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    Remous égyptiens - L’hiver arabe

    Sûrement, mais non lentement, l’Égypte se transforme en une théocratie après avoir subi les affres de l’autocratie pendant des décennies. Entre les tours de passe-passe constitutionnels et le « nettoyage-noyautage » de l’appareil d’État, les Frères musulmans, le président Mohammed Morsi en tête, font aujourd’hui ce que Hosni Moubarak faisait hier.

    Le péché originel du marasme politique dans lequel est plongé le plus peuplé des pays arabes a été conçu par les militaires dans les jours qui ont suivi la mise entre parenthèses de Moubarak en 2011. Mais encore ? À l’époque, les généraux avaient formé un comité d’étude à qui ils avaient donné le mandat de composer un plan de transmission des pouvoirs en amendant une série d’articles de l’ancienne constitution. Rédigé sans égard pour la qualité démocratique, le projet en question se résumait comme suit : la Constitution dit ce que je dis qu’elle dit. Autrement dit, la porte aux sophismes était grande ouverte.


    Si les gradés ont agi de la sorte, soit avec ce mélange d’arrogance et d’indolence, c’est qu’ils avaient la certitude que l’électorat ne voterait pas en bloc pour les Frères musulmans. La suite, on la connaît beaucoup mieux. Dans des proportions de loin supérieures à celles anticipées par la caste des généraux et par un pan imposant des courants laïques et libéraux, les islamistes ont raflé la présidentielle et les législatives. Ils ont donc eu tout le loisir de nommer les 100 personnalités chargées de confectionner une nouvelle constitution. Tout le loisir, également, de parachuter qui ils voulaient au sein du Conseil de la choura, soit l’équivalent de nos chambres hautes.


    Après ce travail de bizutage politique, les Frères se sont évidemment appliqués à composer une loi fondamentale qui n’a pas la franchise de son opinion mais n’en pense pas moins. Mais encore ? Ils ont pris un soin méticuleux et vicieux pour que les femmes, les Coptes, les minorités, les athées, les laïques et les libéraux ne bénéficient pas de l’égalité de droit. Par exemple, cet étrange objet juridique qu’est la nouvelle constitution interdit, sans le dire explicitement, la non-croyance en Dieu. Bref, ils ont édifié le monopole du monothéisme. Fallait y penser.


    Dimanche, 64 % des Égyptiens ont adopté cette constitution. On devrait préciser, voire insister sur le fait qu’il s’agit de 64 % des 33 % d’inscrits qui se sont prévalus de leur droit de vote. La faiblesse, l’extrême faiblesse de cette participation, qui en dit tout de même long sur la désaffection grandissante des Égyptiens envers le régime des Frères, n’a pas empêché le premier ministre Hicham Qandil d’avoir ces mots : « Il n’y a pas de vaincus dans le résultat de ce référendum. Cette constitution sera celle de tous. » Alors que pour Mohammed el-Baradei, figure de proue de l’opposition, cette loi fondamentale signe rien de moins que « l’institutionnalisation de l’instabilité ».


    À cet égard, les récentes semaines ont donné un avant-goût de la prévision, au demeurant très pessimiste, de Baradei. En effet, les miliciens au service des Frères ainsi que des membres des forces de l’ordre ont fait ce qu’ils savent faire le mieux : observer toutes les postures de l’arbitraire. Ils ont donc emprisonné, torturé et soutiré de fausses déclarations des personnes qui manifestaient leur opposition à l’islamisation forcée du pays.


    On douterait de cela qu’il suffirait de lire une des enquêtes effectuées par l’hebdomadaire Der Spiegel. Toujours est-il que, forts des témoignages recueillis, on apprend que toute parole et toute proposition formulées par Morsi doivent avoir été approuvées préalablement par Mohammed Badie et Khairat el-Shater, respectivement no 1 et no 2 des Frères. Il faut savoir aussi que le pouvoir du « politburo » de la confrérie, 21 personnes, a préséance sur celui dévolu au gouvernement. Cest ce qui expliquerait d’ailleurs les récentes démissions de ministres.


    Il faut savoir enfin que, depuis l’élection de Morsi à la présidence en juin dernier, une valse des têtes dirigeantes se poursuit. En clair, les patrons des médias, des diverses administrations publiques et autres ont été renvoyés pour être remplacés évidemment par de « bons » Frères. Pour reprendre une expression désormais courante, l’Égypte affiche désormais tous les stigmates de « l’hiver arabe ».

     
     
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