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    Tunisie - Révolution du jasmin, prise 2

    La révolution du jasmin est-elle morte et enterrée ? Ou va-t-elle reprendre de plus belle et mener enfin à une démocratie respectueuse des droits fondamentaux ? Les événements se bousculent en Tunisie, où le printemps (ou le réveil) arabe a commencé il y a un peu plus de deux ans : un assassinat politique (événement rarissime dans ce pays), un blocage total des institutions, de grandes manifestations durement réprimées et une grève générale y ont ouvert cette semaine un nouveau chapitre.

    Le premier ministre issu du parti islamiste Ennahda, Hamadi Jebali, a annoncé mercredi soir son intention de congédier en bloc ses ministres, qui appartiennent pourtant à sa mouvance, afin de les remplacer par « un gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique ». M. Jebali affirme y avoir pensé avant le meurtre de l’opposant Chokri Belaïd, survenu quelques heures auparavant. Quoi qu’il en soit, sa décision a été rejetée par son propre parti, qui se trouve ainsi profondément, pour ne pas dire irrémédiablement, divisé.


    Dangereux glissement


    D’aucuns craignent un glissement vers la guerre civile ou, à tout le moins, le genre de cocktail fait de tension et de violence qui s’est installé en Égypte. Depuis mercredi, les Tunisiens sont descendus par dizaines de milliers dans les rues et ont incendié des locaux d’Ennahda et des postes de police dans les principales villes du pays. Les avocats et les juges ont débrayé jeudi, suivis le lendemain par d’autres travailleurs ayant suivi le mot d’ordre de grève de la principale centrale syndicale, l’UGTT. Des députés de divers partis laïques ont de leur côté décidé de boycotter les travaux de l’Assemblée nationale constituante en signe de protestation.


    Le meurtre de Chokri Belaïd aura été la goutte qui a fait déborder le vase. Cet avocat et chef d’un parti de gauche avait défendu de nombreux islamistes pendant le règne de Ben Ali. Après la chute du dictateur, il ne s’est pas gêné pour critiquer ces mêmes islamistes qui occupent aujourd’hui le haut du pavé.

     

    Doléances


    Les Tunisiens ne disent pas tous « Ennahda dégage », mais les doléances à l’égard du parti au pouvoir ne manquent pas : on lui reproche son incompétence, notamment en matière économique et sociale. Ce n’est pas tout : ce parti qui se réclame d’un islam « modéré » a laissé les extrémistes religieux commettre toutes sortes d’exactions, tout en invitant les prédicateurs les plus réactionnaires du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient à venir prêcher l’intolérance dans les mosquées. « La responsabilité d’Ennahda dans l’anarchie et la violence n’a plus à être démontrée. Ce parti est en train de détruire l’exemple que la Tunisie représentait pour le monde arabo-musulman. Pendant des siècles, son islam a été modéré et rationnel. Ces prédicateurs [étrangers] sont en train de le détourner, de le wahabiser », affirme Noomane Raboudi, professeur de science politique à l’Université d’Ottawa, faisant allusion à l’obscurantisme des imams saoudiens.


    Ennahda a remporté le plus grand nombre de voix aux élections destinées à pourvoir l’Assemblée nationale constituante (ANC) le 23 octobre 2011, mais il a dû s’unir à deux partis laïques pour pouvoir gouverner. Des querelles incessantes ont sévi au sein de cette coalition au sujet du partage des ministères qu’on dit « régaliens », soit l’Intérieur, la Justice et les Affaires étrangères. D’où la décision prise par Hamadi Jebali d’aller chercher des candidats à l’extérieur des partis.


    S’il veut nommer un cabinet de « technocrates », Hamadi Jebali devra probablement démissionner et attendre que le président de la République lui demande de le faire. Il devra ensuite faire accepter son choix par l’Assemblée, dont certains membres réclament la dissolution…


    « Le tout dans un vide constitutionnel ! », note Noomane Raboudi. En effet, l’ANC n’a pas encore réussi à adopter une constitution, ce qu’elle devait faire en dedans d’un an, avant de se dissoudre. « Nous sommes dans une situation bizarre où une institution est légitime, mais ne produit rien », note M. Raboudi.


    Chokri Belaïd a été abattu en face de chez lui par un tireur qui a pris la fuite à l’arrière d’une moto. Ce meurtre n’a pas été revendiqué. Des membres de sa famille ont blâmé le gouvernement, qui ne lui a pas accordé de protection malgré les menaces qu’il a reçues. Plusieurs hypothèses circulent. Une première veut que ce soit un salafiste qui a agi pour des motifs idéologiques. Selon une autre interprétation, ce sont des personnalités associées à l’ancien régime et oeuvrant au sein du ministère de l’Intérieur qui ont voulu détourner l’attention en attisant le conflit entre les laïcs et les islamistes.


    Selon l’hebdomadaire Jeune Afrique, « Chokri Belaïd se savait menacé et avait confié à des proches qu’il s’apprêtait à faire, vers le 15 février, des révélations sur des affaires de corruption ». Plusieurs Tunisiens croient que les salafistes (nom donné dans ce pays aux islamistes les plus radicaux) ont dressé une liste de personnalités laïques ou de gauche à abattre.


    Des rassemblements à la mémoire de Chokri Belaïd ont eu lieu dans les pays voisins de la Tunisie et dans plusieurs villes comptant d’importantes communautés tunisiennes, dont Montréal. « Le processus démocratique en Tunisie reste fragile et délicat, et le sentiment d’insécurité des citoyens tunisiens ne cesse de grandir par rapport à la culture de l’impunité commençant à s’installer dans le pays. Le gouvernement actuel ne montre aucune volonté sérieuse de combattre la corruption et les criminels et ne se montre pas décidé à tenir compte des aspirations révolutionnaires du peuple tunisien », affirme le Collectif tunisien au Canada dans un communiqué.

     
     
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