pour le Nord-Est asiatique, également rejoint par Le Devoir à Séoul. En politique étrangère comme en politique intérieure, un leader nord-coréen ne croit pas à la coopération, au partage du pouvoir ou à la sécurité collective. Sans pouvoir ou puissance supérieurs, il est perdu. »


    Baisser pavillon et se soumettre aux exigences de la communauté internationale, dont celle de remiser son programme nucléaire et balistique, est donc difficilement envisageable. Qui plus est, « chaque jour qui passe est une validation de plus que l’approche du régime fonctionne, ajoute M. Pinkston. Et ils se disent : regardez ce qui est arrivé à la Libye [qui a abandonné son programme nucléaire et ses armes de destruction massive en 2003] ou à l’Union soviétique [qui a procédé à des réformes sous Gorbatchev] ; ils se sont effondrés, mais nous sommes encore là. »

     

    La Chine, un allié ?


    Les relations avec la Chine, que l’on présente comme le principal allié de la Corée du Nord, ne font pas exception à cette conception quasi paranoïde du système international et de l’autarcie du régime nord-coréen. Dans la communauté internationale, plusieurs misent sur Pékin pour influencer le comportement de Pyongyang. Or, si les échanges commerciaux se développent à grande vitesse entre les deux pays communistes et que Pékin continue d’offrir une aide alimentaire et énergétique à son voisin, il en va autrement dans la sphère sécuritaire, « où Pyongyang veut garder la main », explique Barthélémy Courmont. « Pékin n’est pas ce qu’on peut qualifier d’allié stratégique. » La Chine a d’ailleurs fortement protesté contre l’essai nucléaire de mardi, comme elle le fit lors des deux précédents.


    Si le passé est garant de l’avenir, toutefois, Kim Jong-un peut être rassuré et ne pas trop craindre les représailles chinoises. Car dans les cercles décisionnels à Pékin, surtout militaires, on redoute par-dessus tout l’effondrement du régime qui se trouve à ses portes. Non seulement cela créerait une catastrophe pour l’humanité dont elle subirait les contrecoups - notamment avec les vagues de millions de réfugiés -, mais la péninsule coréenne risquerait fort de tomber sous la coupe de la Corée du Sud et, ce faisant, de son allié américain. Ce que Pékin considérerait comme un net recul stratégique.


    La façon dont Pékin répondra à ce troisième essai nucléaire indiquera si le nouveau président chinois, Xi Jinping, s’inscrit dans la continuité ou la rupture avec son prédécesseur.

     

    Chantage permanent


    Toujours si le passé est garant de l’avenir, le leader nord-coréen n’aurait pas trop à craindre non plus des représailles américaines et du reste de la communauté internationale, estimaient mardi des experts sud-coréens cités par le New York Times. Les essais nucléaires de 2006 et de 2009 ont peut-être mené à des sanctions plus sévères contre le régime, mais ils ont aussi poussé les Américains à s’ouvrir au dialogue avec Pyongyang.


    Difficile de prédire quand le point de bascule sera atteint, s’il l’est jamais, mais le « royaume ermite » a réussi jusqu’à présent à braver la communauté internationale tout en assurant sa survie. Ce qui fait dire à Barthélémy Courmont que, pour Pyongyang, l’arme nucléaire est l’outil d’un chantage permanent qui, jusqu’à présent, a porté ses fruits.

     

    Collaborateur

    Les actes de bravade en apparence irrationnels de Kim Jong-un s’inscrivent dans la logique de la politique de Songun, laquelle met l’institution militaire au coeur de la construction de la nation nord-coréenne. Un soldat nord-coréen patrouillant mardi le long du fleuve Yalou, près de la ville portuaire de Sinuiju, sur la frontière sino-coréenne.
     
     
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