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    Comprendre 16 ans de guerre en République démocratique du Congo

    La communauté internationale doit dépasser son réflexe qui l’amène à considérer l’État comme le moyen, la finalité et l’acteur légitime principal de toute action de paix

    31 décembre 2012 | Bruno Charbonneau - Directeur de l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires, Chaire Raoul-Dandurand, UQAM, professeur invité à l’UQAM | Actualités internationales
    Les pourparlers de paix avec les rebelles du M23 ne sont qu’un chapitre de plus dans un conflit qui a notamment pris racine dans le génocide rwandais de 1994.
    Photo : Agence France-Presse (photo) Phil Moore Les pourparlers de paix avec les rebelles du M23 ne sont qu’un chapitre de plus dans un conflit qui a notamment pris racine dans le génocide rwandais de 1994.

    Le 20 novembre dernier, le groupe rebelle M23 prenait la ville de Goma située dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Bien qu’aujourd’hui le M23 ait abandonné la ville, les pourparlers de paix piétinent alors que le Rwanda et l’Ouganda sont, de nouveau, soupçonnés d’appuyer la rébellion.


    Ce n’est que le dernier chapitre d’un conflit qui dure depuis 1996. De 1998 à 2003, la RDC a été le terrain de ce que certains ont appelé la Première Guerre mondiale (ou continentale) africaine, guerre dont les médias occidentaux ont d’ailleurs très peu parlé. Après 2003, il y a bien eu des accalmies et même deux élections, mais le conflit ne s’est jamais véritablement arrêté.


    Or les événements récents signalent une escalade d’un conflit qui ne finit plus de faire des victimes. Selon l’International Rescue Committee, jusqu’à présent, le conflit congolais aurait fait plus de 5 millions de morts. Face à ce drame, la mission des Nations unies [MONUSCO] semble quasi impuissante à arrêter la violence et la communauté internationale, peu désireuse d’intervenir davantage.


    Guerre mondiale africaine


    Les causes les plus directes du conflit contemporain prennent racine dans le génocide rwandais de 1994, qui a fait plus de 800 000 victimes. À la suite de cet épisode sombre, des milliers de réfugiés ont traversé la frontière du Rwanda vers le Zaïre (rebaptisé République démocratique du Congo, RDC, en 1997).


    Parmi eux se trouvaient plusieurs génocidaires, soit des dirigeants qui avaient orchestré le génocide et leurs sbires. En RDC, ils prennent alors rapidement le contrôle des camps de réfugiés d’où ils cherchent à reconquérir le Rwanda.


    Le nouveau président rwandais, Paul Kagamé, et son ami et allié de l’époque, le président de l’Ouganda Yoweri Moseveni, voient alors en ces éléments une menace importante pour leurs pays. Ils choisissent d’opter pour une intervention militaire, qui règle « le problème » rapidement dès décembre 1996… mais les troupes demeurent au Zaïre, au lieu de se retirer.


    En effet, confiants de leur succès, les attaquants optent alors pour un autre objectif : en finir avec le régime du président Mobutu. Lorsque leur candidat, Laurent-Désiré Kabila, s’empare de la capitale Kinshasa en 1997 et remplace Mobutu, les événements s’accélèrent, car Kabila cherche à se débarrasser de ses maîtres rwandais et ougandais qui l’ont mis en place.


    Une lutte pour le pouvoir et les ressources naturelles congolaises s’engage, la « rébellion » de Kabila contre ses anciens alliés qui l’avaient armé et mis au pouvoir déclenchant la guerre. En 1998, à l’instar de ce qui se produisit en Europe au début de la Première Guerre mondiale, les alliances régionales africaines s’activent par automatisme, entraînant des actions militaires qui durèrent près de 5 ans.


    Alors que le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi arment les rebelles anti-Kabila et envoient leurs troupes en sol congolais, Kabila est sauvé par l’intervention rapide d’États africains. L’Angola, la Namibie et le Zimbabwe sont particulièrement actifs, alors que le Tchad, la Libye et le Soudan sont aussi impliqués, mais de manière limitée et de courte durée.


    Cette guerre, toutefois, ne voit pas beaucoup de batailles rangées entre armées nationales. Les armées africaines, au mieux, demeurent semi-professionnelles et manquent de moyens.


    Dans ce contexte, la guerre prend une tout autre forme. Encore aujourd’hui, les armées nationales recrutent des miliciens peu disciplinés et pas toujours contrôlables comme auxiliaires. Afin de financer l’effort de guerre, les trafics et prédations économiques et les pillages de tout genre deviennent des actions privilégiées.


    Consolider quelle paix ?


    Par sa nature, un tel conflit est spécialement difficile à arrêter. En 2003, au terme de la guerre officielle, la communauté internationale définit la situation congolaise comme une situation postconflit. La prémisse étant que la guerre est terminée, il fallait donc consolider la paix. La gamme de programmes soutenus par les acteurs internationaux était ainsi déployée : élections, désarmement, réinsertion des ex-combattants, etc.


    L’effort international se concentre alors sur les causes nationales et régionales, comme les négociations entre les États, l’exploitation des ressources du pays et, évidemment, la solution divine considérée comme presque miraculeuse par la communauté internationale : l’organisation d’élections.


    L’effort déployé en RDC reste considérable. La mission onusienne compte plus de 19 000 effectifs. Cela demeure toutefois très peu pour un pays d’environ 70 millions d’habitants dont la superficie est une fois et demie celle du Québec. Mais alors que la communauté internationale considère la RDC comme en situation postconflit, la violence continue, particulièrement dans l’est, où les milices sont très actives.


    L’action internationale est problématique pour deux raisons. D’abord, les visées expansionnistes du Rwanda sont sous-estimées. Le régime n’est pas un partenaire qui cherche la paix. Le gouvernement britannique, qui a longtemps appuyé Kigali inconditionnellement, vient de le reconnaître en retirant son aide financière.


    Ensuite, les sources locales sont négligées. La violence congolaise n’est pas motivée uniquement par des causes nationales et régionales, mais par des conflits locaux à propos des ressources, des terres et du pouvoir politique.


    Les villageois, les chefs traditionnels et administratifs locaux et les leaders des milices ont tous des intérêts qui s’entremêlent aux enjeux nationaux et régionaux. De plus, ces leaders locaux ont depuis longtemps appris à instrumentaliser l’activité humanitaire internationale à leur avantage.


    L’effort international, si limité soit-il, ne pourra résoudre la violence en RDC si la communauté internationale ne prend pas en compte les dynamiques locales congolaises et la façon dont celles-ci sont manipulées par les puissances régionales comme le Rwanda. Pour ce faire, il faudra outrepasser les réflexes idéologiques des institutions internationales, comme on en retrouve à l’ONU, qui considèrent l’État comme le moyen, la finalité et l’acteur légitime principal de toute action de paix.


    Si les dynamiques locales restent négligées, il y a fort à parier que des groupes rebelles comme le M23 trouveront matière à prospérer, à renflouer leurs rangs et à bénéficier de l’appui de pays limitrophes à la RDC.

    ***
     

    Bruno Charbonneau - Directeur de l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires, Chaire Raoul-Dandurand, UQAM, professeur invité à l’UQAM

     
     
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