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    Israël - Nétanyahou sort affaibli des élections

    Le chef du Likoud se voit forcé de composer avec le centre

    Benjamin Nétanyahou saluant les partisans du Likoud à Tel-Aviv après sa victoire électorale
    Photo: Oded Balilty - Associated Press Benjamin Nétanyahou saluant les partisans du Likoud à Tel-Aviv après sa victoire électorale
    On attendait la réélection aisée de Benjamin Nétanyahou grâce à ses appuis à l’extrême droite. Mais c’est du centre qu’est venue la surprise, et le premier ministre israélien, qui sort affaibli des élections législatives de mardi, devra faire montre de beaucoup de souplesse pour mettre sur pied une coalition viable. Le premier ministre voit en effet sa marge de manoeuvre réduite par rapport à ses futurs partenaires de coalition et à un parti centriste arrivé à l’étonnement général en deuxième position.

    Le bloc de droite formé par Likoud-Israël Beiteinou, les partis religieux et Foyer juif disposerait d’une très courte majorité de 61 ou 62 députés, selon la deuxième chaîne de télévision. La liste commune formée par le Likoud de M. Nétanyahou avec le parti Israël Beiteinou de son ex-ministre des Affaires étrangères, l’ultranationaliste Avigdor Lieberman, n’obtenait que 31 sièges contre 42 sur 120 dans le Parlement sortant, selon les sondages effectués à la sortie des bureaux de scrutin.


    Le parti centriste Yesh Atid, lancé il y a un an à peine par l’ex-journaliste Yaïr Lapid, a créé la sensation en devenant la deuxième formation du pays avec 18 ou 19 députés, juste devant le Parti travailliste (17), selon ces sondages. Et derrière arrivaient les alliés naturels de M. Nétanyahou, le Foyer juif, la formation nationaliste religieuse représentant des colons dirigée par Naftali Bennett (12), les partis ultra-orthodoxes sépharade Shass (11-13) et ashkénaze Judaïsme unifié de la Torah (6).


    Le nouveau mouvement centriste de l’ex-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, HaTnouha, qui a fait campagne pour la relance du processus de paix avec les Palestiniens, obtiendrait 7 sièges; le Meretz (gauche), 6 ou 7; et les partis arabes, de 8 à 11.


    Les résultats définitifs ne seront annoncés que dans une semaine. Le président, Shimon Peres, entamera alors ses consultations afin de déterminer qui risque le plus de former la nouvelle coalition et devrait sans surprise désigner le premier ministre sortant pour un troisième mandat, son deuxième consécutif.


    Malgré ce résultat décevant, M. Nétanyahou a « remercié les Israéliens de l’avoir réélu » dans un message sur sa page Facebook, le Parti travailliste, Yesh Atid et Mme Livni ayant échoué à s’entendre avant le scrutin pour constituer une alternative.


    Peu avant la fermeture des bureaux de scrutin, le taux de participation s’établissait à 63,7 %, le plus haut niveau depuis 1999 et en hausse sensible par rapport aux législatives de 2009 (59,7 %), selon la commission électorale.


    Pour rester au pouvoir, M. Nétanyahou devra donc manifester une ouverture au centre, à la suite de la percée-surprise de Yesh Atid. Le premier ministre sortant a pris acte de ce nouveau rapport de forces et a téléphoné à Yaïr Lapid pour lui expliquer qu’il avait l’intention « de former un gouvernement le plus large possible ». « Nous avons l’occasion de faire de grandes choses pour Israël. La campagne électorale est derrière nous », a ajouté M. Nétanyahou dans un communiqué.


    Le commentateur de la radio militaire a estimé que M. Nétanyahou « au vu des résultats, n’aura pas d’autre choix que de proposer à Yaïr Lapid un des trois grands ministères : la Défense, les Affaires étrangères ou les Finances ».


    Mais pour constituer une majorité, M. Nétanyahou a également l’intention de maintenir son alliance avec les ultra-orthodoxes du Shass et la Liste unifiée de la Torah. Il est également tenté de rallier le Foyer juif, une formation nationaliste religieuse qui prône une intensification de la colonisation des Territoires palestiniens.


    Or, les ultra-orthodoxes et Yaïr Lapid ont des positions de départ contradictoires sur la question ultra-sensible du service militaire des jeunes ultra-orthodoxes qui en sont, dans leur grande majorité, exemptés jusqu’à présent. Sur la question du processus de paix, M. Nétanyahou va également devoir trouver un dénominateur commun entre le Foyer Juif et Yesh Atid, partisan de la solution à deux États, autrement dit pour la création d’un État palestinien à côté d’Israël, catégoriquement rejetée par le parti des colons.


    Malgré la complexité de la tâche, Tzahi Hanegbi, un député élu du Likoud-Israël Beiteinou, estime que le premier ministre est en mesure d’assembler ce qu’il a qualifié de « puzzle très compliqué ». Moins optimiste, Dov Weissglass, ancien conseiller diplomatique de l’ex-premier ministre Ariel Sharon, a pour sa part affirmé à la chaîne de télévision 10 que les différents partis de la future coalition auraient la plus grande difficulté « à accorder leurs violons alors qu’Israël est actuellement totalement isolé et sera probablement confronté dans quelques mois à une initiative de paix des Européens ».


    Sur le front économique et social, M. Nétanyahou devra également tenir compte du message de Yaïr Lapid, qui n’a cessé de se présenter comme le défenseur inconditionnel de la classe moyenne. Le parti centriste exige une plus juste répartition du fardeau fiscal, notamment en soumettant les ultra-orthodoxes à l’impôt dont ils sont exemptés jusqu’à présent, ainsi qu’une nouvelle politique du logement afin de provoquer une baisse des prix de l’immobilier, qui ont flambé ces dernières années.

     

    La nouvelle coqueluche


    Yaïr Lapid, un ex-journaliste vedette de la télévision au physique de beau gosse, a créé une énorme surprise en arrivant en deuxième position. Il est le fils d’un ancien ministre de la Justice lui aussi ex-journaliste, Yossef Lapid, qui dirigea un parti laïque très hostile aux ultra-orthodoxes, le Shinouï. Ce parti avait réalisé une percée en 2003 en obtenant 15 sièges, avant de sombrer par la suite. Yossef Lapid est décédé en 2008.


    Après une carrière à la télévision, Yaïr Lapid, qui fut un des éditorialistes du tabloïde Yédiot Aharonot, avait quitté le journalisme il y a un an pour lancer un nouveau parti, Yesh Atid (il y a un avenir), et préparer les élections législatives. Il a fait campagne au nom des droits des laïcs et de la défense de la classe moyenne, éprouvée par la hausse vertigineuse des loyers et descendue massivement dans la rue pendant l’été 2011, en particulier à Tel-Aviv.


    C’est un libéral sur le plan économique. « Imaginez un gouvernement israélien qui soit transparent, aminci et responsable… Imaginez un système électoral qui permette à moins de petits partis catégoriels d’entrer à la Knesset », a-t-il plaidé dans une lettre au quotidien en ligne Times of Israel.


    Il est favorable à une reprise des négociations avec les Palestiniens pour parvenir à « un divorce » à l’amiable.


    Très populaire, Yaïr Lapid, qui pratique les arts martiaux, est également romancier, comme sa mère, et acteur à ses heures, même s’il n’a jamais terminé ses études.


    Il s’est remarié à une jolie photographe de 44 ans, Lihi. Le couple a deux enfants, dont une petite fille autiste.

     

    Avec l’Agence France-Presse

    Benjamin Nétanyahou saluant les partisans du Likoud à Tel-Aviv après sa victoire électorale Les partisans de l’ex-journaliste Yaïr Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid, manifestent leur joie après l’annonce de la surprenante performance du parti lors des législatives israéliennes de mardi.
     
     
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